Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
17 septembre 2011 6 17 /09 /septembre /2011 08:15

democratie1.jpg

 

Il est courant d'entendre nos hommes politiques parler de la démocratie en une surenchère de superlatifs, allant jusqu'à jeter l'anathème sur ceux qui ne s'y soumettraient pas entièrement. Mais qu'est-ce donc que la démocratie ? Avant même de tenter de savoir si elle est une entrave à l'autorité, posons-nous la question et définissons son principe : celui de gouverner avec le peuple, de s'opposer à l'idée d'aristocratie et de monarchie absolue ; elle s'instaurait à l'origine comme l'essence même de la liberté de pensée et d'opinion, opposée à la pensée unique ; à laquelle vint s'ajouter, à la Révolution, la défense des droits de l'homme.
Curieusement deux éminents penseurs en ont parlé de façon contradictoire, ce qui est intéressant pour ouvrir le débat : Tocqueville et Charles Maurras. Voici, en effet, deux hommes de haute intelligence politique qui illustrent parfaitement la contradiction et invitent à l'échange d'idées.

 


Le premier en vante les mérites, le second en souligne les méfaits. Cependant il convient de nuancer, car Tocqueville, avec une grande lucidité dans son ouvrage  De la démocratie en Amérique, tout en la prenant pour exemple et en demandant aux européens de s'en inspirer, était conscient des difficultés de l'adapter aux  peuples européens qui sont, par nature, plus révolutionnaires que démocrates. Tocqueville voyait la démocratie comme un pis-aller, un état de gouvernement en mesure d'éviter les dangers d'une dictature. Pour lui, la marche vers l'égalité était inévitable ; il rejoignait ainsi l'analyse de son père qui, avec un fatalisme empreint d'amertume, se résignait à la voir dans l'air du temps, puisque les aristocrates avaient consenti aux idées des Lumières. Tocqueville posait la question de savoir si elle était compatible avec la liberté. N'écrivait-il pas : " La plupart de ceux qui vivent dans les temps d'égalité sont plein d'une ambition vive et molle, ils veulent obtenir sur le champ de grands succès, mais ils désireraient se dispenser de grands efforts" ?


Vivant dans un monde chamboulé par la Révolution française, il en tirait le sentiment de la marche irrésistible de l'Histoire et en déduisait un concept : la victoire du principe démocratique sur le principe aristocratique. Etait-il pour autant fataliste ? La dégradation des rapports entre la monarchie absolue et la noblesse, l'incapacité de Louis XV à adapter le régime aux revendications libérales de l'aristocratie avaient couvé l'esprit du temps accepté par la noblesse mais ignoré de la monarchie. Pour Tocqueville, la responsabilité du drame historique que fut la Révolution, drame inévitable, en incombait à la noblesse et au roi de France. Il concevait l'idée qu'il puisse exister un peuple démocratique organisé d'une autre manière que les Américains. L'Amérique pouvait servir de modèle pour une adaptation à la civilisation européenne. La question restait : comment organiser les passions des peuples en lois et en moeurs ? En Amérique, on avait des idées, des passions naturellement démocratiques ; en France, nous avions des idées et des passions révolutionnaires. Aujourd'hui, poursuivait-il, que l'honneur monarchique a presque perdu son empire sans être remplacé par la vertu, rien ne soutient plus l'homme au-dessus de lui-même. Qui peut dire où s'arrêteront les exigences du pouvoir et les complaisances de la faiblesse

En somme, nous avons acquis, dans nos nations européennes, un état d'esprit démocratique et social sans nous être dotés des institutions correspondantes ; perte des traditions politiques et des traditions religieuses, où est le contrepoids ? Ne risque-t-on pas alors d'inciter au silence des peuples démoralisés et passifs face à des gouvernements forts et organisés, de sorte que nous nous dirigerions vers une situation comparable à la fin de la République romaine ? Ainsi la démocratie ne serait-elle pas un choix entre liberté et servitude, souveraineté d'un peuple ou celle d'un maître ?

 

L'Europe de civilisation chrétienne, plus précisément catholique,  incline à l'esprit d'obéissance et de culpabilité, alors que l'Amérique, où règne un protestantisme plus pragmatique, tend davantage vers le libéralisme et  l'indépendance ; donc la religion joue un rôle régulateur dans les deux sens, par ce qu'elle recommande et par ce qu'elle interdit.

