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30 mars 2014 7 30 /03 /mars /2014 08:43

kawabata_kyoto.jpg

 

 

C’est toujours un moment de grâce pure de lire, ou relire, Kawabata et plus encore quand le maître évoque cette ville qui lui tient tant à cœur : Kyôto avec ses cerisiers et ses jeunes filles graciles. Je n’ai pas pu résister au plaisir de partager ce moment de grâce avec vous.

 

 

Kyôto

Yasunari Kawabata (1899 – 1972)

 

 

« Allons venez avec nous ! Ne serait-ce que pour regarder de jolies jeunes filles… »pour Kawabata Kyôto, ce sont d’abord des jeunes filles en fleur et des cerisiers en fleurs mais aussi des parcs magnifiques, des forêts admirables, des temples innombrables et des fêtes qui agrémentent la ville tout au long de l’année.


Dans cette merveilleuse ville millénaire, Chieko, jeune fille unique adoptée par un couple de commerçants en gros de tissus pour kimonos, est convaincue qu’elle est une enfant trouvée mais ses parents lui affirment qu’elle n’a pas à craindre cette infamie, elle n’a pas été trouvée dans la rue mais ravie à ses parents dans un parc. La jeune fille finit cependant par connaître la vérité quand elle rencontre celle qui est sa sœur jumelle, celle qui lui raconte ses origines, celle qu’elle va essayer d’inclure dans sa vie… L’occasion pour l’auteur de traiter le thème du double : filles jumelles, fleurs doubles des cerisiers rouges, paupières doubles de la fillette rencontrées par le père dans une maison de thé…


Mais la véritable héroïne de ce roman n’est pas la jeune fille mais Kyôto, la ville si chère à Kawabata qu’il ne se lasse pas de contempler, de décrire, de raconter, du cœur de la vieille cité jusqu’aux sommets des cinq collines couvertes de forêts merveilleuses et de multiples temples. Cette ville qu’il appelle encore « La Capitale » qu’elle fut avant que Tokyo le devienne et qui incarne le Japon éternel comme cette luxuriante végétation qui meurt et renait chaque année. Et pourtant cette éternité bute sous le poids de la roue du temps : les fleurs fanent, les filles perdent leur éclat, les parents vieillissent… et Kawabata, voit, lui, avec terreur sa vieillesse, porteuse de déchéance, arriver inéluctablement. Même le Japon éternel vivant encore à Kyôto est menacé par les assauts de la modernité : l’artisanat de haute qualité ploie devant l’industrie productiviste, l’art traditionnel se perd, la création disparait. Nostalgie du Japon traditionnel s’effaçant avec sa civilisation et ses valeurs ancestrales pour laisser la place à une société mercantile et puérile. Une page se tourne, le Japon change, la tradition se meurt, l’ère de Kawabata s’achève, on sent dans la lecture de ce texte comme une résignation, comme si le maître avait déjà pris la décision d’en finir vite avec cette vie. « L’appel du passé. La solitude du présent ».


Un texte d’une grande sensibilité, plein de délicatesse et d’élégance, un hommage à sa ville, un hommage au Japon éternel, un hommage aux jeunes filles, même aux très jeunes filles, qu’il évoque avec beaucoup de tendresse et une sensualité qui confine à l’érotisme quand il décrit la rencontre entre les deux jumelles, «… la chaleur du corps de Naeko qui la couvrait des  pieds à la tête se transmettait à Chieko, la pénétrait profondément. C’était une douce intimité, que ne peuvent rendre les mots ».Tout Kawabata transpire dans ce court roman.

 

Denis BILLAMBOZ

 

Pour consulter les listes de mes précédents articles, cliquer sur les liens ci-dessous :

 

Liste des articles "Les coups de coeur de Denis "

 

Liste des articles : LES VOYAGES LITTERAIRES DE DENIS

 

 

 

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES COUPS de COEUR de DENIS
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commentaires

denis billamboz 31/03/2014 13:39

Chez Kawabata, il y a une grande élégance, beaucoup de raffinement et une grande angoisse peut-être pas de la mort mais plutôt de l'altération du corps due à l'âge. La fuite du temps et son cortège
de stigmates qui l'éloignent de plus en plus des jeunes filles, hantent toute son oeuvre (ce que j'en ai lu au moins)et l'ont finalement conduit au suicide.

armelle 30/03/2014 13:38

Oublié le s de désirs.

armelle 30/03/2014 12:53

Je partage en tous points ton admiration pour Kawabata que je considère avec Mishima comme le plus grand écrivain japonais. Sa vie fort triste fut toujours hantée par la mort mais également par la
beauté qu'il jugeait inaccessible mais envoûtante. Assez laid et fragile de santé, il a idéalisé la femme tout en ne dissimulant aucune de ses faiblesses et surtout en voilant de mélancolie ses
désir totalement fantasmés. C'est ce qui donne à son oeuvre cette tonalité très particulière.

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