Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
1 décembre 2014 1 01 /12 /décembre /2014 08:47

9782812606410.jpg

 

 

C’est un véritable plaisir de vous faire connaître ce petit bijou trop méconnu que j’ai découvert grâce à la gentillesse d’une amie de la Toile. Un livre d’une très belle écriture, une lettre d’un père à sa fille anorexique pour l’entraîner dans une aventure intellectuelle et littéraire. Une démarche originale, surprenante, emballante…


 

Fixer le ciel au mur

Tieri Briet (1964 - ….)

 

 

« L’histoire commence aujourd’hui… Un jour de canicule dans une ville inconnue, dans ce couloir d’hôpital où tu vas t’engouffrer…. Décidée à guérir maintenant que tu sais le danger ».Un père accompagne sa fille âgée de dix-sept ans dans une unité de soin où elle suivra un traitement pour vaincre l’anorexie dont elle est victime. Acceptant mal cette séparation, il lui écrit un texte inspiré par quatorze chansons qu’ils ont souvent écoutées ensemble, quatorze chapitres qui constituent autant de jalons balisant leur vie commune, les moments de bonheur, les moments de doute, le divorce, la nouvelle femme, les nouveaux frère et sœur, les émotions littéraires, les lectures partagées, il veut raconter ce qui fut pour croire que cette vie sera à nouveau. « C’est ton histoire et c’est aussi la mienne, dans l’épreuve qui les délie maintenant l’une de l’autre ».

 

Cette démarche constitue aussi un effort pour comprendre pourquoi sa fille a sombré dans cette forme de mélancolie alimentaire, ce refus de la nourriture qui ne peut plus transiter par son œsophage obstrué d’un nœud virtuel mais très efficace. « Devenir la main d’un père qui écrit à sa fille, en essayant de retrouver les filaments de ton histoire. Et si j’y arrive, pourvoir tisser patiemment, fil à fil, les récits d’autres vies de femmes que je voudrais te raconter ». Et le père raconte la vie de femmes qui ont dû lutter pour surmonter l’internement, l’exode, la déportation, l’exil et mille autres humiliations sans jamais baisser la plume. Il évoque notamment Hannah Arendt et Musine Kokalari, la philosophe juive allemande fuyant devant le nazisme et la poétesse albanaise emprisonnée puis assignée à résidence dans un coin perdu de son pays.

 

Avec une écriture lisse, fluide, élégante, toujours très juste, qui coule paisiblement tout en charriant la douleur et le désarroi d’un père impuissant devant cette pathologie méconnue, Tieri Briet essaie d’entraîner sa fille dans une complicité littéraire qui pourrait l’extraire de la morosité dans laquelle elle a laissé son appétit. Il lui décrit comment ces femmes, résidant presque toutes entre Zagreb et Tbilissi, ont dû et su lutter pour construire des vies possibles. Ce père éprouve une profonde tristesse mais ne se lamente pas, il ne geint pas, il n’essaie pas de reconquérir sa fille par un amour filial dégoulinant, il cherche simplement à l’entraîner dans une complicité intellectuelle et littéraire sur la route d’une passion qu’ils ont ébauchée ensemble et qu’ils pourraient vivre ensemble, une forme de thérapie à double sens : extraire la fille de son anorexie en redonnant un sens à sa vie et éviter au père de sombrer dans une tristesse pathologique et de s’enfoncer dans la culpabilité. Tresser un fil rouge entre sa fille et lui comme celui que Musine Kokalari a tendu entre Hannah Arendt et elle à travers un livre qu’elle dissimulait précieusement, sans même que la grande philosophe le sache.


Et le père pense, sait, qu’après avoir lu ce texte sa fille comprendra son message, qu’elle retrouvera goût à la vie,  qu’elle saura quel sens lui donner et qu’il n’aura « plus besoin d’avoir peur ».

 


Denis BILLAMBOZ

 


Pour consulter les listes de mes précédents articles, cliquer sur les liens ci-dessous :

 

Liste des articles "Les coups de coeur de Denis "

 

Liste des articles : LES VOYAGES LITTERAIRES DE DENIS

 



Partager cet article

Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET - dans LES COUPS de COEUR de DENIS
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog interligne d' Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • Le blog interligne d' Armelle BARGUILLET  HAUTELOIRE
  • : Grâce au pouvoir des mots, une invitation à voyager sur les lignes et interlignes.
  • Contact

TEXTE LIBRE

 4016234704 (Small)

Un blog qui privilégie l'évasion par les mots, d'abord, par l'imaginaire...toujours.

LES MOTS, nous les aimons pour eux-mêmes, leur sonorité, leur beauté, leur velouté, leur fraîcheur, leur hardiesse, leur insolence, leur curiosité, leur dureté, leur volupté, leur rigueur.
Différemment des notes et des couleurs qui touchent d'abord notre sensibilité, ils ont vocation à transmettre, informer, émouvoir, expliquer, séduire, irriter, formuler les idées, forger les concepts, instaurer le dialogue.
Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

La vie doit être vécue en regardant vers l'avenir, mais elle ne peut être comprise qu'en se tournant vers le passé.

 Soëren Kierkegaard

 

Je réponds ordinairement à ceux qui me demandent raison de mes voyages : que je sais bien ce que je fuis, et non pas ce que je cherche.

   Montaigne

 

Veux-tu vivre heureux ? Voyage avec deux sacs, l'un pour donner, l'autre pours recevoir.
   Goethe

 

 MES DERNIERS OUVRAGES PUBLIES ( cliquer sur l'icône pour accéder à leur présentation )


1184097919 profil de la nuit  2851620614

les signes pourpres  3190-NEL i 978-3-8417-7335-7-full

 

SI VOUS PREFEREZ LES IMAGES et le 7e Art, RENDEZ-VOUS SUR MON BLOG : 

 

Bannière pour Armelle 1 

 

ET SI VOUS AIMEZ LES ANIMAUX, RENDEZ-VOUS SUR " MEMOIRE D'EAU" :

 

P1080160.JPG

Recherche