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25 septembre 2012 2 25 /09 /septembre /2012 08:38

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Si la poésie est quasi en voie de disparition en cette seconde décade du XXIe siècle, qu'en est-il de la littérature ? Quelle place tient-elle encore dans notre culture et, à la lumière de son passé, qu'en est-il de son avenir ?



La raison d'être de la littérature est d'exprimer l'homme, ses rêves, ses aspirations, sa réalité tout entière. Aussi est-elle au premier chef un témoignage. De La chanson de Roland à Alain Robbe-Grillet elle n'a cessé de témoigner de la grandeur et de l'absurdité des choses, de la fidélité à l'engagement et du désarroi de la culpabilité. Elle est en elle-même un fait vivant, mouvant, remuant et cette vitalité, qui l'anime, n'a d'autre cause que la validité qu'ont les idées à exercer dans les livres une forme de radioactivité. Cela tient également aux auteurs qui ont eu pour objectif d'imprimer à leurs écrits leur force de persuasion et le rayonnement spirituel de leur temps. Ce sont ceux que Maurice Barrès nomme les bienfaiteurs. Sans leur contribution, la pensée et l'art ne bénéficieraient pas du même éclat et notre civilisation du même retentissement. Que serait, en effet, la poésie française sans Villon et Baudelaire, la pensée moderne sans Descartes ? Il y a, d'une part, les hommes et autour d'eux, une époque qu'ils inspirent ou subissent ; d'autre part, les lieux d'influences : les chambres des dames, les cours d'amour, les étapes de pèlerinage, la maison des princes, les champs de bataille, les salons, les cafés, les académies. Et, par-dessus, l'esprit du siècle, s'il est grand. La Renaissance fera Ronsard, le XVIIe Racine, Molière et Bossuet, le XVIIIe Voltaire et Diderot, le XIXe les Romantiques, le XXe Valéry, Proust, Camus et le XXIe ?

 


Entre ces créateurs et ces créatures, à la fois miroir de la vie, tableau de l'esprit et histoire des hommes, la littérature est à elle seule un monde dans sa pluralité, sa longue coulée ininterrompue. Mais à quel prix ? Rappelons-nous l'autorité, les superstitions, l'injustice, l'esprit de revanche, la routine, la police des moeurs qui n'ont cessé de l'opprimer et de ralentir sa progression. Rutebeuf était un gueux aux pieds nus, Villon se lamentait au fond d'un cachot, Montaigne et Rabelais étaient contraints à des précautions pour ne pas avoir maille à partir avec la Sorbonne et l'Inquisition. Tel est, de siècle en siècle, le prix du talent et la foi en ses idées qui peuvent, de par leur audace ou leur modernité, heurter momentanément l'opinion publique pour la raison qu'ils la devancent dans ses voeux et l’ébranlent dans ses assises.

 


De nos jours, la critique aime à parler de crise et elle n'a pas tort. Il est évident que le monde l'est en permanence. Et la littérature ne peut y échapper, dans la mesure où elle est l'une des fleurs de la conscience humaine. Au point que le roman s'interroge aujourd'hui sur ses moyens et sur ses fins et que le mélange des genres crée une confusion regrettable, du simple fait que les auteurs se réclament d'une sincérité et d'une vérité qu'ils se refusent à reconnaître dans d'autres miroirs que les leurs. Ici on emprunte au poète, là au philosophe, ailleurs à l'homme de cinéma, voire au peintre abstrait. Le théâtre, lui-même, se cherche entre le film et la tragédie, le travail de laboratoire et le grand jeu populaire, tandis que la critique, au-delà de l'appréciation des formes, tente de définir la nature du langage et les catégories permanentes de l'esprit humain.

 


Heureusement une crise ne signifie pas nécessairement un appauvrissement... Même si la littérature doit traverser une période de défaveur et le roman céder une part de sa place, le fait littéraire perdure. Lui qui est l'instrument de conservation et d'accroissement par excellence du capital humain. N'est-ce pas un nouvel homme qui prend lentement conscience de lui-même et, ce, au prix d'une inévitable mutation et de réels traumatismes. Car à la crise politique s'est jointe une crise morale : les bouleversements de la logique et des mathématiques n'ont-ils pas suggéré une autre idée de la raison ; ceux de la psychologie et de la psychanalyse une autre idée de la conscience, ceux des sciences physiques et des techniques une autre idée de la puissance ? Enfin le travail des explorateurs a précisé à l'homme sa place sur l'échiquier du monde et celui des grands humanistes une idée plus complète et plus riche de sa diversité ethnique. Dans n'importe quel pays, désormais, un écrivain sait ce qu'il doit à Shakespeare et Montaigne, Goethe et Pascal, Nietzsche et Dostoiëvski, Poe et Faulkner, Cervantès et Dante dans sa formation personnelle, le jeu de ses influences et l'écho qu'il entend donner à son oeuvre.

