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21 octobre 2011 5 21 /10 /octobre /2011 07:34

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Dix jours de vagabondage au pays breton pour ressourcer son imaginaire, cela fait un bien fou au moral et au physique, car cette province française n'offre pas seulement son arrière-pays et son littoral à notre curiosité, mais le semis de ses îles sauvages et belles. Le dépaysement est garanti à l'extrémité de cette terre tournée vers le nouveau monde, qui n'a cessé de faire alliance avec la mer.  A tel point qu'au bout de deux ou trois mille ans, nombreuses furent les villes qui avaient disparu. Ces disparitions eurent des causes diverses. La principale d'entre elles fut d'ordre géographique. La péninsule armoricaine est, en effet, l'objet d'un perpétuel assaut des éléments. Les vents y connaissent des humeurs variables et le bris des vagues sur les rochers est la symphonie permanente des grands caps en vigile sur les flots. Dans tous les cas d'ailleurs la légende s'est emparée de la réalité et l'a transformée à sa guise. Mais un autre facteur est intervenu : celui du mythe de la mort et de la résurrection : la cité engloutie n'est pas détruite à jamais, elle subsiste et un jour la chance tournera en sa faveur et la ramènera au grand jour. On retrouve ici le thème du déluge que maintes religions ont développé et exploité. La plus célèbre de toutes ces villes est celle d'Ys dont la légende veut qu'elle ait été immergée dans la baie de Douarnenez, au voisinage des grèves de Ris, de Tresmalouen et de Sainte-Anne de la Palud.


Cette cité disparue est considérée par la tradition comme la capitale de Gradlon, roi de Cornouaille. Elevée sur un polder, elle était protégée de la mer par une digue. Des écluses s'ouvraient à marée basse afin d'évacuer les eaux des rivières et se refermaient lors du flux. Certaines variantes de la légende parlent aussi d'un puits de l'abîme, expression d'une antique croyance celte : sous le sol sont amassées les eaux inférieures qui, à tous moments, risquent de surgir et de noyer les humains et leurs cités. En certains endroits, elles forment à la surface de la terre des lacs que retiennent d'épaisses chaussées. En d'autres, elles grondent au fond d'un puits que ferme une bonde sacrée, menhir ou autre mégalithe. 

 
Ys était sans nul doute menacée par l'océan, mais toutes les précautions avaient été prises pour l'en protéger. Les portes de la mer ne pouvaient s'ouvrir qu'au moyen de lourdes clefs déposées dans une cassette dont le roi conservait la clef d'or sur sa poitrine. Ys n'aurait couru aucun danger si, par malheur, elle n'avait été la proie de moeurs dissolues ; la fille de Gradlon donnant le pire exemple de la débauche. Saint Gwenolé tentait bien, lorsqu'il venait prêcher, de ramener tout ce monde à la raison, mais en vain. Et puisque les hommes persistaient à ce point dans le mal, Dieu, lassé, les avait abandonnés à leur maître Satan.

  
Sous l'apparence d'un beau jeune homme, celui-ci s'introduisit au palais de Gradlon et parvint à séduire Dahud. Dans la nuit qui suivit, il obtint d'elle qu'elle dérobât à son père la clef d'or qui ouvrait la précieuse cassette. La marée était alors à son plein lorsque les écluses furent ouvertes. Les flots libérés s'engouffrèrent dans les rues, dévalèrent tout alentour, surprenant les gens dans leur sommeil. Mais Dieu permit que le roi fut réveillé à temps par Saint Gwenolé. Comprenant le danger, il enfourcha son cheval, plaça sa fille en croupe et prit la fuite. Mais tandis que Saint Gwenolé filait comme le vent, la monture de Gradlon, alourdie par le poids de la pécheresse, s'essoufflait, tant et si bien que le flot ne cessait de se rapprocher. Gwenolé conseilla alors au roi de se séparer de sa fille, ce que le souverain se refusa de faire ; l'océan s'étant encore rapproché vint frapper les sabots de son cheval. Gwenolé renouvela son exhortation et cette fois le souverain accepta de l'entendre. Aussitôt le cheval bondit délivré et les vagues ralentirent leur course, ce qui permit aux deux hommes d'atteindre promptement la terre ferme. Derrière eux la mer avait déjà recouvert les toits et les plus hauts monuments de la ville.


Mais si la ville est engloutie, elle n'est pas détruite. Les pêcheurs de Douarnenez, quand l'océan est calme, entendent parfois sonner les cloches des cathédrales ensevelies sous les eaux. Parfois aussi ils ramènent dans leurs filets de curieux objets. Ys, la disparue, était la plus belle capitale du monde. Si Lutèce a vu son nom changer en Paris, c'est pour la raison que Par Ys signifie en breton pareille à Ys.  Un proverbe l'illustre bien :

Depuis que fut noyée la ville d'Ys,
On n'en a point trouvé d'égale à Paris.

 
Jusqu'à ces dernières années, la rivière qui passe à Port-Rhu s'élargissait à l'endroit maudit que l'on appelle le trou de Dahud et où celle-ci disparut lorsque son père la rejeta de sa monture. Plus loin, un rocher porte l'empreinte d'un sabot, celui du cheval de Gradlon quand il eut atteint la terre ferme.
Ainsi les légendes courent-elles sur les landes bretonnes avec autant de vigueur que les vents. L'un des itinéraires les plus empreints des mystères du passé suit, entre Vannes et Saint-Anne d'Auray, le tronçon de la voie romaine qui menait jadis à la cité Vénète de Hennebont. Une légende, parmi d'autres, raconte que le seigneur de Garo tomba aux mains des Sarrasins. Ceux-ci l'enfermèrent avec son page dans un coffre de bois qu'ils jetèrent à la mer. Mais il se trouve qu'un aigle, qui passait par là, intervint, s'empara de l'épave et l'emporta jusqu'à Béléan où il la laissa choir.( Béléan est situé à 5 km de Vannes ) Miraculeusement sauvé, le chevalier, reconnaissant, fit élever sur les lieux une chapelle à la Vierge ( Notre-Dame de Béléan ).


