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25 juillet 2011 1 25 /07 /juillet /2011 09:24

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Avant même de nous poser la question : la philosophie rend-t-elle sage, demandons-nous d'abord : qu'est-ce que la philosophie ?  Le mot philosophie vient du mot grec philosophos qui signifie ami de la sagesse. Le philosophe est donc quelqu'un qui, sans  être à proprement parler un sage, aspire à la sagesse, car il y a un pas entre être sage et désirer le devenir. D'ailleurs Pythagore ne disait-il pas : il n'y a qu'un sage : Dieu. La recherche de la sagesse est donc à l'origine de la philosophie qui est l'art d'appréhender le monde et l'être par la voie de la raison. Les premiers philosophes ambitionnaient le savoir total. Démocrite écrivait non sans audace : "Je vais parler de tout ". Et Aristote lui-même n'avait-il pas inclus dans son oeuvre, la logique, la rhétorique, une théorie sur l'univers, une physique, un traité de l'âme, une morale, une poétique et une étude de l'être, sans oublier une histoire des animaux ? Cette prétention au savoir universel, qui pourrait nous sembler prétentieuse aujourd'hui où la connaissance s'est considérablement enrichie des acquisitions nouvelles des sciences et techniques, avait néanmoins une motivation respectable : la passion de s'informer et de comprendre afin de mieux éclairer sa conduite et de vivre, non dans l'illusion, mais à partir d'une conception exacte des biens et des maux et selon une attitude empreinte de raison et de réflexion.

 


La philosophie, contrairement à la science, s'intéresse donc principalement aux réalités qui ne sont pas d'ordre matériel, ne sont saisissables que par l'intelligence : le vrai, le bien, le juste - et en règle générale ne tombent pas sous le sens : à l'homme par la psychologie et la morale, à la transcendance par la métaphysique. Le philosophe s'est de tout temps consacré à la découverte de ce qui est au-delà des apparences. Il a voulu savoir ce que les choses sont en elles-mêmes et sa question fondatrice fut celle-ci : qui sommes-nous et pourquoi sommes-nous ?  Tant il est vrai que la philosophie est le lieu d'une réflexion, d'une interrogation sur le sens de la vie, les buts à atteindre, les situations à anticiper , les conséquences à prévoir, les solutions à trouver, les décisions à prendre, et, également, sur la valeur de nos actes, le bien et le mal, le droit, la liberté, la justice. Pourquoi la vie ? Pourquoi la mort ? En quoi consiste le bonheur ? Il est de notre dignité de les poser et de tenter d'y répondre ? Si Pascal a parfois dénoncé la vanité d'une certaine philosophie, il a su choisir les termes qui exaltent la grandeur de l'homme qui, se sachant mortel, s'interroge à ce sujet.

 

 

Instruit par les leçons du passé, le philosophe contemporain est plus que jamais conscient qu'il ne pourra jamais prétendre à la construction d'un système absolu. A ce propos Jaspers n'a pas hésité à écrire qu'en philosophie les questions étaient plus essentielles que les réponses, parce que chaque réponse était en quelque sorte une nouvelle question et comme aucune réponse ne pouvait s'octroyer le pouvoir de satisfaire tout le monde, elle ne devait en aucune façon s'imposer au terme d'une démonstration péremptoire. Pour philosopher, il est donc nécessaire de poser pour principe que tout n'est pas de l'ordre du démontrable et que, sans la sagesse, l'homme s'égare ou, pire, se perd et s'arroge ainsi le triste privilège de se faire le complice d'une défaite de l'intelligence, tant le domaine de l'évidence intellectuelle est étroit. S'arracher à la subjectivité pour atteindre l'objectivité est sans doute le seul moyen d'exercer notre jugement critique de la façon la plus probe. Mais l'objectivité est-elle possible ? Dans la pratique du jugement, il est important de distinguer ce qui sépare le croire du savoir, car ce que je crois n'est pas obligatoirement ce que je sais. Le savoir définit ce dont nous sommes intellectuellement certain, alors que le croire sous-entend une part de foi et de confiance. Or l'amour, qui conduit à la sagesse, n'est-il pas la démarche qui implique autant d'intelligence que de coeur, de discernement que d'intuition ? Nous voyons qu'il serait hasardeux de s'en remettre à  la seule raison, puisqu'à l'évidence il n'est pas nécessaire de comprendre pour croire et de croire pour comprendre...

