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22 décembre 2013 7 22 /12 /décembre /2013 10:37

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                                             L’âne et le petit cheval

 


  

Un matin d’été,

Réunis dans le même pré,

Il y avait un âne bien sage

Et un fringant petit cheval.

Ils avaient le même âge

Mais, à les surprendre ainsi,

On devinait que leurs destins

Ne seraient jamais semblables.

 

L’un était gris et docile,

L’autre vif et étincelant.

L’un d’humeur égale,

L’autre plus inconstant.

Le premier pensait :

Je voudrais un maître à servir

Et mon petit pré carré,

Un travail humble et facile

Et une bonne mesure de blé.

 

Le second rêvait de pompe et de gloire,

Et de ces vastes champs emplis

Du cri vibrant des victoires.

L’un trouva dans une ferme

Sa besogne quotidienne,

Tandis que l’autre eut tôt fait

De se faire remarquer.

Alors que l’âne portait la farine et le bois,

L’alezan mettait en émoi,

De bas en haut des tribunes,

Quelques rondelettes fortunes.

On misait sur sa foulée

Dollars, florins et guinées ;

On osait d’invraisemblables paris,

Tant grande était sa renommée.

C’est ainsi, parmi les clameurs,

Que le petit cheval traversa la vie,

Qu’il connut les honneurs

et les prix  prestigieux.

Rien ne lui sera refusé :

Ni le luxe, ni les trophées,

Ni les flirts délicieux

Sous les ombrages du grand pré.

 

Puis, l’âge venant,

On relégua l’alezan

Au bout du champ.

Plus de faste, plus d’argent,

Vieux cheval, il est temps

Que tu rentres dans le rang !

Finies les pompes de jadis

Et la vanité de paraître.

Voilà qu’hélas se profile

L’heure de la retraite !

 

Le lendemain, sous bonne escorte,

On le mena à l’abattoir.

Il y connut le même sort

Que ses frères du terroir.

Heureusement un palefrenier,

Se souvenant de son passé,

Avec égard l’enterra

Au fond du pré.

L’âne, qui se trouvait là,

A petits pas s’avança.

Devant la terre retournée,

Il laissa couler une larme.

Grâce à cette larme, sachez

Qu’une tendre fleur poussa.

Elle illumine, de son éclat,

La tombe du petit cheval.

 

Quant à l’âne, il mourut de vieillesse,

Très, très âgé, dit-on au village.

Lui, tout en broutant confiait

Que, quelques chardons suffisaient…

A  le combler.

 

 

Armelle BARGUILLET  ( extraits de « La ronde des fabliaux )

 

9782912642998 1

 

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans ARTICLES ME CONCERNANT
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commentaires

armelle 01/12/2014 10:48

Oui, Edmée, la vie finit toujours douloureusement.

Edmée De Xhavée 30/11/2014 09:24

Une bien jolie fable mais elle finit plutôt tristement, encore que ointe d'une larme d'âne, dont la vie jaillit à nouveau...

armelle 23/12/2013 09:30

J'avais écrit ces fables il y a quelques années pour mes enfants et plus tard petits-enfants et je me suis beaucoup amusée. J'en publierai d'autres un peu plus tard. Il est bon de replonger dans le
monde de l'enfance où le rire est proche des larmes.

Alain 22/12/2013 21:50

Cette jolie fable en dit bien plus long que je ne le pensais au début de la lecture. Elle trouve dans notre actualité une certaine résonance que certains devraient prendre en compte ! Mais je suis
encore en train de rêver ! Bonne soirée Armelle.

Pâques 22/12/2013 19:58

J'ai toujours rêvé d'être un fringuant petit cheval...
Mais finalement c'est pas si mal d'être un âne !!!

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