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15 mars 2013 5 15 /03 /mars /2013 12:02

eugecne_boudin_concert_au_casino_de_deauville_-_washington.jpg

 

Lorsque le duc de Morny, demi-frère de Napoléon III, découvre Deauville en 1858, le petit village normand n'est encore que plage et marais. Homme politique et financier, il fait le pari fou d'assécher la zone et d'y construire une station balnéaire. Eugène Boudin ( 1824 - 1898 ), qui séjourne dans la région, voyant que la station devient en quelques années le royaume de l'élégance dédié aux plaisirs de l'aristocratie impériale, assiste à l'inauguration de ce premier casino, détruit en 1895 pour cause de malversations et pratiques illégales, et ambitionne de présenter une toile au Salon de la peinture de 1865 qui se tiendra dans l'une des salles. Sa toile aura pour sujet et titre : Concert au casino de Deauville. Malgré les efforts qu'il déploie, la poésie qu'il y met, les merveilleux dégradés de gris qu'il utilise, personne ne la remarque. Découragé, l'artiste l'enlève de son châssis, la roule et la met dans un coin sans y plus penser. Trente ans plus tard, elle sera retrouvée dans le fond d'une de ses armoires et remarquée à l'exposition de l'Ecole des beaux-arts de 1789, alors que son auteur est mort l'année précédente. Peu après, la styliste française Jeanne Lanvin en fera l'acquisition, puis, à la suite de son décès, l'oeuvre sera rachetée par un collectionneur américain qui la léguera par testament à la National Gallery de Washington. Si bien que ce tableau, ignoré à Deauville, est devenu l'un des fleurons du musée d'Outre-Atlantique.

 

Boudin avait représenté l'inauguration avec, au premier plan, trois reines de l'élégance : Madame de Metternich, Madame de Galliffet et Madame de Pourtalès. Ces trois personnes de la cour de Napoléon III étaient  les figures emblématiques de la mode. Boudin n'en détaille par pour autant leur costume, seule leur gracieuse silhouette apparait. Le peintre s'attache davantage à mettre en valeur le caractère vaporeux des robes qui les font ressembler à des cygnes, duveteuses et comme ailées. Boudin avait à coeur d'être le témoin de son temps et cette image d'une scène prise sur le vif avait bien un air de modernité, où l'artiste témoignait de la mode en vogue à son époque. Quant au thème, il était l'expression de l'élégance d'alors. Seules les variations de la lumière sont hors du temps et de tous les temps. En peignant ainsi la lumière, Boudin usait d'une patte résolument impressionniste. Il le faisait par touches posées les unes à côté des autres et parait sa toile d'une atmosphère frémissante et nimbée. Derrière ces dames, on aperçoit le chef-d'orchestre et sa baguette et un rayon de soleil éclaire les invités au premier rang. Boudin oeuvre comme un photographe qui saisit, en instantané, un moment de vie. Mais cette façon suggestive et descriptive de peindre déplaît au public du second Empire. Seuls Baudelaire et Zola remarqueront et apprécieront son style novateur dont on sait quelle influence il exercera par la suite. Monet, pour sa part, reconnaîtra tout devoir à Boudin, un hommage que le maître n'entendra pas, sa vie d'artiste n'ayant été qu'une suite de difficultés et de déceptions.

 

Ce que Boudin aimait par-dessus tout était " la saveur de l'esquisse, créant une impression de plein air si contraire au goût de ses contemporains pour le fini " - écrit Laurent Manoeuvre, commissaire général de l'exposition consacrée au peintre par le musée Jacquemart-André du 22 mars au 22 juillet. Aussi le succès de ses scènes de plage sera-t-il aussi fugitif que relatif. A partir de 1869, Boudin abandonne ce thème pour se consacrer à des marines qui lui permettront de vivre à peu près décemment. Aujourd'hui, le musée Jacquemart-André *, en lui dédiant une exposition " Eugène Boudin, au fil des voyages ", offre aux Français l'occasion de revoir cette magnifique toile où la grâce du pinceau n'a d'égal que le mystère qu'il suggère.

 

* 158, boulevard Haussmann 75008 PARIS  -  01 40 62 11 59

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans CULTURE
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commentaires

Tania 21/03/2013 19:03

Superbe ! Que l'air est léger dans cette toile "panoramique" qui semble plus grande que les 41,7 x 73 cm annoncés.
Etonnée en allant sur le site du musée de voir que comme ce "Concert au casino de Deauville", les autres oeuvres illustrées viennent aussi de l'étranger.

Alain 17/03/2013 12:08

Chère Armelle, quel plaisir de lire cet article. Avec dans le même temps un petit regret, celui d'être si loin maintenant de Paris et d'être privé de ce magnifique musée qui était l'un de mes
"refuges" favoris.

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