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17 juillet 2015 5 17 /07 /juillet /2015 08:11

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« Si la cathédrale est un miroir du monde, elle est d’abord le monde dans le miroir divin. »

                                                                               

                                                                                                               André MALRAUX

 

 

« En arrivant dans un pays, c’est la première chose qui frappe, elle domine le paysage, elle en est le centre » - souligne l’historien de l’art Louis Gillet. Ces audacieuses réalisations sont l’apanage des XIIe et XIIIe siècles, longtemps considérés à tort comme des âges obscurs. Oui, ce sont au cours de ces deux siècles que l’on a élevé en France, et un peu partout en Europe, ces merveilles romanes puis gothiques, prouvant que l’architecture la plus complexe, la plus hardie et novatrice était déjà à la portée des hommes de l’époque. Avant d’être un monument, chaque cathédrale fut d’abord un chantier, peuplé d’une foule d’oeuvriers, pour reprendre le mot de l’historien François Icher. Cette communauté de métiers fut à l’origine du compagnonnage qui a perduré jusqu’à aujourd’hui. Ces derniers, comme leurs ancêtres médiévaux, communient toujours dans un même esprit, reposant sur l’amour du travail bien fait, le souci de transmettre un savoir-faire et un savoir-être, un esprit communautaire fondé sur le métier et l’entraide. Mais, à l’origine d’un édifice, il y a d’abord le maître d’œuvre, celui qui aura les capacités requises pour assurer les plans, ensuite la bonne marche du chantier où il arrivait que plusieurs architectes se succèdent. Ce fut le cas pour Strasbourg. Ce grand art français, par excellence, nous a valu un ensemble religieux architectural d’une beauté inégalée qui a eu l’immense privilège de doter la France d’incomparables chefs-d’œuvre.

 

On se souvient du jeune Goethe, alors étudiant à Strasbourg, s’émerveillant devant la splendeur de Notre-Dame de Paris, splendeur que le XIXe siècle réhabilitera définitivement après une trop longue traversée d’indifférence de la part des siècles précédents. Alors, posons-nous la question : qu’est-ce que le gothique ? Une révolution nous dit Alain Erlande-Brandeburg, révolution architecturale marquant une rupture avec le roman, provoquée par une transformation sans précédent de la société, dont la poussée démographique se doublait de l’expansion d’une agriculture mieux maîtrisée. Ces nouvelles cathédrales se caractérisaient par l’importance accordée à la lumière  et, par conséquent, au vitrail, afin que chacune d’elles soit en harmonie avec le ciel et la terre. Elles s’édifiaient le plus souvent sur l’ancienne que l’on détruisait au fur et à mesure que les travaux avançaient. On pouvait ainsi continuer à exercer le culte pendant la durée des chantiers qui était longue de plusieurs années. Ces derniers s’arrêtaient les dimanches et les jours fériés. On a oublié que le Moyen-Age est l’une des périodes de notre histoire qui a accordé le plus de jours fériés aux ouvriers et aux paysans.

 

Curieusement le gothique est né deux fois : au début du XIIe siècle où, flamboyant, majestueux, rayonnant, il dominait les paysages, sorte de cité céleste qui plongeait ses racines dans la cité terrestre, et au XIXe siècle lorsque artistes, écrivains et historiens le redécouvrirent et l’immortalisèrent une seconde fois. La vogue littéraire du roman gothique lancée par le britannique Horace Wolpole, funèbre et sentimentale à souhait, sera suivie par un travail plus élaboré, formulé sous la plume d’un historien de l’art comme John Ruskin*, qui envisageait celui-ci avec compétence et rigueur.

 

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En France, après Chateaubriand et son phrasé aussi flamboyante qu’une cathédrale de pierre, c’est Victor Hugo qui la réhabilite vraiment avec son «  Notre-Dame de Paris », ajoutant toute une faune païenne à sa veine carnavalesque. Dans la lignée des écrivains symbolistes, convertis au catholicisme, il faut nommer Huysmans qui publie en 1898 un ouvrage consacré à Chartres «  La cathédrale ». Autant Hugo nous donnait à lire une dramaturgie minérale, autant Huysmans préférera une «  théophanie ésotérique », loin de tout excès de plume.

