Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
4 novembre 2013 1 04 /11 /novembre /2013 08:55

9782070121960.jpg

 

 

 

Au moment où les forces diaboliques reprennent vigueur dans toute l’Europe, et notamment en Europe centrale, il m’a semblé bon de rappeler que certains n’ont pas pliés devant la déferlante nazie et ont lutté jusqu’au bout de leurs forces. Une histoire qui nous rappelle comment l’incroyable a été possible et comment il peut encore arriver.

 

Hammerstein ou l’intransigeance

Hans Magnus Enzensberger (1929 - ….)

 

 

« A travers l’histoire de la famille Hammerstein on retrouve et l’on peut montrer, ramassés sur un très petit espace, toutes les contradictions et tous les thèmes décisifs de la catastrophe allemande. » C’est ce qu’Hans Magnus Enzensberger affirme et prouve à travers ce livre magistral, plus qu’une biographie, pas tout à fait un essai, presque de l’histoire mais surtout pas un roman, l’auteur s’en défend, plutôt un récit pour rappeler qui était Kurt von Hammerstein, quel fut le rôle et le sort de sa famille avant et pendant la Deuxième Guerre Mondiale. En tous cas, un effort pour comprendre ce personnage si particulier et la place qu’il a occupée dans les événements qui ont agité cette période funeste de notre histoire.

 

C’est un ouvrage très documenté, l’auteur a fait des recherches importantes, y compris dans certaines archives russes qui n’ont été accessibles que pendant une courte période en 1989, et a rencontré de nombreux témoins, vivant encore, qui lui ont confié des documents inédits. Ses sources  pléthoriques lui ont permis d’enrichir son livre d’une riche iconographie : nombreuses photos, tableau généalogique, annexes comportant un index et une  bibliographie.

 

Pour conduire sa démonstration, Enzensberger a eu recours, en dehors de la narration habituelle, à d’autres processus littéraires : la glose, des réflexions personnelles pour évoquer ce qui ne peut pas être démontré, le « dialogue avec les morts » afin de tenter de débusquer la vérité enfouie dans les tréfonds de l’histoire, et des documents avérés purement et simplement recopiés dans le texte.

 

Kurt von Hammerstein est né dans le Mecklembourg, en 1878, dans une vieille famille aristocratique désargentée, il a fréquenté, dès 1888, l’école des cadets de l’armée car son père n’avait pas les moyens de lui en payer une autre. Après avoir épousé une fille d’une famille noble plus fortunée que la sienne, il devint le père de sept enfants dont trois filles qui ont joué un rôle important dans les mouvements communistes et sionistes avant la guerre, pendant et même après. Il a fait une carrière militaire rapide et brillante avant de parvenir à la fonction la plus importante de l’armée allemande, celle de chef de l’armée de terre, qu’il occupait quand Hitler devint chancelier.

 

Il vivait sans fortune et même, à certaines époques, dans une réelle pauvreté dont sa famille a pâti. Il n’aimait pas la politique et ne voulait pas y être mêlé mais les événements l’ont contraint à prendre des décisions qui n’auraient pas dû relever du pouvoir militaire. Il était l’homme de Kurt von Schleicher, ministre des armées rapidement éliminé par Hitler, avec lequel il avait partagé une bonne partie de son parcours militaire.

 

Stratège talentueux, visionnaire génial, il avait horreur du travail inutile, de la paperasserie, « Il était génial, futé, nonchalant y compris dans son allure, très critique, facilement pessimiste (flemmard)… » Il aurait même précisé : « Celui qui est intelligent et en même temps paresseux se qualifie pour les hautes tâches de commandement, car il apportera la clarté intellectuelle et la force nerveuse de prendre les décisions difficiles. »

Il avait horreur d’Hitler et de sa bande de sicaires, il n’a pas voulu collaborer avec le nouveau chancelier demandant rapidement sa mise à la retraite mais il est toujours resté très présent dans la vie politique allemande à travers son engagement dans l’opposition aux nazis. Il devait succéder à Hitler après la conjuration de juillet 1944, le cancer lui évita de connaître le désastre de cette conjuration, l’emportant dès avril 1943. Mais la famille, toujours déterminée dans l’opposition au nazisme, poursuivit son œuvre, on connait bien l’engagement des filles, autant que le permet la connaissance de l’action souterraine dans laquelle elles sont toujours restées, mais on connait moins la participation des fils à la conjuration contre Hitler. On sait seulement que Ludwig y participa et que les trois frères durent vivre dans la clandestinité pour échapper à la mort. La famille est restée toujours très digne et discrète dans l’action comme dans le deuil, « Ils ont simplement fait ce qu’ils devaient faire. »

 

