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25 juin 2014 3 25 /06 /juin /2014 07:41

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CHAPITRE I

 

 

Marie-Caroline de Bourbon, duchesse de Berry, était la fille de roi des Deux-Siciles et la petite nièce de Marie-Antoinette. A l’âge de 18 ans, elle avait épousé Charles de Bourbon, duc de Berry, fils aîné de Charles X, réputé pour être un excellent cavalier et un grand coureur de jupons. En 1820, ce mari, héritier du trône de France, était assassiné à Paris, au pied des marches de l’Opéra, alors qu’elle était enceinte. Cette femme, dont Mme de Boigne dit dans ses mémoires : «  Qu’elle est l’une des créatures les plus courageuses que Dieu ait formé » - avait en effet un tempérament fougueux et un esprit prompt à s’enflammer dès qu’il était question du trône des Bourbons qu’elle désirait récupérer pour son fils, le jeune duc de Bordeaux. Malheureusement pour la suite des événements, elle manquait de discernement et se fia davantage à son intuition qu’aux sages conseils de certains de ses proches. Néanmoins, cette petite femme vive et primesautière plut lorsqu’elle partit visiter la Vendée en 1828, afin de faire oublier à la population la regrettable indifférence de Louis XVIII, qui n’avait pas su, ou peut-être voulu, exprimer aux Vendéens la reconnaissance qu’il leur devait.


La jeune duchesse fut accueillie avec chaleur. Le 20 juin, elle se rendit à Saumur, le lendemain à Angers, le 22, après avoir traversé la Loire à Varades, elle se dirigea vers Nantes, suscitant sur son passage un tel élan se sympathie, qu’au Pin-en-Mauges l’un des fils de Cathelineau la reçut et qu’on posa la première pierre du sanctuaire du mont des Alouettes ( chapelle commémorative des combats vendéens ) en sa présence. Aussi conservera-t-elle de ce voyage une impression favorable, persuadée qu’en cas de danger, l’Ouest serait prêt à se remobiliser pour défendre la couronne. Quand en 1829, le gouvernement de Villèle tombe et que Charles X, mal inspiré, demande au duc de Polignac d’en former un nouveau, Chateaubriand s’empresse de démissionner de son ambassade de Rome pour rentrer au plus vite à Paris. Il connaissait trop Monsieur de Polignac, qu’il avait côtoyé aux affaires du tems qu’il était ministre, pour ne pas craindre qu’il ne mette très vite en péril les libertés acquises. Ce qu’il fît dès le 27 juillet en supprimant la liberté de la presse et la liberté d’élection, ce qui provoqua l’insurrection des 27-28 et 29 juillet, obligeant Charles X à abdiquer en faveur de son petit-fils le duc de Bordeaux. C’est alors que Chateaubriand usa de son influence afin de favoriser une régence du duc d’Orléans ( futur Louis-Philippe ) auprès du jeune duc, après que la proclamation de celui-ci comme roi sous le nom de Henri V eut été assurée, ce qui aurait eu le mérite de sceller une alliance entre le parti libéral et les royalistes légitimistes, appelés ultras.


A la chambre de Paris le 7 août 1830, lors d’un discours religieusement écouté mais non suivi d’effets, le vicomte de Chateaubriand declarait ce qui suit : «  Ce n’est pas par un dévouement sentimental, ni par un attendrissement de nourrice transmis de maillot en maillot depuis le berceau de St Louis jusqu’à celui du jeune Henri, que je plaide une cause où tout se tournerait de nouveau contre moi, si elle triomphait. Je ne vise ni au roman, ni à la chevalerie, ni au martyre ; je ne crois pas au droit divin de la royauté, et je crois à la puissance des révolutions et des faits. Je n’invoque pas même la Charte, je prends mes idées plus haut ; je les tire de la sphère philosophique de l’époque où ma vie expire : je propose le duc de Bordeaux tout simplement comme une nécessité de meilleur aloi que celle dont on argumente. Je sais qu’en éloignant cet enfant, on veut établir le principe de la souveraineté du peuple : niaiserie de l’ancienne école, qui prouve que, sous le rapport de la politique, nos vieux démocrates n’ont pas fait plus de progrès que les vétérans de la royauté. Il n’ya a de souveraineté absolue nulle part ; la liberté ne découle pas du droit politique, comme on le supposait au 18e siècle ; elle vient du droit naturel, ce qui fait qu’elle existe dans toutes les formes de gouvernement, et qu’une monarchie peut être libre et beaucoup plus libre qu’une république. »