 

 

Et puisque nous nous interrogeons sur la vérité, ne serions-nous pas avisés en supposant qu'en ce monde nous ne l'atteindrons jamais ? D'ailleurs l'enseignement commun de toutes les grandes philosophies est d'avoir placé la recherche de la vérité dans la vie terrestre, mais sa possession dans l'au-delà. Nous nous doutons bien que le meilleur des mondes proposé par Aldous Huxley est une utopie et que le bonheur n'est pas quantifiable, que ce souverain bien n'est accessible que dans l'ordre de l'amour. Or la sagesse procède de ce bonheur- là, c'est-à-dire d'une connaissance vraie, d'un affranchissement de la connaissance approximative et immédiate. Si l'intelligence ne doit jamais abdiquer, car ce serait indigne de l'homme, l'amour ne doit pas faillir, car ce serait indigne de l'espérance qui est au coeur de la plupart de nos actes.

 


Il est courant de dire de nos jours que le monde compte plus de savants que de sages, l'homme moderne s'étant peu à peu éloigné de ce qui est inhérent à la sagesse, la vertu. La philosophie de ce début de XXIe est davantage une philosophie du rationnel que du spirituel, de l'inquiétude que de la tranquillité, alors même que ce ne sera que dans une forme de vie contemplative que l'on parviendra tout ensemble au bien et au bonheur. A la quête de la sagesse, étroitement liée au bon usage des vertus, s'est substituée celle des plaisirs, de la consommation immédiate, des intérêts particuliers, du bien-être de l'individu plutôt que de la plénitude de la personne. Soyons-en conscients et n'attribuons pas à la raison tous les pouvoirs. Nous savons qu'il y a dans l'univers, autant qu'en nous-même, une part immense de mystère que notre intelligence seule ne parviendra jamais à dévoiler. Aussi posons-nous cette autre question : et si l'amour était l'intelligence suprême, autant que la sagesse suprême ? Ce ne serait donc pas l'exercice de la philosophie qui rendrait sage, mais l'amour, ce don invisible... C'est pourquoi la philosophie reste, comme on l'a dit souvent, un non-savoir, le désir d'une participation humble et partielle à une sagesse, dont la source est intime ( et approchable que dans cette intimité) et vers laquelle l'homme de bonne volonté ne cesse de tendre.

 

 Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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La philosophie rend-t-elle sage ?

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commentaires

Loic 11/10/2016 22:17

Le coeur est souvent plus clairvoyant que la raison. Valery lui-meme admettait que la grande affaire de l'homme, c'est tout ce qui se rapporte a sa sensibilite. C'est elle qui nous branche sur le monde.

