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27 novembre 2013 3 27 /11 /novembre /2013 09:36

atlantique-273722.jpg

 

 

Nuit irisée, nuit haubanée

De mercure tout enchâssée,

De givre tout opalisée,

Les amants se sont avancés,

Le seuil est proche.

Le vent, dans la moirure des phares, couve l'attente,

Là où le soulèvement de la vague

Forge l'écume dans le quartz.

Le temps, au goût d'écorce amère,

S'ensable sous les ombelles pures des sources,

Alors, qu'encore lointaine, sous son mât de misaine,

Dans ses diaprures de plancton,

La mer conduit au large de ses dunes ses légions de phaétons.

 

( ... )

Ecoutons respirer les éléments, voyons le ciel se mouvoir.

Qui s'avance, qui va dans la nuit ?

Il y a mieux à faire que de dormir. Veillons !

Tenons-nous à la proue, droit, le visage impérieux.

Force nous est de scruter, d'imaginer des contrées

Où s'honoreraient des bêtes mythiques.

L'oiseau passe qui annonce un continent proche, une terre sauvage.

Demain, nous apprendra que la fin est proche,

Que le jour tarde à se lever.

Il hésite à la frontière des mondes.

N'est-ce pas des galaxies qui neigent dans l'univers,

N'est-ce pas l'éclipse qui s'accomplit avec majesté ?

Il faut se refuser à la médiation,

Accepter que la route aboutisse ou bien reprendre l'océan.

 

(...)

 

L'Atlantique est une contrée au-delà du possible.

D'étranges choses s'y passent.

On ne hisse pas les voiles,

On ne lève pas l'ancre pour s'affranchir

Mais pour se porter secours.

De là où je suis, je prends en compte l'éternité.

Avec elle, je dérive, je l'étarque fort,

Je la mène vers ce point que je refais chaque jour,

À chaque heure. Un point qui sursoit à ma vision.

 

( ... )

 

 

Cet exode fut long.

Cependant ne crois pas que j'en revienne.

On ne revient pas de nulle part.

Je me tiens au milieu de l'océan.

Je suis un point fixe ainsi qu'une étoile.

Si l'étoile est illusion, j'en suis une aussi.

J'écris sur un cahier blanc.

Chaque lettre porte les couleurs de l'esprit,

Chaque mot esquisse une trajectoire.

Je suis bien. Ici il n'y a pas de route,

Pas de cité. Dans le clair-obscur d'alentour

Je vois les lourdes charpentes du monde s'abattre.

Quelle erreur de le dire immortel.

De l'immortalité, on s'en retourne plus mortel encore.

 

Tu me demanderas : que faisais-tu ?

Patiente, je t'écrivais une lettre sans point, sans finalité.

On ne peut enclore la vie.

Avide je cherche des signes, des points de ralliement.

J'entretiens ces feux.

J'écris, parce que les mots gardent intact

Le pouvoir de ranimer nos chimères,

Qu'ils tissent les fils qui, lentement, me reconduiront vers toi.

 

(...)

 

Il me faut cette soif, cette faim pour tenir.

Ailleurs le provisoire, l'inaccompli,

L'astre qui clôt la nuit de son avènement.

Hier le divin couvrant nos fronts de sa vie obscure.

Lorsque nous aurons résolu l'énigme,

Le rivage refluant, nous quitterons les môles

Où nichent des colonies d'oiseaux.

Sourciers, sorciers, pour l'ultime écoulement vers la terre absente.

Ainsi l'image du premier jour, ainsi l'eau à la proue parée pour le passage,

Ainsi l'hésitation au bord de la houle qu'affranchira le temps. J'ai peur,

Parce que l'odeur de paille n'éveillera pas le grillon, que le coq s'est tu,

Que la cloche ignore le tintement qui l'ébranle.

Je sais que le continent brûle d'un feu dissipé,

Que le ciel brille d'un éclat perdu.

S'éloigner n'a plus le même sens que jadis.

Chacun porte en soi son nouveau monde.

Les lèvres sèches, on contemple une ligne qui n'est pas l'horizon

Mais une trace originelle. La matière s'estompe enfin.

A l'avant, il n'y a plus que l'absolu à distinguer.

 

                                                                    

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

PROFIL DE LA NUIT   ( extraits )    Editions  : L'Etoile du Berger

 

Pour se procurer  PROFIL de la NUIT, cliquer   ICI

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans ARTICLES ME CONCERNANT
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commentaires

Ananke 29/11/2013 13:28

Une écriture très imagée, venue de l'océan mythique.

On s'y ressent au milieu de nul part et tout porte à la rêverie.

Seul un océan nous offre cette impression éternité et bizarrement nous enlève la notre. Il nous rend humble et minuscule.

Merci pour ce texte qui m'impressionne énormément tant par sa qualité d'écriture que par sa teneur.

Amitiés

Pierre

Ps: étonné du peu de commentaires sur une telle capacité de plume...

Alain 28/11/2013 18:59

Voilà des vers qui "appellent" le grand large. Imprimés, j'en profiterai une nouvelle fois dans l'un de mes endroits de prédilection. Tout en haut du vieux Bidart. Un endroit incomparable où l'on
se croit suspendu entre ciel et océan. Merci Armelle.

Philippe LASSIRE 27/11/2013 17:00

Armelle, magnifique poème d’Atlantique que tu as écrit auquel j’ai eu envie de rajou-ter ces quelques vers d’un poète dont j’ai oublié le nom :
« Aux tempêtes injurieuses, les nefs subirent

Tant de véhémence – Tephillim tympanon

Qu’en finalité létale elles se fendirent

Et délivrèrent aux océans leurs cargaisons.

– Aux tempêtes injurieuses, les nefs subirent… »

Carou 04/10/2013 12:00

Chose incompréhensible, si peu de commentaires pour un si beau poème qui m'a fait voyager dans les eaux tumultueuses de l'Atlantique,

Goût de l'aventure très prononcé, où l'on ressent la difficulté de survivre dans les hautes mers, avec comme un appel des sirènes, tel "Ulysse" happé par ce monde des profondeurs partant à la
découverte mais aussi surplombant l'océan, son horizon en Maître des lieux, ayant été guidé par l'Étoile du Berger.

La fin de ce récit est doux comme une vague qui repart d'où elle vient après s'être déchaînée, pour nous déposer sur la plage après un voyage exaltant, nous laissant plein d'images et de
sensations, comme dans un rêve...Nous laissant nous réveiller en douceur sous le ciel encore étoilé pouvant observer à notre tour l'Étoile du Berger.

Pour ma part, je laisse trace de ma lecture et du plaisir que j'ai eu à découvrir votre poème qui m'a emporté dans ce monde que vous avez décrit "Armelle".

Je souhaite que d'autres feront de même !!!

Je vais m'empresser de vérifier si vous avez édités d'autres poèmes de votre recueil, avec espoir de pouvoir vous relire, mais aussi que vous écrirez de nouveau,

Mes respects,

Carou

Tania 29/02/2012 15:38

"J'écris, parce que les mots gardent intact
Le pouvoir de ranimer nos chimères,
Qu'ils tissent les fils qui, lentement, me reconduiront vers toi."

Permettez-moi de répéter ces beaux vers d'un poème de pleine mer en plein vent, de rester dans son sillage.

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Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

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