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31 août 2011 3 31 /08 /août /2011 09:27

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Autorité, du mot Auctoritas, vient du verbe augere qui signifie augmenter. Elle est la capacité de se faire obéir avec le consentement de celui qui obéit. L'idéal est d'obtenir cette obéissance sans menace et de ne l'exercer que dans le but de sécuriser. Car le vide d'autorité engendre vite l'affolement et le désarroi. Or, en ce début de XXI ème siècle si prompt à tout remettre en cause, posons-nous la question : l'autorité a-t-elle conservé sa légitimité, est-elle toujours recevable, est-elle toujours d'actualité ?


Nous ne sommes plus, en effet, en un temps où le peuple, illettré et privé de savoir, reconnaissait volontiers son incompétence et acceptait d'être dirigé par les puissants de ce monde. Là où la société d'antan se fondait sur l'obéissance, celle d'aujourd'hui privilégie la concertation et l'autonomie individuelle. Ainsi a-t-on transposé peu à peu, dans la réalité quotidienne, le principe d'égalité entre les hommes et le droit accordé a chacun d'accéder, selon ses mérites, aux fonctions les plus hautes, sans discrimination d'origine et de race. Les idées démocratiques ont fait leur chemin et le droit de vote n'est pas autre chose que la participation du peuple aux affaires de l'Etat. Car nul n'est définitivement soumis au cours inexorable de l'histoire : les hommes peuvent toujours, grâce à leurs actions, changer le monde. Pour reprendre un propos d'Hannah Arendt :"Chacun a le droit d'exercer sa liberté en participant au pouvoir politique".


D'où la difficulté de l'exercice pour ceux qui sont mandatés : politiques, magistrats, enseignants. Car, peut-on soumettre à l'autorité un homme qui, par essence, est libre ?
Cependant, aussi libre soit-il, il n'en est pas moins intégré dans un tissu social, une communauté d'appartenance et se doit d'agir de façon telle qu'il ne puisse nuire à la liberté d'autrui. C'est ce que nous pourrions considérer comme une astreinte normale au bien public. Aussi, n'y a-t-il aucune raison probante d'envisager  la disparition de l'autorité et de supposer que nous sommes parvenus à un moment de l'histoire où elle ne serait plus bénéfique à la société des hommes. De toute évidence, non ! l'autorité est encore et toujours nécessaire, parfois même souhaitée.

 
Parce que l'homme vit en communauté et que cette communauté a besoin d'un chef comme l'enfant d'un maître, quelqu'un qui, avant d'être celui qui commande, est celui qui réfléchit, juge et décide... pour le bien des autres. C'est ainsi que l'on fait régner l'ordre et, par voie de conséquence, la paix. Il n'y a pas d'accomplissement humain sans une portion d'autorité admise et reconnue. L'autorité nous autorise à être et à ...faire être ceux qui nous sont proches. C'est alors que l'autorité bien comprise et bien exercée devient service. On remplit une fonction et les responsabilités qui s'y rapportent ; on assume une charge et les conséquences qui s'en suivent. Et l'autorité est d'autant mieux exercée qu'elle est consentie.


Il ne faut pas oublier non plus qu'il y a plusieurs formes d'autorité : de l'autorité personnelle, parentale, éducative à l'autorité politique, morale, spirituelle, et qu'il est préférable de remettre chacune d'elles à sa place avant de les distinguer dans leur singularité. Il appartient, en effet, à chaque époque de ré-organiser les autorités qui lui sont propres. L'erreur serait de réduire l'autorité à un pouvoir, ce pouvoir à une  autocratie, cette autocratie à une tyrannie illégitime et abusive.


Pour que l'acte d'autorité soit accepté, encore faut-il qu'il soit appliqué de façon exemplaire ; c'est seulement dans ces conditions que l'autorité se justifie et s'accrédite par sa capacité à produire et  maintenir des normes de comportement reconnues de tous. L'autorité est admise alors comme une règle qui fait autorité et référence, pose sa légitimité comme un droit. Cela permet d'établir aux yeux de chacun un critère de valeurs, une hiérarchie entre ce qui est bien et ce qui ne l'est pas, entre l'usage supérieur et l'usage inférieur de l'action, de l'intelligence, du langage, de la force, entre ce qui est acceptable et ce qui ne peut être accepté. 