Voilà qui ressemble étrangement encore au mythe de la mort et de la résurrection. En effet, Garo signifie cerf en breton, et l'on sait que cet animal était en relation avec le culte des morts. De plus, le trépas est envisagé en Armorique comme une traversée nautique, le passage d'un gué ou d'un bras de mer. Le symbolisme de la légende est clair : l'homme mort, enfermé dans son cercueil, est magnifiquement métamorphosé en cerf, de la même manière que l'Egyptien antique était assimilé à Osiris. Il est sauvé des eaux de la mort par l'oiseau solaire, le messager de Belen qui, en son temple, provoque la réincarnation ou la résurrection des défunts. Ainsi la péninsule armoricaine est-elle autant pétrie de lumière que de légendes, oiseau planant au ras des eaux, ailes déployées au-dessus d'elles, prenant le large et le recevant, s'ouvrant à l'avenir et recueillant le passé.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE


autres articles consacrés aux légendes :

 

Le cycle arthurien et la forêt de Brocéliande

 

Le roi Arthur, héros légendaire ou personnage historique ?

 

L'Atlantide et le mythe atlante

 

A-t-on retrouvé le tombeau du roi Arthur ?

 

La Crète minoenne ou l'histoire revisitée par la légende

 

Et pour consulter la liste des articles de la rubrique ESPRIT DES LIEUX, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

Liste des articles de la rubrique ESPRIT des LIEUX

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans ESPRIT des LIEUX
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commentaires

Fergus 15/01/2014 13:53

Bonjour, Armelle.

Belle manière de nous remettre en mémoire cette superbe légende.

Une légende que connaissent évidemment tous les Finistériens, et plus particulièrement ceux de Cornouaille. Des Finistériens qui savent où trouver Gradlon : juché sur son cheval, il contemple
fièrement la ville de Quimper des hauteurs de la cathédrale Saint-Corentin, juste entre les deux tours.

Alain 13/01/2014 16:13

Quel plaisir de voyager au travers de vos lignes. Moi qui me vantais de bien connaître les merveilles de la Bretagne, cette belle légende, que j'ignorais totalement, me donne des envies. De
retourner et de parcourir plus à fond cette si belle région.

Pâques 12/01/2014 20:42

Une région baignée de lumière et de légendes, la mer et les forêts gardent les secrets ...

niki 11/01/2014 16:30

voilà une légende que j'aime beaucoup - dont nous avons souvent abordé le sujet aux cours de civilisation celtique

Harry Roy 11/01/2014 14:07

Votre bel article sur la cité perdue d'Ys m'a rappelé d'autres légendes, si commune en Europe. Je pensais en particulier de la légende tenace de l'étoile qui surplombe Moustiers Ste Marie, un petit
village non loin de la Gorge de Verdon en Provence. L’histoire, rendue célèbre par Frédéric Mistral, est qu’un chevalier nommé Bozon de Blacas a été capturé dans la Terre Sainte et fit vœu de
placer une étoile au-dessus de son village s’il puisse y revenir. Pendant longtemps, en fait, une étoile a accroché sur le village de Moustiers -Sainte-Marie, qui s'est tenue en place par une
longue chaîne. Nous avons visité Moustiers il y a quelques années, et il y a un certain nombre d'autres lieux historiques à voir là - une église et un musée de faïence. Je ne sais pas à quelle
profondeur la population continue de la zone remonte dans le temps. Je sais qu'il y a eu beaucoup de mouvements de populations, certains depuis le temps des Romains. Mais il a eu le temps pour
quelques légendes de croître de très longues barbes.

Nous avons nos propres légendes ici aux États-Unis, mais elles sont assez récentes par rapport aux normes européennes. Une légende locale est que le poème, « Une visite de St Nicolas », d'abord
publié dans le Troy Sentinel (1823), un journal aujourd'hui disparu, a été lu le premier publiquement à l'église St Paul à Troy. Chaque année, ce poème (sans doute le plus connu poème américain )
est lu au début des services de réveillon de Noël. L'histoire est celle de Helen Butler, un professeur de l'école du dimanche, qui a entendu le poème tout en visitant Clement Moore et sa famille à
New York. Moore est crédité d'avoir écrit le poème, mais ceci est contesté par la famille Livingston de Poughkeepsie (NY), qui prétendent que leur ancêtre Henry Livingston Jr l'a écrit. Deux livres
ont été rédigés sur ce différend. En Décembre, un simulacre de procès a eu lieu au palais de justice où deux avocats locaux ont fait valoir le cas et convoqué Moore et Livingston de la tombe. Une
objection a été soulevée, mais a été rejetée par le juge. " Si les morts peuvent voter à Troy, ils en peuvent témoigner. " (Là il a fait référence culturelle à une longue histoire de corruption
politique dans la ville, où les votes par les morts étaient souvent décisifs pour la victoire). Il peut y avoir un nouveau procès l'année prochaine, à cause de la scission du jury, 3-3.



Amicalement,



Harry

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