 

Par la suite, on retrouvera un peu partout la cathédrale dans la littérature, chez Romain Rolland et Aragon, dans la poésie de Jean Richepin, d’Emile Verhaeren et surtout dans celle de Charles Péguy dont «  La présentation de la Beauce à Notre-Dame de Chartes » est un pur chef-d’œuvre. L’auteur, redevenu pèlerin, n’a pour seul phare que les flèches de la cathédrale, « cette pierre sans tache, sans faute, la plus haute oraison qu’on ait jamais portée ». Et n’oublions pas Paul Claudel soudain converti derrière un pilier de Notre-Dame de Paris, événement qui orientera définitivement et sa vie et son œuvre.

 

Mais les peintres ne sont pas en reste. Ainsi Monet, qui a laissé une série d’une trentaine de toiles de la façade de la cathédrale de Rouen saisie à toutes les heures du jour, de l’aube au crépuscule, renouant avec l’esprit médiéval : la cathédrale comme variation de lumière, fondement du gothique comme de la peinture impressionniste. Chagall fera encore mieux en réalisant des vitraux pour les cathédrales de Reims et de Metz. Chacun a ainsi sa cathédrale idéale. C’est dire qu’elles ont marqué l’imaginaire de l’homme, croyant ou non…à jamais.

 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

* Voir mon article sur John Ruskin, en cliquant  sur son titre :   John Ruskin ou le culte de la beauté

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans CULTURE
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commentaires

Loic 18/07/2015 14:04

Tres bel article qui remet les valeurs dans leur juste perspective a une epoque vouee a toutes les confusions.

armelle 18/07/2015 10:36

Oui, Sandrine, certains n'ont pas vu d'inconvénient à céder au culte musulman nos églises désertées. A quand le sursaut d'une France qui a force de perdre ses repères fondamentaux perd son âme.

Sandrine L. 18/07/2015 10:07

Merci pour cet article passionnant. La cathédrale, tellement sacrée et pourtant intégrée à la vie quotidienne des gens! Tout y est patiemment construit, pensé, élaboré en collaboration étroite avec la grâce, l'énergie invisible qui inspire et guide (l'Esprit Saint). Il y un ordre strict, mathématique, hautement technologique qui découle de cette puissance infinie, impalpable mais présente en tout.
Malheureusement, beaucoup de cathédrales ne servent plus qu'à des visites culturelles. Nous perdons tellement de choses en ne les remplissant plus.

armelle 08/02/2014 10:36

Merci Philippe de cet intéressant message. Je connais ton intérêt et ta compétence au sujet de la symbolique des cathédrale. Tout édifice de culte est indissociable de la notion de sacré et le
symbole y est sans cesse présent. Mais est-ce l'édifice qui sacralise le lieu, ou le lieu qui sacralise l'édifice ? Selon l'historien des religions Mircéa Eliade, un lieu sacré " n'est jamais
choisi par l'homme, mais simplement découvert par lui. Autrement dit, l'espace sacré se révèle à lui sous une espèce ou sous une autre (...) par l'intermédiaire de formes hiérophaniques directes ou
(...) au moyen d'une technique traditionnelle, issue d'un système cosmologique et fondée sur lui." Quant à Georges Duby, il constate que les églises et cathédrales sont généralement construites "
en un point privilégié de l'espace urbain". Car un lieu sacré a une fonction particulière, celle d'assumer la fonction première de la religion : relier. Et pas seulement les hommes entre eux, mais
aussi l'homme au cosmos, à Dieu. Il précise : "La cathédrale prétend respecter la totalité de l'univers, révéler l'ordre qui le régit et situer chaque créature à sa place au sein de cet ensemble
cohérent." Ainsi, les règles ancestrales des bâtisseurs laissaient-elles peu de place au hasard.

Philippe LASSIRE 07/02/2014 16:23

Majestueuses et orgueilleuses, les cathédrales médiévales dressent depuis des siècles leurs flèches audacieuses comme un hymne à toutes les forces de l’univers. Défiant le temps et les lois de la
pesanteur, dans leur silence séculaire elle parlent à l’âme humaine. Au Moyen Âge, où le sacré se mêle intimement à la vie quotidienne, l’Église est la gardienne des valeurs traditionnelles.
Dans les différentes phases de sa construction, tout était orchestré pour donner une parfaite unité à la réalisation finale ; un chantier de cathédrale était avant tout l’union de créateurs
anonymes qui œuvraient pour le beau et le sacré, un chant d’amour divin.
Au second degré de sa construction il existe une Symbolique des Cathédrales qui est consacrée à l’étude des lois fondamentales de l’Architecture sacrée. Le Nombre qualifie l’esprit, la Géométrie
l’Âme et l’Architecture le corps. Ce sont ces trois sciences divines qui ordonnent la Cathédrale, comme l’Univers entier.

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