Malheureusement le duc d’Orléans, qui avait eu au château de Neuilly un long entretien avec Chateaubriand et s’était même écrié, comme gagné par les arguments de son interlocuteur -  "Ah ! c’est là mon désir. Combien je serais satisfait d’être le tuteur et le soutien de cet enfant ! Je pense tout comme vous Monsieur de Chateaubriand : prendre le duc de Bordeaux serait certainement ce qu’il y aurait de mieux à faire. Je crains seulement que les événements ne soient plus forts que nous." - avait fait en sorte que ceux-ci le fussent. Le duc d’Orléans avait tellement envie de régner qu’il oublia les promesses faites aux Bourbons et que, cédant soi-disant à la pression du temps, prit le pouvoir presque sans en avoir l’air. Tout d’abord, pour se concilier les libéraux, il fit semblant de ne pas être roi. Tournant le dos au trône, il alla s’asseoir sur une chaise auprès de ses ministres lors de sa première cérémonie officielle. De même que, renonçant au drapeau blanc de la monarchie, il se rallia au drapeau tricolore de la République. Il pensait ainsi endormir les esprits, tout en gratifiant les légitimistes de quelques gages. Il s’était ainsi assis entre deux chaises et le paya dix-huit ans plus tard. C’est pour cette raison que l'on qualifia sa politique de « juste milieu ».


La jeune duchesse, quant à elle, n’avait oublié ni le drapeau blanc, ni le trône. En quittant le palais des Tuileries, elle ne cessait de répéter : quel malheur d’être une femme ! - bien que dans sa famille, ce soit plutôt les hommes qui aient eu tendance à baisser les bras. Elle, se refusant à la démission, n’allait plus avoir de cesse que de conspirer. Elle eut même l’audace d’envisager l’enlèvement de Louis-Philippe avec le soutien de trois-cent mille fidèles, action que l’on désigna comme «  la conspiration des Prouvaires » et qui valut, à quelques-uns des affiliés, des condamnations graves. Nullement découragée par cet échec, Marie-Caroline se mit en tête de gagner à sa cause un homme aussi illustre que le vicomte de Chateaubriand. Celui-ci ne lui ménagea pas ses conseils à la prudence et à la réflexion. « C’est avec la plus profonde reconnaissance que j’ai reçu le témoignage de confiance et d’estime dont vous avez bien voulu m’honorer ; il impose à ma fidélité le devoir de redoubler de zèle, en mettant toujours sous les yeux de votre Altesse Royale ce qui me paraîtra la vérité. (…) Quarante années de tempête ont brisé les plus fortes âmes ; l’apathie est grande ; l’égoisme presque général ; on se ratatine pour se soustraire au danger, garder ce qu’on a, vivoter en paix. Après une révolution, il reste aussi des hommes gangrénés qui communiquent à tout leur souillure, comme après une bataille il reste des cadavres qui corrompent l’air. (…) Il est difficile, Madame, que vous connaissiez de loin ce que l’on appelle ici le « juste milieu » ; que Son Altesse Royale se figure une absence complète d’élévation d’âme, de noblesse de cœur, de dignité de caractère ; qu’elle se représente des gens gonflés de leur importance, ensorcelés de leurs emplois, affolés de leur argent, décidés à se faire tuer pour leurs pensions. (…) Votre altesse Royale peut tout défier, tout braver avec son âge. (…) Vivez votre jeunesse, Madame, et vous aurez les royaux haillons de cette pauvresse appelée Monarchie de Juillet. Dites à vos ennemis ce que votre aïeule la reine Blanche disait aux siens pendant la minorité de St Louis – "Point ne me chaut d’attendre". Les belles heures de la vie ont été données en compensation de vos malheurs et l’avenir vous rendra autant de félicités que le présent vous aura dérobé de jours. (…) Mais que la guerre ne brise ou ne brise pas la quasi-légitimité, je sais que vous ne mettrez jamais, Madame, votre espérance dans l’étranger ; vous aimeriez mieux qu’Henri V ne régnât jamais que de le voir paraître sous le patronage d’une coalition européenne. » - lui écrivait-il en mars 1832.