L’histoire de cette famille énigmatique, atypique, résolue, déterminée, inaccessible à la peur, « la peur n’est pas une vision du monde », affirma Kurt von Hammerstein en quittant ses fonctions pour ne pas cautionner l’action d’Hitler, est une excellente façon d’aborder l’histoire de l’Allemagne en marche vers son grand désastre. Dans la République de Weimar, en pleine déliquescence, l’Allemagne n’avait plus qu’une alternative : le bolchévisme pur et dur ou le national socialisme, avec  la guerre civile pour seule porte de sortie. Hammerstein a refusé de lancer l’armée dans la bataille pour ne pas provoquer la guerre civile, laissant la porte ouverte à Hitler qui n’a pas mis longtemps pour se faufiler dans l’espace ainsi libéré. Il pensait que l’armée n’était pas suffisamment fiable, qu’Hitler disposait d’un fort appui populaire même s’il semblait plus fort en discours qu’en action. Il était aussi convaincu que les pays de l’Ouest n’avaient pas su négocier avec l’Allemagne afin d’éviter qu’elle se jette trop facilement dans les bras des soviétiques avec lesquels elle a collaboré très étroitement pour reconstruire une armée efficace. « Qu’est-ce que vous croyez qu’il se passait en Allemagne, à l’époque ! La politique intérieure n’était qu’un tas de ruines ! De sales affaires de politique partisane ! Crimes et bêtises ! Si cela n’avait tenu qu’à moi, j’aurais fait tirer sur les nazis dès août 1932 ! » Encore une citation à méditer…

 

Dans ce texte, Hans Magnus Enzensberger semble vouloir attirer l’attention des gouvernants et des peuples sur les erreurs qui ont été commises entre 1920 et 1940, de façon à ce qu’ils ne les reproduisent pas, certains passages de son livre, sortis de leur contexte, pourraient très bien illustrer notre actualité politique, économique et sociale. Avons-nous bien entendu ce message ? J’en doute …

 

La responsabilité du peuple allemand n’est nullement esquivée par Hans Magnus Enzensberger qui relaie Hammerstein dans sa critique : « puisque le troupeau de moutons que sont les Allemands a élu un tel Führer, qu’ils le paient jusqu’au bout. » et l’auteur d‘ajouter : « Il ne fallait pas épargner cette expérience aux Allemands, sinon jamais ils ne deviendraient moins bêtes. » Voilà des éléments qui me permettent de progresser vers la réponse à cette question qui m’obsède depuis si longtemps, mais il faut se méfier, où est la vérité ? L’auteur pose cette question car la vérité sur cette période nous ne la connaîtrons jamais, nous devrons éternellement évoquer le désastre et l’horreur sans réellement savoir qui a fait réellement quoi.

 

Denis BILLAMBOZ

 

Pour consulter les listes de mes précédents articles, cliquer sur les liens ci-dessous :

 

Liste des articles "Les coups de coeur de Denis "

 

Liste des articles : LES VOYAGES LITTERAIRES DE DENIS

 

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET - dans LES COUPS de COEUR de DENIS
commenter cet article

commentaires

"Denis.Billamboz 05/11/2013 22:34

Merci Marcel, je crois qu'en quelques mots tu as tout dis ou presque.J'ajouterais seulement qu'il faudrait que nos concitoyens lisent ce livre pour mieux comprendre ce qui pourrait nous arriver si
nous ne prenons pas conscience de la situation actuelle.

Marcel Lommier 05/11/2013 10:05

Remarquable réflexion sur la morale individuelle et le refus de la servitude, Hans Magnus Enzensberger ajoute au récit historique classique inspiré de l'histoire du chef militaire Kurt von
Hammerstein et nourri aux meilleures sources, des entretiens posthumes avec les personnages de l'époque. Pour être imaginaires, ces dialogues avec les morts n'en sont pas moins saisissants. "Aux
frontières de l'Histoire et de la littérature, aux limites de la fiction et de la réalité, ce livre intrigue, enseigne et subjugue", écrivait un journaliste de l'Express lors de sa sortie en 2010.
Un livre à recommander aux amoureux de l'histoire et à ceux qui cherchent à en expliciter les terribles conséquences et les redoutables prolongations.

Présentation

  • : Le blog interligne d' Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • Le blog interligne d' Armelle BARGUILLET  HAUTELOIRE
  • : Grâce au pouvoir des mots, une invitation à voyager sur les lignes et interlignes.
  • Contact

TEXTE LIBRE

 4016234704 (Small)

Un blog qui privilégie l'évasion par les mots, d'abord, par l'imaginaire...toujours.

LES MOTS, nous les aimons pour eux-mêmes, leur sonorité, leur beauté, leur velouté, leur fraîcheur, leur hardiesse, leur insolence, leur curiosité, leur dureté, leur volupté, leur rigueur.
Différemment des notes et des couleurs qui touchent d'abord notre sensibilité, ils ont vocation à transmettre, informer, émouvoir, expliquer, séduire, irriter, formuler les idées, forger les concepts, instaurer le dialogue.
Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

La vie doit être vécue en regardant vers l'avenir, mais elle ne peut être comprise qu'en se tournant vers le passé.

 Soëren Kierkegaard

 

Je réponds ordinairement à ceux qui me demandent raison de mes voyages : que je sais bien ce que je fuis, et non pas ce que je cherche.

   Montaigne

 

Veux-tu vivre heureux ? Voyage avec deux sacs, l'un pour donner, l'autre pours recevoir.
   Goethe

 

 MES DERNIERS OUVRAGES PUBLIES ( cliquer sur l'icône pour accéder à leur présentation )


1184097919 profil de la nuit  2851620614

les signes pourpres  3190-NEL i 978-3-8417-7335-7-full

 

SI VOUS PREFEREZ LES IMAGES et le 7e Art, RENDEZ-VOUS SUR MON BLOG : 

 

Bannière pour Armelle 1 

 

ET SI VOUS AIMEZ LES ANIMAUX, RENDEZ-VOUS SUR " MEMOIRE D'EAU" :

 

P1080160.JPG

Recherche