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22 février 2013 5 22 /02 /février /2013 08:36

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" Le sacré est ce qui donne vie et ce qui la ravit " ( Roger Caillois) 

  

L'Occident a-t-il évacué le sacré de ses préoccupations ? Certaines orientations pourraient nous le laisser craindre.  Il semblerait, en effet, que le  questionnement existentiel, qui incitait l'homme à s'interroger avec perplexité sur ses origines et sa finalité, ne soit plus d'actualité, puisque l'opinion en vogue tente d'accréditer avec force argumentation l'idée que l'univers est vide de toute pensée et que nou roulons vers le néant, nous condamnant, si nous n'y prenons garde, à n'être plus que des citoyens consommateurs qu'il serait aisé d'asservir comme une masse humaine aussi homogène que possible, astreinte à un prêt-à-penser égalitaire. Voilà ce qui risque de se produire, à plus ou moins brève échéance, si l'homme s'éloigne de ce qui, jusqu'alors, en avait fait une créature à part sur notre planète, pour la raison qu'elle peut, tout à la fois, se penser et penser l'univers, se tourner vers le passé aussi bien que se projeter dans l'avenir, et s'imaginer un destin qui outrepasse les frontières fixées par la matière. Un être qui unit chair et esprit.

 


Surprenant que de nos jours, certains jugent superflu l'enseignement de l'histoire qui, de tout temps, a répondu à la problématique d'une époque et d'un lieu donné ; d'autant que dans un monde qui tend à devenir unique et où les problèmes sont globaux, il est capital de se rappeler les parcours différenciés, ce qui singularise et distingue les nations et les peuples les uns des autres, dans le respect de ce qui, dissemblable de nous, nous reste néanmoins proche. N'oublions jamais que l'uniformalisme peut devenir un totalitarisme, dont l'objectif serait de métisser les populations afin de les dissoudre et de les standardiser. Si la conquête de la liberté, sans laquelle l'homme ne peut être une personne, comporte des risques et doit être soumise au doute méthodique, elle ne peut pas être écartée davantage que le sacré de la conceptuelle humaine. Il semble impossible qu'un quelconque avenir - respectueux de l'être - s'envisage sans qu'y soient étroitement associées ces deux notions. N'est-ce pas grâce à l'esprit de liberté que l'on pourra susciter des comportements et des modes de participation basés sur le respect d'autrui et n'est-ce pas grâce à la contribution de chacun que l'on trouvera des solutions aux problèmes qui nous sont communs ? Si je comprends mon prochain en ce qui le distingue de moi et s'il me comprend de la même façon, nous pouvons dialoguer, collaborer, nous mettre d'accord sans perdre une identité à laquelle nous ne saurions renoncer, de façon à bâtir une maison planétaire habitable et supportable, en évitant les rivalités ethniques. Nous savons trop bien, désormais, que notre planète est une, elle est donc la maison commune de l'humanité que nous devons administrer, sans évacuer les valeurs qui ont fondé les grandes civilisations et sans refuser, à chaque peuple, de rester lui-même. Et ces valeurs reposent toutes sur les notions de liberté et de sacré. Sans sa relation au sacré, l'homme n'est qu'une enveloppe vide, sans l'exercice d'une liberté contrôlée, il serait rapidement la victime d'un système déshumanisé, bien incapable de gérer ce que l'on appelle communément le potentiel humain.

 


On a connu cela dans un passé encore proche. En effet, le communisme et le nazisme, qui ont dénaturé le XXe siècle, sont les deux seules idéologies qui se sont refusées, l'une et l'autre, à respecter la liberté individuelle et à se référer à une quelconque relation avec la transcendance. Et on sait où elles ont mené les hommes...

 


Or le mondialisme (qu'il ne faut pas confondre avec la mondialisation, échanges commerciaux légitimes entre les pays) risque d'être une idéologie de nature assez proche, que gouvernerait une synarchie technocratique imposée par la haute finance internationale. C'est un autre danger que nous ne devons pas écarter, aussi avons-nous le devoir de rester vigilants. Comment ? En puisant dans notre passé, notre mémoire, notre histoire, les valeurs qui ont servi d'assises aux civilisations et, à la nôtre en particulier, en nous refusant à dilapider un héritage qui nous a fait héritiers. Le refus du conservatisme est une hérésie, car, privée des structures du passé, la modernité n'est qu'une bulle artificielle, illusoire et éphémère. Et comment ne pas se rappeler que l'on ne dure qu'en se prolongeant, et que celui qui ne voit pas loin dans ce qui est passé ne verra pas loin dans ce qui est à venir, se jetant à corps perdu dans une fuite en avant sans motivation et sans but. Parions que le passé, dont nous disons tant de mal, sans le bien évaluer ou le bien connaître, est la seule lumière en mesure d'éclairer l'actualité...de demain.