L'autorité a donc obligation de refaire sans cesse la preuve de sa légitimité. Mais on ne peut s'en passer, car, en face d'une absence de repères, l'homme est pris de vertige. Une route non balisée risque fort de ne mener nulle part. L'autorité implique évidemment le respect du groupe, du système et des liens qui se tissent à l'intérieur de cette collectivité afin de former le tissu social dont je parlais plus haut. Les émeutes de banlieue, les réglements de compte, par exemple, inspirés par la tentation de disqualifier ce qui est en place, signent la perte de la croyance dans le bien-fondé de l'autorité et cette perte de respect débouche fatalement sur une perte du respect de soi. C'est alors que la morale a toutes les chances d'être désirée et de nous sembler bonne et, d'autant plus, si l'homme s'emploie à la promouvoir avec sagesse et équité. "Une âme juste est guidée par sa connaissance du Bien ; cette disposition consiste à se gouverner selon la raison ; par suite, une âme juste maîtrise ses passions ; enfin, une telle âme peut être dite harmonieuse, belle, forte et en bonne santé, parce qu'elle se tient à l'écart de l'injuste et du dérèglement des passions" - écrivait Platon. Qui pourrait remettre en cause une aussi belle profession de foi ? Foi en l'homme, foi en l'exercice d'une autorité au service du citoyen et de la nation. Le mieux serait que cette autorité suscite non l'obéissance mais le consentement, s'organise autour de références qui permettraient à l'individu de se réaliser dans un environnement favorable, contribueraient à accroître ses facultés et justifieraient parfaitement le sens premier du mot autorité : celui  d'augmenter, qui exhorte à la promotion ou à la régénérescence d'un idéal.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES QUESTIONS QUE L'ON SE POSE
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commentaires

Philippe LASSIRE 01/09/2011 10:29


Le Petit Robert ne donne pas moins de sept définitions du mot « autorité » et il suffit de s'y reporter, de plus le travail d'Armelle est très complet et très explicite. Dans le cadre de cette
réflexion, il pourrait être intéressant d'élargir le champ d'investigation. En prenant comme premier sujet de réflexion l'univers, il semble bien qu'au travers des constats scientifiques, qu'il
soit régi par des lois, donc par une autorité matérielle ou immatérielle, ou les deux. Depuis des siècles, un certain nombre de penseurs considèrent que toutes les formes de matière, vivantes ou
non vivantes, doivent leur existence à une énergie universelle. De manière générale, les scientifiques connaissent encore très mal la nature de cette énergie car, plutôt que d'orienter leurs
recherches sur ce qu'elle est en essence, ils se dispersent en essayant d'analyser ses diverses manifestations. C'est ainsi qu'ils distinguent quatre grandes forces en action dans la matière : la
cohésion, l'adhésion, l'attraction et la répulsion. Cependant, certains pensent que ces quatre forces ne sont que des manifestations différentes d'une seule énergie, en l'occurrence cette énergie
universelle. À cet égard, la différence d'appréciation vient du fait qu'ils prennent trop souvent les effets pour les causes, car la multiplicité apparente des choses terrestres semble avoir son
origine dans une Unité Cosmique intangible, invisible et infinie. Autrement dit, nous avons tendance à prêter une nature causale à des phénomènes physiques qui proviennent d'une énergie
métaphysique unique. Cependant cette organisation ne semble pas avoir la même nature qu'une forme de conscience que nombreuses personnes appellent l'âme, une autre énergie cosmique qui est
indépendante du monde matériel et qui possède des fonctions et des attributs que l'on ne trouve pas dans la matière non vivante. Ce qui laisserait à penser que cette énergie est liée à une force
vitale, selon le principe universel de la dualité des énergies (positif/négatif, yin/yang, etc.), mais totalement complémentaire. L'énergie universelle, précédemment citée, imprègne continuellement
l'espace, cela signifie qu'elle est toujours prête à se condenser sous une forme ou autre et à remplir sa fonction au service de la matière. N'est pas un bel exemple d'autorité des lois du
mécanisme universel ?
En revenant au niveau terrestre, le trait le plus saillant du phénomène d'autorité réside dans son universalité et son polymorphisme. Il n'est d'ailleurs pas propre aux sociétés humaines. Du
troupeau de buffles ou d'éléphants à la bande de babouins entreprenant de piller un jardin jusqu'aux poulaillers de nos fermes, tous les animaux vivant en corps obéissent à l'un d'entre eux qui
peut être considéré comme le détenteur de l'autorité. Dans les collectivités humaines, depuis l'origine civilisatrice jusqu'à quelques décennies le fait était encore plus constant. L'élève
n'obéissait pas seulement à l'autorité du maître, il se pliait à celle d'un texte et aussi aux cours d'instruction civique. Devant le comptoir d'un café, les ouvriers, après le travail se
retrouvaient entre égaux et cependant il était rare que leurs propos ne soient pas polarisés par l'autorité de l'un d'entre eux. Ces quelques exemples montrent que l'autorité n'existait pas
seulement dans les rapports sociaux ou elle était institutionnalisée : dans l'entreprise, les bureaux, l'armée, dans les lieux publics, etc. Elle s'imposait si spontanément lorsque quelques
individus étaient réunis que l'on pouvait se demander si elle ne constituait pas les fondements des relations sociétales. Parmi les êtres qui peuplent la terre, seul l'homme semble disposer d'un
libre-arbitre, ce qui implique qu'il lui faut un réel discernement, donc une formation adéquate, pour contribuer aux respects et à l'application des lois immanentes de l'univers et par conséquent
de l'autorité. Je reprends ici quelques lignes de la philosophe Myriam Revault d'Allones : « Mais qu'est-ce réellement que l'autorité ? Il existe une très grande confusion entre pouvoir et
autorité. Pour de nombreuses personnes, restaurer l'autorité signifie restaurer l'obéissance. Cela ne concerne pas l'autorité, mais le pouvoir. L'autorité n'appelle pas à l'obéissance mais à la
reconnaissance, on ne la détient pas, on l'exerce. Il est difficile de définir l'autorité de manière positive. Elle ne résulte pas d'une relation hiérarchique faisant appel à la contrainte, pas non
plus d'une relation égalitaire, la relation d'autorité implique une dissymétrie, quelque chose de très énigmatique, d'opaque, de l'ordre de la transcendance ».
Pour finir sur une note positive, je dirais que la plupart des gens, avec leur bon sens, comprennent l'utilité des règles. Certaines mesures doivent être prises, comme d'apprendre aux enfants le
pourquoi des règles, des normes et des institutions. Alors nous utiliserons intelligemment, en tant qu'une des cellules, notre libre-arbitre au service du grand corps qu'est l'humanité.