Pour Maurras, la démocratie est un système d'institutions et d'idées, une doctrine abstraite ; organisation - des organisations historiques, des familles physiques ou psychologiques - des états d'esprit, de sentiment, de volonté  hérités de père en fils depuis de longs siècles, des compagnies traditionnelles, des dynasties. C'est la doctrine qui fait de l'Etat une providence, du citoyen  un administré et un pensionné, la doctrine étant le plus puissant instrument de propagande et de conquête, fondée sur l'égale valeur des individus. Or, construire ou organiser un gouvernement d'égalité avec des éléments d'inégalité ne revient-il pas à détruire l'organisation même de la démocratie ?

 
Où en sommes-nous aujourd'hui ? En plein paradoxe ! D'une part, la rue gouverne dans certains domaines par les revendications et les grèves qui paralysent le pouvoir ; d'autre part, jamais les citoyens n'ont été autant astreints, contrôlés, pressurés et même privés de la liberté d'expression par le politiquement correct. Et "le tout tolérable" n'est-il pas un obstacle à la régulation des moeurs et à l'intérêt général ? Qu'est devenue la sage autorité antique ? Notre époque ne se caractérise-t-elle pas par son refus du sens  et son vertige du néant qu'envisageait déjà Nietzsche, ouvrant dès lors un abime en faisant entrer notre civilisation, qui a perdu le souci de la transmission,  dans une forme de surdité métaphysique. Notre singularité même est en péril, alors qu'il est de plus en plus urgent, face à un universalisme indistinct, de retrouver notre notion d'origine.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique LES QUESTIONS QUE L'ON SE POSE, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

 

Liste des articles "LES QUESTIONS QUE L'ON SE POSE"

 

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

 

La démocratie est-elle une entrave à l'autorité ?
La démocratie est-elle une entrave à l'autorité ?

Partager cet article

Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET - dans LES QUESTIONS QUE L'ON SE POSE
commenter cet article

commentaires

Georges Gillet-Yant 15/10/2017 00:00

Si la démocratie chrétienne préfère servitude à liberté, et souveraineté absolue du droit divin, son peuple qui a perdu tout sens de l’une et l’autre, cherchera son avenir dans la rue.

Armelle 21/02/2016 10:11

Oui, Sandrine, comme si les valeurs des pays de royauté constitutionnelle avaient des valeurs inférieures aux nôtres, comme la Grande-Bretagne, l'Espagne, le Danemark etc. Un très intéressant documentaire l'autre soir montrait que les royautés coûtaient moins cher qu'une république comme la nôtre.

Sandrine L. 20/02/2016 15:09

Le pire, pour moi, est d'entendre parler à tout bout de champ de "valeurs républicaines", chacun y mettant sa définition propre, ses principes personnels, ses idéaux plus ou moins définis. Leurs "valeurs républicaines" est une sorte de fourre-tout informe, une auberge espagnole, un déversoir d'idéologies et d'intérêts multiples qui empiète sur la liberté de tous au bénéfice de quelques uns, souvent de médiocre envergure.
Quand on sait sur quoi sont basées ces sacro-saintes "valeurs républicaines", cela fait froid dans le dos.

Philippe LASSIRE 18/09/2011 09:26


La démocratie est-elle une entrave à l'autorité? Je m'associe totalement aux travaux d'Armelle pour ne pas considérer la démocratie comme une entrave à l'autorité. À cet effet, je reprends ces
quelques lignes du Contrat Social de Jean-Jacques Rousseau : « La volonté générale peut seule diriger les forces de l'État selon la fin de son institution, qui est le bien commun ; car, si
l'opposition des intérêts particuliers a rendu nécessaire l'établissement des sociétés, c'est l'accord de ces mêmes intérêts qui l'a rendu possible. C'est ce qu'il y a de commun dans ces différents
intérêts qui forme le lien social ; et, s'il n'y avait pas quelque point dans lequel tous les intérêts s'accordent, nulle société ne saurait exister. Or c'est uniquement sur cet intérêt commun que
la société doit être gouvernée ». On peut en déduire que la démocratie n'est pas seulement une manière d'être des institutions, elle est plus encore peut-être une exigence morale. Or cette exigence
n'est pas définissable dans l'abstrait, car son contenu est déterminé à la fois par l'insatisfaction que procure une situation présente et par l'image de ce que serait un ordre politico-social
meilleur. Seulement, depuis quelques décennies, le monde, notre nation se sont transformés de façon gigantesque passant d'une société relativement organisée dans le temps et l'espace à une non
gestion de la complexité (au sens mathématique du terme), c'est-à-dire où l'aléatoire prend la suprématie, eu égard à la multitude des paramètres. Cette multiplication des paramètres a elle aussi
de nombreuses causes notamment dans l'imprévision des élites de l'État à la gouvernance des multiples domaines vitaux pour la Nation. Auxquels viennent s'ajouter de nombreux arias de la société
d'aujourd'hui : individualisme forcené, moralité souvent élastique, culture citoyenne quasi inexistante, tendance à l'analphabétisme pour une certaine minorité, clanisme ou communautarisme, dégoût
pour le travail, assistanat permanent, etc.
Dans l'idée démocratique on doit distinguer schématiquement trois phases : garantir la liberté, être un instrument de justice, assurer le contrôle de la collectivité sur la croissance économique
et, à la limite, sur le bon usage de la prospérité. Par conséquent, l'État doit proposer un consensus signifiant que ce qui peut rassembler est plus puissant que ce qui divise initialement. En un
mot, faire preuve d'autorité dans un épanouissement démocratique et prospère de la nation entière.

