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23 août 2011 2 23 /08 /août /2011 08:40

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"La liberté est le droit de faire tout ce que les lois permettent et si un citoyen pouvait faire ce qu'elles défendent, il n'aurait plus de liberté, parce que les autres auraient tout de même ce pouvoir" - écrivait MONTESQUIEU.

 

"La liberté concrète est celle qui assume courageusement et joyeusement la loi de l'oeuvre qui est la loi du fini : donner forme, et en donnant forme, prendre forme, voilà la liberté".

Paul RICOEUR

 

 

Aussi posons-nous cette question : que signifie être libre ?

 

C'est tout d'abord la liberté de faire. Mais souvenons-nous que la liberté était autrefois un privilège réservé au maître par opposition à l'esclave. Il faudra attendre que le christianisme confirme les affirmations des stoïciens en faisant d'elle un principe spirituel et moral pour réaliser que la dignité de l'homme relevait de sa liberté. En effet, je ne suis libre d'agir que lorsque rien ni personne ne m'en empêche. Cette liberté est appelée la liberté d'action. Elle est la seule dont on ne puisse contester ni la réalité, ni le prix, bien qu'elle ne soit en aucune façon absolue. Par ailleurs est-on libre de vouloir ce que l'on veut ? C'est sans doute le problème le plus épineux, car puis-je n'être que moi ? Et étant moi, puis-je vouloir autrement que moi ? Il ne s'agit plus alors de la seule liberté d'action, mais de la liberté de décision ou de volonté. Volonté au sens où Epicure et Epictète la définissaient, c'est-à-dire liberté qui ne dépend que de moi puisque je suis libre de vouloir ce que je veux. Mais suis-je libre de vouloir autre chose que ce que je veux ? - pourrait ajouter malicieusement Diderot dans "Jacques le fataliste".

 

Cette liberté de la volonté suppose, en effet, que je puisse vouloir autre chose que ce que je désire, c'est ce que certains nomment la liberté d'indifférence ou le libre arbitre, liberté envisagée dans ce sens par des philosophes comme Descartes, Kant et Sartre. Elle suppose que ce que je fais n'est pas déterminé par ce que je suis. Selon Sartre l'existence précède l'essence et si l'homme est libre, c'est qu'il n'était rien à l'origine et n'est, en définitive, que ce qu'il se fait. Je ne suis libre qu'à la condition, certes paradoxale, de renoncer à être ce que je suis pour être ce que je ne suis pas, mais cela à condition de le définir moi-même. C'est ce que ce penseur considère comme liberté originelle. Elle précède tous les choix et tous les choix en dépendent. Cette liberté est absolue ou bien n'est pas. Elle est le pouvoir indéterminé de se déterminer soi-même. Car réfléchir, c'est déjà se libérer. "Il est impossible de concevoir une raison qui, en pleine conscience, recevrait pour ses jugements une direction du dehors"- confirme Kant. La loi morale intérieure, la conscience morale est l'acte de la raison, elle m'indique que je suis libre, puisque sans liberté je ne saurais me contraindre à agir bien. Et Kant ajoute : " Si la loi morale n'était d'abord clairement conçue dans notre raison, nous ne consentirions pas à admettre une chose telle que la liberté." C'est également la raison qui nous permet de nous libérer des pressions ou influences extérieures. Mon intelligence est un filtre qui m'autorise à user de mon libre-arbitre et d'agir selon ma détermination propre.

 

Ce troisième sens de la liberté, la liberté de pensée ou liberté de raison est envisagé comme compréhension et nécessité de nos choix. Etre libre de n'être soumis qu'à sa propre nécessité. Ces trois libertés, action, décision, raison ont en commun de n'exister qu'en relation les unes avec les autres, car on ne naît pas libre, on le devient. Que nous soyons libre ou que nous ne le soyons pas physiquement ou, de façon plus inquiétante psychiquement et moralement, cela ne peut nous dispenser, selon Nietzsche, de devenir ce que nous sommes. Alors réfléchissons à cela et lisons quelques maximes pour mieux nous éclairer sur le sens profond de la liberté, dont nous ne faisons pas toujours le meilleur usage:

 

Mais le tyran enchaînera...quoi ? ta jambe. Mais il tranchera...quoi ? ta tête. Qu'est-ce qu'il ne peut ni enchaîner, ni retrancher ? Ta volonté. EPITECTE

 

 

Et ainsi j'appelle libre un homme dans la mesure où il vit sous la conduite de la raison, parce que dans cette mesure même, il est déterminé à agir par des causes pouvant être connues adéquatement par sa seule nature, encore que ces causes le déterminent nécessairement à agir. La liberté, en effet, ne supprime pas, mais pose au contraire la nécessité de l'action.  SPINOZA

 

Nous sommes libres quand nos actes émanent de notre personnalité entière, quand ils l'expriment, quand ils ont avec elle cette indéfinissable ressemblance qu'on trouve parfois entre l'oeuvre et l'artiste. BERGSON

 

 

La liberté n'est pas dans une indépendance rêvée à l'égard des lois de la nature, mais dans la connaissance de ces lois et dans la possibilité donnée par là même de les mettre en oeuvre méthodiquement pour des fins déterminées. Cela est vrai aussi bien des lois de la nature extérieure que de celles qui régissent l'existence physique et psychique de l'homme lui-même. ( ... ) La liberté de la volonté ne signifie donc pas autre chose que la faculté de décider en connaissance de cause.  ENGELS

 

 