Palilia 31/08/2011 19:22


bonsoir Armelle : j'aime beaucoup cet article. on peut avoir de l'autorité sans être "autoritaire" dans le mauvais sens du terme et sans écraser les gens et ma foi, c'est ce qu'on a fait avec nos
enfants et ça ne leur a pas trop réussi. Parfois,j'aimerais l'être plus en réalité vis à vis de certaines personnes mais je ne suis pas née pour ça... ceci dit, c'est indispensable à mon sens sinon
c'est la chienlit et on a besoin de se sentir encadrés aussi mais par des gens à l'autorité intelligente et non écrasante.


Edmée De Xhavée 31/08/2011 19:21


Bien intéressant point de vue!!! Merci!


Yves B. 31/08/2011 12:50


L'autorité est-elle toujours légitime ?Oui, je le pense, même si elle est parfois remise en cause. Influence des époques plus que des modes. Elle est multiforme et multi-séculaire tel un principe
indéfinissable, changeant, adaptable mais sans nul doute indispensable. Elle rassure ou inquiète, valorise ou condamne, car multiple dans les nuances et les interprétations. "Faire autorité" sous
entend la reconnaissance d'une compétence, alors qu' être autoritaire ne se conçoit pas comme un compliment. Avoir de l'autorité est une qualité demandée à un chef, un responsable, un professeur,
mais l'excès d'autorité fait basculer dans le despotisme, voire dans la dictature. Il est fréquent d'entendre dire " c'est une autorité reconnue " - le jugement est sans réplique. Il classe celui à
qui il est adressé dans l'excellence de ses compétences. Mais l'autorité peut être brutale, impérative, véhémente, péremptoire. Elle peut également s'infiltrer sournoisement, ce qui nous conduit à
la considérer sous deux formes : la bonne et la mauvaise autorité. Prenons l'exemple de la technocratie mondialiste. Lorsque cet organisme mal défini impose son autorité au nom du bien des peuples,
il agit en réalité dans le but de déstabiliser les nations, voire de les faire diparaître, usant d'une apparente bienveillance envers elles alors qu'il n'est au service que d'un petit nombre et
obéit aux cénacles puissants dont l'utopie est de dominer le monde en modelant une pensée contrôlée et contrôlable.
Mais l'autorité bien comprise, du maître enseignant l'élève ou du père éduquant son enfant pour lui inculquer les principes fondamentaux et les notions de civisme qui lui permettront de pleinement
s'épanouir dans la société, ne peut être que louable. On sait, par ailleurs, qu'un navire sans commandement va à la dérive, qu'une armée sans son général se débande, qu'un professeur sans autorité
n'obtient pas le respect et l'estime de sa classe, car l'enfant ou l'adolescent a besoin plus que tout autre d'avoir des points de repère pour se construire. Privé de l'autorité indispensable, il
ne sait plus ni où il est, ni où il va. Ainsi quels que soient les âges et les siècles, l'autorité est légitime et nécessaire lorsqu'elle est pratiquée avec discernement et sagesse et sert au bon
fonctionnement de la société humaine. Pas de vie communautaire possible sans une hiérarchie des valeurs et sans une autorité reconnue et admise. Il revient donc aux populations de savoir se choisir
des guides éclairées. C'est de sa responsabilité et de son autorité. Quant à ces guides, leur devoir est de savoir raison garder et de n'user d'elle qu'à bon escient.
La formule " il est interdit d'interdire " des provocateurs de mai 68 a fait long feu et l'on mesure aujourd'hui les conséquences désastreuses de l'application de ces idées fausses et nocives, de
ce refus de l'autoité. Espérons que l'avenir saura faire la part des choses et réhabiliter une autorité non raisonneuse mais raisonnable.


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