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22 avril 2014 2 22 /04 /avril /2014 08:29

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J’ai un peu hésité avant de vous présenter ce livre qui, à mon sens, n’est pas tout à fait abouti mais comme nous n’avons pas souvent l’occasion de lire des auteurs malaisiens, j’ai tout de même franchi le pas. Ceux qui ont lu « L’équilibre du monde » de Rohinton Mistry pourront mesurer tout le chemin que Tash Aw devra encore parcourir avant d’être un très grand auteur.

 

 

La carte du monde invisible

Tash Aw (1971 - ….)

 

 

En Indonésie, au début des année soixante quand Soekarno essayait d’asseoir son pouvoir autoritaire sur un nationalisme exacerbé, Adam, un jeune Indonésien de seize ans, conduit une double quête, il recherche Karl, le Hollandais vivant sur l’île de Nusa Perdo, qui l’a adopté et qui a été arrêté par des soldats et le frère qu’il a perdu, lorsqu’il a quitté l’orphelinat avec une riche famille. Quête familiale et identitaire. Sur fond d’émeutes et d’agitation politique, Tash Aw  décrit la destinée d’une poignée de personnages qui gravite autour de cette double recherche : Margaret l’Américaine née en Iryan Jaya qui a été amoureuse de Karl quand elle était encore très jeune, Mick le journaliste australien toujours amoureux de Margaret, Bill le correspondant de la CIA à Jakarta, et les indigènes : Din le révolutionnaire et Z la passionaria politique. En recherchant Karl, Adam trouve Margaret qui l’aide dans sa double recherche avec l’appui de Mick et Bill, mais Din complique sa tâche avant que Z mette son grain de sable dans cette affaire.

 

Ce roman pourrait très bien fonctionner et être à l’Indonésie ce qu’est « L’équilibre du monde »  de Rohinton Mistry à l’Inde mais, manifestement, Tash Aw n’a pas, pas encore, le talent de l’Indien, il embrasse trop pour bien étreindre. Il propose un texte bavard qui s’égare souvent dans des considérations qui s’éloignent du sujet principal, des descriptions parfois encombrantes et beaucoup de ressassements entre les personnages. On attendait un fil rouge plus évident qui pourrait rassembler les personnages  autour d’un véritable sujet. Cette double quête pourrait ainsi brosser un vaste portrait d’un immense pays dispersé sur plus de vingt mille îles au moment où il traverse une période décisive de son histoire,  à l'heure où il coupe les ponts avec l’Occident. Mais si nous avons bien le voyage dans des îles au nom de rêves : Sumatra, Java, Buru, Surabaya, Bali, Nusa Perdo (imaginaire), … nous avons beaucoup de mal à cerner le projet littéraire de l’auteur, certains passages fleurent un peu le roman à l’eau de rose. Les considérations politiques, géopolitiques, historiques restent superficielles, on sent que l’auteur n’était pas né au moment des faits. Il en résulte un texte un peu éparpillé, comme les îles indonésiennes, décousu, qui tend à s’égarer dans des péripéties qui ne semblent pas être au cœur du sujet du livre.


Ce texte aborde cependant quelques thèmes importants mais, hélas, sans les explorer complètement : la fin du colonialisme, l’installation d’un pouvoir indépendant, le risque de dérive totalitaire, le nationalisme exacerbé comme moteur de l’installation d’un pouvoir autoritaire et les agitations des diverses puissances étrangères alléchées par les richesses locales pour conserver une quelconque influence dans cette vaste région. Mais ce qui pourrait être l’un des axes centraux de ce livre réside dans le problème de l’adoption et de tout ce qu’elle implique. Tash Aw évoque notamment le hasard, le hasard du choix par l’adoptant qui décidera du sort de l’adopté pour le reste de sa vie. Johan, le frère recherché, est adopté par une famille riche installée en Malaisie mais est malheureux parce que son père ne l’aime pas, alors qu’Adam est très heureux avec le pauvre peintre hollandais qui l’a recueilli. Encore une fois, l’argent ne fait pas le bonheur. Selon l’auteur, le hasard semble bien le maître du jeu et il faut accepter les événements comme ils se présentent avec une sorte de sagesse asiatique qui pourrait constituer l’un des enseignements de ce texte.


Tash Aw propose donc un roman auquel il ne manque pas grand-chose pour qu’il soit un ouvrage de référence de la littérature indonésienne actuelle. Il faudrait simplement qu’il serre son sujet de plus près, qu’il s’égare moins dans des considérations parasites et qu’il propose des réflexions plus approfondies sur la naissance de la nation indonésienne, sur le devenir des populations locales et sur sa vision personnelle du monde et de l’humanité pour que le lecteur saisisse mieux la relation entre la naissance d’une nation et la reconstitution d’une famille dispersée.


 

Denis BILLAMBOZ

 

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Liste des articles "Les coups de coeur de Denis "

 

Liste des articles : LES VOYAGES LITTERAIRES DE DENIS

 

 


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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES COUPS de COEUR de DENIS
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commentaires

denis billamboz 25/04/2014 17:50

C'est bonne idée Pascal ! Agnès te remerciera !

Pâques nous a apporté un cinquième petit-fils et c'est beau et bon comme la première fois !

Bon courage pour la reprise, amitiés !

Pascal 25/04/2014 13:53

Salut Denis,
Je prends note du livre que tu donnes comme référence soit "L'équilibre du monde" de Mistry. J'espère que tu as passé de bonnes fêtes pascales. Pour nous un petit voyage en Provence avec les
enfants. Le travail a repris après ce trop court bain de jouvence. A +

denis billamboz 25/04/2014 13:37

Tout à fait Marcelle, il y a tellement peu de littérature qui mous parvient de cette région qu'il ne faut pas manquer les oeuvres parcimonieusement traduites surtout quand l'auteur est plutôt bon
et qu'il progressera sans doute encor.

Pâques 24/04/2014 22:18

Un nom a retenir quand même ...

denis billamboz 22/04/2014 11:09

Oui Edmée, cet auteur fait souffler un vent littéraire que nous connaissons peu celui venu de côté de la Malaisie et de l'Indonésie, son texte est riche d'informations et, avec une meilleure
maitrise de la construction du récit, il pourrait écrire un grand livre sur cette région que nous connaissons encore bien mal.

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