Hélas ! la jeune duchesse n’eut pas assez le souci de les méditer, pas plus qu’elle ne se souvint de l’exemple des Capétiens, ses ancêtres, qui avaient su ménager le temps et patiemment édifier le royaume de France, le broder à petits points comme les dentellières. Elle voulait le trône tout de suite afin d’y asseoir son fils et exercer la régence. Pour parvenir à ses fins, il lui fallait des appuis et de l’argent. Aussi quitta-t-elle l’Angleterre où la famille royale s’était réfugiée et se mit en route pour l’Europe. Elle traversa l’Allemagne du sud, se rendit à Gênes, puis à Turin, à Rome et à Naples. Le banquier Ouvrard, les rois de Sardaigne et de Hollande, le duc de Brunswick et des grands propriétaires terriens l’assurèrent de leur aide financière. A Nantes, son agent Guibourg ne recueillit pas moins d’un million de francs. Grisée par ce début prometteur, l’indomptable duchesse arrêta sa décision. Après avoir séjourné à Naples, elle monta à bord du Carlo-Alberto et six jours plus tard, le 30 avril 1832, débarqua aux environs de Marseille. Pendant le voyage, elle avait rédigé une proclamation qui, croyait-elle, serait en mesure d'exalter les cœurs :

«  Soldats, une funeste révolution a violemment séparé la France de la famille de ses rois ; cette révolution s’est faites sans vous ; elle s’est faite contre vous. La petite fille de Henri IV vient vous demander votre appui. (…) C’est à votre amour, à celui de tous les bons français, des français seuls, que Henri V veut devoir sa couronne. Française et mère, je vous confie l’avenir de la France et les droits de mon fils. »


Cette proclamation, malgré ses efforts, ne fut pas diffusée, si bien que quelques dizaine de personnes, tout au plus, en prirent connaissance et manifestèrent à Marseille. Le sud de la France n’ayant pas répondu à l’appel, ce fiasco aurait pu alerter la duchesse, l’inciter à la prudence, il n’en fut rien. Pour venir à bout de son énergie, il en fallait beaucoup plus. Puisque le sud ne vibrait pas pour Henri V, la Vendée catholique relèverait l’affront. Aussi avec trois compagnons en guise d’escorte, Marie-Caroline remonta-t-elle vers l’ouest. Nous sommes en mai 1833. Dans les premiers jours du mois, elle avait séjourné chez le marquis de Dampierre au château de  Plassac. C’est de là qu’elle fixa au 24 mai la date de la prise d’armes en rédigeant cette lettre :

«  D’après les rapports qui m’ont été adressés sur les provinces de l’ouest et du midi, mes intentions sont qu’on prenne les armes le 24 de ce mois. J’ai fait connaître mes intentions à cet égard et je les transmets aujourd’hui à mes provinces de l’ouest. »


Au même moment, elle lançait un appel aux populations :

« Vendéens, Bretons, vous tous habitants des fidèles provinces de l’ouest. Ayant paru dans le midi, je n’ai pas craint de traverser la France au milieu des dangers pour accomplir une promesse sacrée, celle de venir parmi mes braves amis partager leurs périls et leurs travaux. Je suis enfin parmi ce peuple de héros : ouvrez à la fortune de la France. Henri V vous appelle ; sa mère régente de France se voue à votre bonheur . Un jour, Henri V sera votre frère d’armes si l’ennemi menaçait nos fidèles pays. Répétons notre ancien et nouveau cri : Vive le roi ! »


Le 17 mai, en arrivant au château de la Reuille, à St Hilaire-de-Loulay, quelle ne fut pas sa surprise d’être reçue avec peu d’empressement par son hôte Monsieur de Nacquart : «  Nous sommes, Madame, très surpris, jamais il n’a été question de la venue de Son Altesse Royale. Des succès dans le midi devaient seuls l’encourager à venir. Sa présence ne pourra qu’attirer toutes les calamités sur notre malheureux pays. » Monsieur de Nacquart craignait que cette insurrection mal préparée, à un moment mal choisi, n’eût toutes les chances d’échouer. Marie-Caroline ne voulut pas l’entendre. Sûre de son fait et de son bon droit, c’est déguisée en homme et sous le nom de « Petit Pierre » qu’elle repart, entrant dans la clandestinité et l’errance qui la mèneront de châteaux en fermes afin d’échapper aux troupes que Louis-Philippe avait lancées à sa poursuite.

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans CULTURE
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commentaires

Alain 25/06/2014 12:15

"La regrettable indifférence de Louis XVIII" est pour moi synonyme de son extrême lâcheté. Pour le reste de l'article, le lien ne semble pas fonctionner. (Je vous le précise juste pour que vous en
soyez informée) Mais votre article n'en demeure pas moins passionnant. Un fabuleux destin pour cette femme courageuse et entêtée. Je crois me souvenir avoir lu dans une biographie consacrée à
Rossini qu'elle était aussi une femme d'une générosité extrême. Toujours est-il un bon moment à découvrir la destinée de cette femme qui ne manquait pas d'une certaine audace. Pour ne pas répéter
courage. Bonne journée Armelle.

Thérèse 19/06/2014 13:16

Voilà une sacrée femme de caractère. Elle n'a pas attendu mai 68 pour n'en faire qu'à sa tête. j'attends la suite.

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