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24 février 2014 1 24 /02 /février /2014 08:52

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Un texte court, énigmatique, qui ravira ceux qui aime une littérature contemporaine  qui peut symboliser l’Afrique du sud telle qu’elle est sortie de l’apartheid, un pays encore illusoire, une vue de l’esprit qu’il faut désormais matérialiser. Vladislavic est bien Africain du sud, même s’il a des origines dans les Balkans comme son nom l’indique.

 

 

Folie

Ivan Vladislavic (1957 - …..)

 

 

Un beau jour, en Afrique du sud, un individu plutôt banal débarque à la limite d’un quartier périphérique d’une ville inconnue, à proximité du Veld, où il s’installe en face de la maison d’un couple très intrigué par cette intrusion dans son paysage. Le trio ainsi constitué, le Patron, quincailler, la Patronne qui passe son temps à faire le ménage et l’Autre, celui qui vient d’arriver et a l’intention de bâtir une maison sur ce bout de terrain qu’il a acquis, s’observent avec curiosité et inquiétude. Que vient faire cet inconnu ? Pourquoi les observe-t-il comme ça ? La crainte de l’inconnu, l’inquiétude devant l’étranger, l’angoisse de voir pousser un bidonville comme aux alentours de multiples villes de cette nation à peine ébauchée représentent pour les uns une certaine insolence, pour l’autre un certain mépris … on croit deviner mais on ne sait pas réellement…

Poussé par la curiosité de la Patronne, le Patron approche progressivement l’Autre et noue avec lui une vraie complicité, jusqu’à sombrer sous la coupe de cet original qui le convainc d’imaginer la maison qu’il souhaite construire, au point d’y vivre réellement. Le triangle ainsi constitué déstabilise le couple, le Patron se rapproche de l’autre en s’éloignant de la Patronne. L’Autre utilise la Patron pour entreprendre les travaux qu’il n’a pas le courage de réaliser lui-même,  au grand dam de la Patronne. Le Patron entre ainsi de plus en plus dans le jeu fantastique et onirique de l’Autre malgré l’opposition de la Patronne, au point d’adopter son délire, d’entrer dans son rêve et dans sa maison illusoire.

Avec son écriture dépouillée qui tresse un récit construit sur des détails infimes, en détournant les mots de leur sens initial pour formuler des expressions originales, inventives, savoureuses, ce texte énigmatique qu’il faut faire vivre comme les deux hommes ont fait vivre leur maison dans leur imagination, évoque une construction illusoire, bâtie dans une réalité rêvée, une vue de l’esprit, et non une réalité matérielle ou affective. « Ce n’est pas dans le cœur qu’elle se trouve, nigaud, mais dans la tête». On pourrait ainsi lire ce texte comme une parabole de l’Afrique du sud moderne qui ne serait encore qu’une vue de l’esprit confrontée à des différences ethniques et langagières fondamentales et difficilement surmontables. « Qu’est-ce qu’une maison ? Ce dont elle est sortie vaut bien davantage ». Qu’est-ce qu’un pays ? Les peuples qui le constituent sont bien davantage. On pourrait effectivement lire ce texte obscur de cette façon et y voir une parabole d’un pays en construction sur les fondations aléatoires de langages et de cultures différents.

 

Denis BILLAMBOZ

 

Pour consulter les listes de mes précédents articles, cliquer sur les liens ci-dessous :

 

Liste des articles "Les coups de coeur de Denis "  

 

Liste des articles : LES VOYAGES LITTERAIRES DE DENIS

 

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES COUPS de COEUR de DENIS
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