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6 janvier 2014 1 06 /01 /janvier /2014 08:41

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Certains livres semblent se précipiter à notre rencontre, comme s’ils voulaient qu’on les lise absolument, qu’on les croque, qu’on les déguste, il en est ainsi de ce livre de cette auteure équatorienne dont je n’avais jamais entendu parler avant de tenir en main cet opuscule lors d’une foire quelconque. J’ai lu ce livre, je l’ai dévoré et je voudrais vous le faire partager. Un vrai moment de littérature, une réinvention de l’écriture.

 

 

Ici ou nulle part

Rocio Duràn Barba (1956 - ….)

 

Qui a débarqué un beau jour, un beau soir, a fortiori seul à Paris, peut comprendre, même un peu seulement, ce que Rocio Duràn Barba a pu ressentir quand elle est arrivée dans la Grande Ville en provenance de son Equateur natal : la solitude, l’égarement, l’incompréhension, … Et appréhender la démarche qu’elle a initiée pour découvrir la pieuvre tentaculaire, comprendre son fonctionnement, son histoire, ses motivations, ses envies, ses ambitions, ses vices et ses déviances. La narratrice, qui est aussi, certainement l’auteure, a inventé un style, une recherche formelle, un travail sur le vocabulaire : la création de néologismes constitués de mots composés mis en résonnance pour se compléter, renforcer les images esquissées, altérer les effets suggérés, créer des effets, … des mots oxymores, paradoxes, allitérations, images …, des mots pour donner plus de force, un autre sens, une autre dimension à sa quête, à sa description, à sa tentative d’explication.


Dans ce roman, qui ressemble bien plus à un essai, un essai écrit par une poétesse qu’à une fiction, la narratrice, quand elle débarque à Paris « la Géante », où elle rencontre la solitude, l’égarement, va essayer de découvrir la ville, de l’apprivoiser, de la séduire, de la comprendre en l’interrogeant, en l’interpellant. Elle la nomme tour à tour « Liberté », « Révolution », « Histoire », « Modernité », « Disparité », «  Confort », « Barbarie » pour en évoquer tous les aspects. « Mais, avant tout, elle était agitation. Mouvement. Célérité-construction. Rapidité-destruction. Levain de pierres. Hordes d’objets presque géométriques. Gestes ascendants-descendants. Invasion de la nouveauté, bataillon de l’ancien. Restauration et décrépitude. Mode-nippes. Foule d’expériences-brimades, habitations-cohabitations ».


Progressivement cette découverte de la ville sous ses multiples aspects et composantes révèle « la Géante »  dans l’immense multiplicité de ses facettes mais dessinent aussi, en creux, les visions personnelles de l’auteure, ses convictions qu’elle oppose aux certitudes le la cité. Elle lui reproche de favoriser tout ce qui concourt à son anéantissement prochain, à la fin d’un monde ou peut-être même à la fin du monde en évoquant toutes les grandes menaces planant sur la planète : bombes atomiques, trou dans la couche d’ozone, centrales nucléaires peu fiables, pluies acides et toutes les autres menaces, pollutions notamment, connues, émergeantes ou encore méconnues. Un réquisitoire acerbe contre la stupidité de notre civilisation qui court à sa perte en gâchant les trésors de son histoire et les richesses qu’elle ne sait pas exploiter, qu’elle dilapide sans se préoccuper de son avenir.


Devant toutes ces menaces, l’auteure se réfugie dans la littérature, « les volumes avaient proliféré comme des champignons dans la modernité-disparité de la Ville. La Grande Ville. Et continuaient de surgir inexorablement. Il fallait apprendre à cohabiter avec eux, à se mouvoir au milieu d’eux. Il devenait urgent de les sélectionner. De les identifier. De les classer. De les choisir ». Et la lecture conduit inéluctablement à l’écriture qui finit par confondre dans une démarche existentielle l’auteure et le texte dans la même angoisse jusqu’au limite de l’anéantissement, du suicide.


Dans ce livre époustouflant, incomparable, unique, conjuguant poésie formelle, démonstrations scientifiques, évocations historiques, descriptions fabuleuses, …, dans une langue inventée, hautement littéraire, Rocio Duràn Barba s’inscrit dans la lignée des écrivains latino-américains qui ont mis leur plume au bout des lignes de Borges ou de Bioy Casares, j’ai ainsi pensé à Cabrera Infante et Campos de Carvalho que j’ai lus il n’y pas si longtemps. Des auteurs très attachés au travail du texte, des mots, des expressions, d’un style novateur composé à partir de phrases courtes, des phrases-mots, un style vif, rapide, incisif, imagé.

 

Denis BILLAMBOZ

 

Pour consulter les listes de mes articles précédents, cliquer sur les liens ci-dessous :

 

Liste des articles "Les coups de coeur de Denis "

 

Liste des articles : LES VOYAGES LITTERAIRES DE DENIS

 

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES COUPS de COEUR de DENIS
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commentaires

"Denis.Billamboz 11/01/2014 11:56

Merci Pascal,

Et bonne année à toi dans ta famille,dans ton job et dans toutes les entreprises que tu pourrais conduire au cours de cette nouvelle année.Que la grande pendule du temps te laisse quelques petites
plages pour découvrir de belles lectures.

Pascal 09/01/2014 13:53

Salut Denis,
Toujours sous presse en début d'année. Pour toi et les tiens une bonne année 2014. Beaucoup de bonnes choses à lire et partager.

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