Philippe LASSIRE


Yves B. 17/09/2011 18:11


La démocratie est-elle une entrave à l'autorité ?De mon point de vue, elle n'est pas une entrave car elle renferme en elle-même l'autorité. Mais une autorité qui se déguise subtilement, ayant opéré
une mutation au cours des siècles, s'éloignant de son sens premier, celui que nous enseignèrent les Grecs. L'étymologie de démos ( peuple) et kratos (autorité) donnait son sens à une autorité
participative où l'individu, considéré comme personne, était responsable d'oeuvrer par ses actes pour le bien de la Cité.
Lorsque Thucydide fait parler Périclès en ces termes : " Notre constitution sert de modèle aux Cités voisines, son nom est Démocratie, parce qu'elle se propose l'intérêt de tout le peuple ; tous
soumis uniquement aux lois, nous jouissons de l'égalité, la considération n'est accordée qu'au mérite, les honneurs que décerne l'Etat s'obtiennent par la vertu, non par un privilège quelconque.
Les plus obscurs et les plus pauvres sont appelés à participer aux affaires politiques. Tous, nous disons notre avis librement au sujet du gouvernement de la cité."
Si les Grecs sont passés de l'expérience des royautés, des pouvoirs aristocratiques et monarchiques aux républiques, les leçons qu'ils ont tirées de l'autorité démocratique se trouvent à des années
lumière de nos " lumières" qui ont récupéré par les idéologies et les utopies de la Révolution française une conception fort déformée du sage idéal antique. La liberté démocratique de nos
républiques, dites de progrès, n'est que de pure forme. La part qui revenait à l'individu, en tant que personne, sait muée en un citoyen flatté de croire qu'il a reçu la délivrance des régimes
anciens, perçus comme entraves, parce que pouvoirs oppressifs et tyranniques.
Une confusion savamment préparée a forgé l'illusion d'une opinion publique persuadée d'avoir acquis sa liberté ; or, l'homme n' jamais été autant contraint ! Désinformation, censure, voire
diabolisations se sont développées pour promouvoir une égalité de pure forme et une fraternité illusoire. Paradoxalement, l'autorité s'est érigée en doctrine politique sous la forme d'un système
qui a intentionnellement laissé croire que son pouvoir décisionnel se mettait au service du peuple, pour qu'il puisse jouir de son libre arbitre, mais en prenant soin de lui confisquer subtilement
et progressivement tout pouvoir réel de décision.
Aujourd'hui, le pouvoir s'exerce par délégation et non par participation. C'est l'erreur du suffrage universel qui n'est qu'un leurre. L'électeur donne mandat pour être représenté sans aucune
possibilité d'intervention et de contrôle : c'est subir sans agir. Le pouvoir des technocrates a pris le pas sur celui de la Cité. La conception de la constitution européenne en est le meilleur
exemple, pour aboutir à l'échelon supérieur du nouvel ordre mondial, dont l'ambition supra-nationale consiste à supplanter les Nations où seule une aristocratie d'initiés, élite montante, se sert
de la démocratie comme paravent pour imposer son propre pouvoir et sa vision du monde aux peuples de la terre.
N'aboutissons-nous pas, sous-couvert des grands principes de la Charte idéalisée des Droits de l'homme, religion laïque servant de dogme suprême, à une démocratie totalitaire dont les buts sont
beaucoup moins avouables ? Un petit nombre soumettant l'ensemble. Si l'ordre est nécessaire pour qu'une autorité s'exerce dans un souci de bien commun, au sens de la res- publica, le système ne
doit pas, pour autant, redevenir autocratique. Si en prenant la forme autocratique, il tend vers un pouvoir quasi dictatorial.
En introduisant " l'opinion publique" comme fil conducteur, témoin et acteur de toute chose, n'a-t-on pas anéanti l'idéal grec ? Nos sociétés semblent surfer sur l'équilibre instable où la
confiance des peuples est inversement proportionnelle à l'incertitude angoissante des fragiles systèmes mondiaux. Comme Wladimir Volkoff, je suis moyennement démocrate. Winston Churchill, en
diplomate et homme politique rusé, ne s'engageait que bien prudemment, lorsqu'à la question qui lui était posée : " Que pensez-vous de la démocratie ? - par une litote répondait : " C'est le moins
mauvais des systèmes, quand on a essayé tous les autres".
L'homme de progrès d'aujourd'hui a remplacé l'honnête homme mais, quand il sous-entend -"j'admets toutes les idées de mes compatriotes " - est-il conscient que ne règnent qu'opposition d'idées,
divisions profondes ou, pire, une pensée unique autorisée et dominante du politiquement correct, éliminant tout vrai débat d'idées et refusant toute controverse ?
L'omniprésence d'une autorité sans réplique, la volonté d'exporter à tous prix la démocratie comme unique symbole de valeur universelle à des peuples dont les philosophies, les cultures, voire les
religions sont diamétralement opposées aux nôtres par des traditions séculaires qui ont fondé leur propre culture, n'est-ce pas une pure prétention idéologique ? D'ailleurs qui peut démontrer avec
certitude que notre conception messianique du monde est la meilleure et la seule garante de vérité ?
La démocratie, conçue par les révolutionnaires, a cru bon d'imposer aux peuples une formule magique : liberté, égalité, fraternité, mais s'avère-t-elle juste et vérifiée dans les pratiques de nos
moeurs contemporaines ? N'avons-nous pas, en effet, remplacé le mérite par l'opportunisme matérialiste, lorsque idéologie s'oppose à l'idée, utopie à l'idéal et le privilège à la vertu ?
Ce sont encore une fois les Grecs qui nous ont enseigné la Sagesse. Bien que sachant goûter des charmes de l'existence, ils se gardaient de toute illusion béate et jugeaient avec lucidité la
condition humaine ; eux pour qui les plus nobles vertus prêchées par Aristote et les stoïciens étaient la magnanimité, la grandeur et la fermeté d'âme en face du sort contraire, vertus fondées sur
le désenchantement et le pessimisme qui invitaient à supporter comme Ulysse les épreuves et à dominer lucidement le destin. "L'homme plus fort que le destin", c'est peut-être le dernier mot de la
Sagesse grecque, disait le Révérend Père Festugière. Y.B