 


Si la littérature se refuse à tomber dans les pièges de la sous-culture et du néant, si elle garde la foi en sa vocation de tenir le juste équilibre entre les extrêmes, le rêve et le réel, le chimérique et le possible, équilibre certes provisoire, mais qu'elle a su conserver à travers tant d'épreuves, d'échecs et de fractures, l'espoir demeure qu'elle maintienne sa permanence dans le temps, tout en accompagnant l'esprit dans sa marche et l'homme dans son inquiétude.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

autre article sur un sujet proche :

 

  La poésie, quel avenir ?

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES QUESTIONS QUE L'ON SE POSE
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commentaires

Sandrine L. 17/10/2015 14:49

Je reste optimiste. Le temps triera le bon grain de l'ivraie. Je crois vraiment qu'une petite poignée d'auteurs réussira à sauver l'honneur. La littérature française, celle qui est peut-être la plus intéressante, ne vient pas de métropole; elle est francophone mais rarement française. Ces auteurs francophones permettront peut-être de régénérer les lettres et d'impulser un nouvel élan dans l'amour de la langue et de la littérature. Quant à la poésie, que lui reste-t-il? Hélas, pas grand chose. Une nourriture de l'âme sans plus de fins gourmets.

Loic 14/10/2015 21:40

Toujours menacee et toujours sauvegardee par quelques grands talents. On le sait depuis longtemps que l'essentiel est toujours sauve par le petit nombre.

Tania 28/09/2012 18:15

Quel avenir ? Quelle littérature ? A chaque génération, la création se renouvelle. Et les temps difficiles ne sont pas moins féconds que les autres. Je crois à l'avenir de la création
littéraire.
Je me demande, Armelle, si ce n'est pas surtout l'écart grandissant entre l'art véritable et la culture de consommation, commerciale, ce que vous appelez "la sous-culture", qui suscite
l'inquiétude, et la confusion entre les deux. Espérons qu'il restera de vrais éditeurs pour défendre ceux qui écrivent la littérature de notre siècle.

Armelle 26/09/2012 11:51

Merci, cher Alain, de ce partage. Je reviens d'une semaine en Alsace dont je parlerai prochainement sur ce blog. En contre-partie, vous avez vu plusieurs films intéressants que j'aimerais connaître
aussi, mais habitant la province, tout ne passe pas comme je le souhaiterais et souvent les moins bons sont à l'affiche. Mais j'ai vos articles pour me tenir au courant de la bonne santé du cinéma
français qui a le vent en poupe. Contrairement à l'américain qui s'abime dans sa violence.Je suis très tentée par le dernier Alain Resnais auquel j'ai consacré un article hier.

Alain 26/09/2012 11:23

À chaque lecture de vos articles, je me délecte de cette passion de la littérature qui vous anime. Votre intérêt que vous partagez ici, donne des envies de découvrir, d'en savoir plus, de ne pas
laisser les neurones s'engourdir. C'est un vrai régal. Avec un livre dans mes mains, je ne fuis aucune inquiétude, c'est peut-être égoïste, je me libère davantage des contraintes imposées par la
vie. Ceci étant dit … Ces pensées ne sont pas très éloignées. Merci Armelle de ces précieux moments que vous nous offrez.

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Un blog qui privilégie l'évasion par les mots, d'abord, par l'imaginaire...toujours.

LES MOTS, nous les aimons pour eux-mêmes, leur sonorité, leur beauté, leur velouté, leur fraîcheur, leur hardiesse, leur insolence, leur curiosité, leur dureté, leur volupté, leur rigueur.
Différemment des notes et des couleurs qui touchent d'abord notre sensibilité, ils ont vocation à transmettre, informer, émouvoir, expliquer, séduire, irriter, formuler les idées, forger les concepts, instaurer le dialogue.
Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

La vie doit être vécue en regardant vers l'avenir, mais elle ne peut être comprise qu'en se tournant vers le passé.

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