 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES QUESTIONS QUE L'ON SE POSE
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commentaires

Edmée De Xhavée 28/01/2015 16:50

Oui, on veut nous uniformiser de force, et lorsque nous résistons, on nous appelle racistes, coeurs secs, stationnaires... Ce qui est comique c'est que s'il s'agit de réticences qui peuvent nous faire montrer du doigt en criant "hou hou, racistes" on y va. Mais en avant sur "les nobles, les riches, les chômeurs, les femmes, les hommes, les gens de robe, les libre penseurs"...

armelle 29/01/2015 09:59

C'est hélas vrai, Edmée. On tente en permanence de nous manipuler. Nous sommes dans l'ère du mensonge permanent.

thomasson 28/01/2015 11:14

Je partage bien le contenu de cet article qui me plaît. Cela fait à peu près 20 ans que j'affirme que la désacralisation va être la source de maux incommensurables. Je suis pourtant scientifique et j'étudie la physique quantique et la cosmologie, Mais je pense que les physiciens ne comprennent pas l'essence de la physique quantique et que la science dérive avec des scientifique qui ont la vision que nous nes sommes que des paquets de neurones, même si nous sommes analytiquement des paquets de neurones.

armelle 28/01/2015 11:46

Je suis tout à fait d'accord avec vous Sandrine et Thomasson. Il ne faut pas confondre modernisme et progrès. Les sciences ont magnifiquement progressé mais n'ont pas toutes débouché sur des progrès ( pensons à la bombe atomique) et le modernisme a très souvent été une régression. D'où la précision des mots et leur confusion dans beaucoup d'esprits.

Sandrine L. 28/01/2015 10:19

Les choses ont commencé en France par les premières vagues du libéralisme anglais très prisé par les Lumières (XVIIIe s.), l'installation des loges, puis, par l'industrialisation, une tendance à mécaniser tous les processus, même psychologiques et spirituels. On confond le modernisme et le progrès et, au nom de ce dernier, des "vérités" ont été mises en place et ne peuvent être contestées - ces nouveaux dogmes relèvent souvent plus de la régression que du progrès. Le religieux (le christianisme) peut ainsi être mis à bas et contrôlé dans ses derniers soubresauts.
Nous avons, nous chrétiens, une grande part de responsabilité; nos compromissions, nos résignations, nos peurs, nos replis ont gravement desséché le coeur de notre foi. La plupart de nos évêques illustrent, hélas, ce terrible constat.

armelle 21/04/2014 13:48

Nous avons tous un sacré qui nous est personnel parce qu'il coïncide avec nos convictions. Pour certains, il sera religieux ou moral ou familial. Il y a en chacun de nous ce rapport au sacré qui
n'est nullement institutionnalisé mais affectif et par conséquent subjectif.

Harry Roy 20/04/2014 14:26

Certes, le sacré est puissant dans notre esprit, presque comme les gènes dans notre corps. Mais, comme les gènes, le sacré est susceptible du changement dans le temps. Dans les religions on a
appris de Frazer que la tradition de tuer le dieu est très ancienne. C'est comme dans le Christianisme, mais là, le dieu ne mérite pas sa mort. Là, l'homme a changé le sacré pour mieux vivre sa
vie. Le suivant peut être change le sujet, mais je crois que c'est à propos. Je lis Hitchens en ce moment et je pense que pour lui le sacré est devenu ce que la plupart de gens appelleraient des
principes sociaux, la liberté d'expression, les droits de l'homme, etc. Quand il a vu la violation de ces principes dans l'Irak, il a commencé d'abandonner sa loyauté (de longue durée) socialiste.
Il est devenu un farouche partisan à la droite aux États-Unis, en effet, parce qu'il a trouvé plus puissants ces principes de liberté. Il ne pouvait pas tolérer la volonté de la gauche à laisser
faire le régime de Saddam aller n'importe où il voulait. Il a changé ce que pour lui était sacré, les principes socialistes, parce qu'il a trouvé des autres principes, aussi sacrés, plus
importantes.

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LES MOTS, nous les aimons pour eux-mêmes, leur sonorité, leur beauté, leur velouté, leur fraîcheur, leur hardiesse, leur insolence, leur curiosité, leur dureté, leur volupté, leur rigueur.
Différemment des notes et des couleurs qui touchent d'abord notre sensibilité, ils ont vocation à transmettre, informer, émouvoir, expliquer, séduire, irriter, formuler les idées, forger les concepts, instaurer le dialogue.
Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

La vie doit être vécue en regardant vers l'avenir, mais elle ne peut être comprise qu'en se tournant vers le passé.

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