Présentation

  • : Le blog interligne d' Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • Le blog interligne d' Armelle BARGUILLET  HAUTELOIRE
  • : Grâce au pouvoir des mots, une invitation à voyager sur les lignes et interlignes.
  • Contact

TEXTE LIBRE

 4016234704 (Small)

Un blog qui privilégie l'évasion par les mots, d'abord, par l'imaginaire...toujours.

LES MOTS, nous les aimons pour eux-mêmes, leur sonorité, leur beauté, leur velouté, leur fraîcheur, leur hardiesse, leur insolence, leur curiosité, leur dureté, leur volupté, leur rigueur.
Différemment des notes et des couleurs qui touchent d'abord notre sensibilité, ils ont vocation à transmettre, informer, émouvoir, expliquer, séduire, irriter, formuler les idées, forger les concepts, instaurer le dialogue.
Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

La vie doit être vécue en regardant vers l'avenir, mais elle ne peut être comprise qu'en se tournant vers le passé.

 Soëren Kierkegaard

 

Je réponds ordinairement à ceux qui me demandent raison de mes voyages : que je sais bien ce que je fuis, et non pas ce que je cherche.

   Montaigne

 

Veux-tu vivre heureux ? Voyage avec deux sacs, l'un pour donner, l'autre pours recevoir.
   Goethe

 

 MES DERNIERS OUVRAGES PUBLIES ( cliquer sur l'icône pour accéder à leur présentation )


1184097919 profil de la nuit  2851620614

les signes pourpres  3190-NEL i 978-3-8417-7335-7-full

 

SI VOUS PREFEREZ LES IMAGES et le 7e Art, RENDEZ-VOUS SUR MON BLOG : 

 

Bannière pour Armelle 1 

 

ET SI VOUS AIMEZ LES ANIMAUX, RENDEZ-VOUS SUR " MEMOIRE D'EAU" :

 

P1080160.JPG

Recherche