Que veut dire ce mot être libre ? Il veut dire pouvoir, ou bien il n'a point de sens ( ... ) Où sera donc la liberté ? Dans la puissance de faire ce qu'on veut ? Je veux sortir de mon cabinet, la porte est ouverte, je suis libre d'en sortir. Mais dites-vous, si la porte est fermée, et que je veuille rester chez moi, j'y demeure librement. La liberté sur laquelle on a écrit tant de volumes, n'est donc, réduite à ses justes termes, que la puissance d'agir. Dans quel sens faut-il prononcer ces mots : l'homme est libre ? Dans le même sens qu'on prononce les mots de santé, de force, de bonheur. L'homme n'est pas toujours fort, toujours sain, toujours heureux. Une grande passion, un grand obstacle, lui ôtent sa liberté, sa puissance d'agir. Le mot de liberté, de franc arbitre est donc un mot abstrait, un mot général comme beauté, bonté, justice. Ces termes ne disent pas que tous les hommes soient toujours beaux, bons et justes ; aussi ne sont-ils pas toujours libres.  VOLTAIRE

 

 

Les hommes se trompent en ce qu'ils se croient libres ; et cette opinion consiste en cela seul qu'ils ont conscience de leurs actions et sont ignorants des causes par lesquelles ils sont déterminés. Ce qui constitue donc leur idée de la liberté, c'est qu'ils ne connaissent aucune cause de leur action. SPINOZA

 

 

La vraie liberté, c'est pouvoir toute chose sur soi.  MONTAIGNE

 

 

Maintenant à chacun de se faire son opinion sur le sujet. C'est la liberté de raison. Alors bonne raison à tous.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES QUESTIONS QUE L'ON SE POSE
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Sandrine L. 14/01/2015 14:45

La liberté, que chacun circonscrit dans une définition qui lui est personnelle (en dehors des lois), est une notion très élastique. Elle devrait impliquer la responsabilité. Or, nous constatons
souvent que cette liberté, sous couvert de droits multiples et parfois fantaisistes, revêt tout un tas de comportements et de revendications irresponsables.
Notons au passage que cette même liberté est également à géométrie variable.
La liberté devait aussi supposer l'équité, ce qui est loin d'être le cas.

Yves B. 23/08/2011 14:00


"Liberté, j'écris ton nom.." De mon point de vue, il semble que ce serait commettre une confusion que d'assimiler la liberté au droit. Ce dernier s'appuie sur la loi, alors que la liberté, notion
non palpable, se conçoit comme un idéal et non comme un acquis. Figure de syle elliptique, elle fait penser en géométrie à "l'arc capable de l'angle droit". Variable, elle dépend du lieu où l'on se
place, elle est une vision sous un certain angle, magique pour les uns, tragique pour les autres. Le prisonnier n'a pas la même vision de la liberté que l'homme libre. La liberté se définit comme "
un état d'être ", une condition de celui qui ne se soumet pas à la puissance contraignante d'autrui, ainsi s'oppose-t-elle à la servitude.
Si le droit l'utilise pour en définir une notion ( la liberté de parole, la liberté surveillée ou sous caution, la liberté provisoire, la liberté individuelle ), elle devient un moyen commode de
définir la loi, mais elle ne sera jamais un droit, encore moins absolu. La liberté donne un pouvoir à l'homme d'agir sans pour autant nuire à autrui. Ses limites se résument par cette restriction
morale : " Ne fais pas autrui ce que tu ne veux pas qu'il te soit fait ". Nous devons distinguer la liberté... des libertés. Au XVIIIe siècle, l'on définissait la liberté comme le pouvoir de se
déterminer sans subir aucune contrainte. A la Révolution, précisons dans l'esprit français, on y ajoutera le qualificatif "liberticide", un adjectif qui permettait pernicieusement de qualifier et
de quantifier une atteinte à cette liberté devenue officielle. Evaluation du complot, de l'opinion, mesures, condamnations etc. Ainsi la liberté de pensée devint-elle conditionnelle, contrôlée. Un
coup d'arrêt lui était donnée. La liberté des uns s'arrêtant où la liberté des autres les contraint.
Reconnaissons qu'elle peut devenir aussi contradictoire dans la mesure où elle s'inscrit dans une formule dont la définition reste aussi vague que : " Liberté-Egalité-Fraternité ". Car oser
juxtaposer trois notions aussi différentes relève d'un tour de passe-passe confinant à la magie, comme le démontre si bien Soljenitsyne qui nous précise : " où il y a égalité, il ne peut y avoir
liberté ". Partant du postulat que les hommes demeurent libres et égaux en droit, en tant qu'individu, il n'existe dès lors aucune vraisemblance, puisque chaque être est unique, donc l'égalité
devient égalitarisme et n'a donc plus aucun sens. Le faire croire tient de la forfaiture au plus, de l'absurde pour le moins, mais il faut bien stigmatiser le peuple. Quant à la fraternité,
faudrait-il qu'elle puisse s'exercer envers des individus tous libres. Or, elle se manifeste moins souvent et moins concrétement sous la formule des Mousquetaires " tous pour un, Dieu pour tous " -
que dans la confidentielle et très restrictive chapelle des intérêts communs et des cercles d'influence.
Ainsi nous éloignons-nous des principes de liberté. Nous aurions pu parler également de la liberté sous l'angle de l'évasion qui se soustrait à l'autorité, liberté d'action, liberté d'entreprendre,
multiforme et mouvante selon les lieux et les circonstances. Ainsi peut-on écrire et parler librement.


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