Yves B. 21/08/2011 18:14


Merci de m'offrir une tribune qui me permet de m'exprimer sur un sujet qui me passionne.
La philosophie rend-t- elle sage ? Elle le prétend si l'on s'en réfère à la proposition qu'en donne les Grecs. Du mot "philosophia", elle se définit comme l'art d'aborder la connaissance par la
raison. Le philosophe "philosophos" signifie ami de la sagesse. Il semble bien que ce soit son but ; du moins telle était la conception antique porteuse de ce message. Nous en avons hérité avec
sagesse puisque nous en avons admis le principe en continuant de la pratiquer et d'en tirer des enseignements comme d'un système de raisonnement. La recherche de la sagesse implique une notion de
valeur ; les Grecs la concevaient comme la recherche du savoir universel. Si par elle, le philosophe atteint la paix intérieure qui le rend libre, c'est déjà un gain inestimable, car il saura alors
le transmettre. Socrate ne disait-il pas : " Vivre en sagesse, c'est vivre suivant son âme raisonnable et spirituelle" ? Si la connaissance des choses définit la sagesse, ce n'est pas pour autant
que l'homme est sage. L'intelligence humaine lui permet de disserter sur des principes, sans pour cela lui apporter obligatoirement la sagesse, que les anciens considéraient comme la sérénité
absolue, béatitude de l'âme. Mais la philosophie ne contient-elle pas le pouvoir de tendre vers cet idéal, celui d'acquérir de la sagesse ? Reconnaissons-lui le mérite d'approcher la connaissance
la moins imparfaite des choses de la raison et de la vérité, sans pour autant en atteindre le but. Si la philosophie contient la sagesse, elle ne peut être transmise qu'à une élémentaire condition,
celle que le philosophe, son vecteur, soit humble. Subjective en elle-même, elle ne peut rivaliser avec la science, qui, par la démonstration du scientifique, convint par la véracité des réponses
dont il apporte la preuve objective. Le c.q.f.d n'est pas le peut- être. Alors que, trop souvent, certains philosophes, épris de la certitude de leur savoir, se bornent à discuter sur quelque sujet
que ce soit d'une manière pédante et compliquée, voire oiseuse ! Maître sentencieux, ils tentent d'étaler leur connaissance, la professant avec hermétisme dans un docte langage qui devient ennuyeux
et rébarbatif à celui qui veut s'en approcher. Petite élite auto-proclamée, enfermée dans son temple, persuadée avec présomption de s'ériger en cénacle du savoir. ..
Apparue au début du XXe siècle, la notion d'intellectuel a englobé la vraie connaissance, devenant ainsi une déviance contraire à la sagesse des grands maîtres anciens qui s'évertuaient à initier
leurs élèves au langage de la clarté, car le juste philosophe sait, avec modestie, que ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement. La belle langue n'est-elle pas le reflet d'une pensée juste, si
elle est sous-tendue par une réflexion profonde ? Buffon ne disait pas autre chose : " le style, c'est l'homme". La concision d'un Montesquieu n'est pas moins admirable que celle d'un Valéry.
Penseur accessible car expression lumineuse. Parler clair, c'est enseigner vrai.
A l'origine, la philosophie prodiguait son enseignement par la parole, le verbe, le logos des Grecs, raison humaine incarnée qui rejoint le Verbe de Dieu : "au commencement était la parole" -
reprenant ainsi une tradition séculaire de transmission et d'enseignement.
Le grand mérite de sa sagesse est d'avoir structuré par ses méthodes de raisonnement la pensée du scientifique ; Thalès, Archimède, Pythagore ou Euclide donnèrent une résonance particulière aux
réflexions d'un Aristote, Socrate ou Platon. Une symbiose qui posera les bases d'un esprit mathématique, sésame de la logique. La philosophie pure y ajoutera la morale et la métaphysique. Au
questionnement : d'où viens-je ? Où vais-je ? Qui suis-je ? en écho répondront Saint Augustin, Pascal et Descartes. Le "connais-toi toi même" ne s'oppose nullement au "je pense donc je suis", sans
contredire la spiritualité sous-jacente qui se manisfestera par la recherche supérieure de la transcendance. Le sentiment de l'existence des dieux préparait à l'intuition de l'existence de Dieu ;
une dimension nouvelle s'ajoutait à l'édifice de la pensée humaine.
La sagesse ne serait-elle qu'apparence ? " Sois philosophe" ! que ce soit sous la forme de conseil ou d'impératif, cette interjection est bigrement troublante. Peut-elle être interprétée comme "
sois sage" ? Ancrée dans la mémoire collective du domaine populaire, cette expression sous-entend : "prends la vie du bon côté" - une thérapie à tous les maux. L'origine lointaine ne nous
vient-elle pas de la pensé épicurienne qui proposait à l'homme de jouir de la vie, de ses bienfaits, en hommage à la courte vie qui lui était donnée. Proposition concevable mais bien partielle, car
cette vision ne résume que l'aspect d'un ensemble, alors que la philosophie est plus vaste et plus grave, pusiqu'elle demande à l'homme d'interroger et de s'interroger sur l'universel et sur
lui-même. En cela, l'être humain se perd en conjectures dans la diversité de ses propres contradictions. Alors ne serait-il pas plus judicieux de considérer que la philosophie n'est qu'une étape
transitoire qui, par les interrogations qu'elle éveille, permet d'aller plus loin : une base de données ouvrant des pistes de réflexion afin de dépasser l'image d'un cercle qui tournerait sur
lui-même.
La philosophie se doit d'ouvrir des fenêtres pour aboutir à des démonstrations convaincantes au même titre que la science, qui a su, en partant d'un problème élémentaire, construire des théorèmes,
moyen de conduire la pensée intelligente vers des démonstrations irréfutables. Les réponses aux problèmes posés ( solutions) ne se résolvent que dans un ordre logique immuable. Si la philosophie a
le mérite d'exister en stimulant "le savoir réfléchir" de l'être pensant, elle n'est qu'un maillon d'une grande chaîne mais indispensable à la recherche de la connaissance.


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LES MOTS, nous les aimons pour eux-mêmes, leur sonorité, leur beauté, leur velouté, leur fraîcheur, leur hardiesse, leur insolence, leur curiosité, leur dureté, leur volupté, leur rigueur.
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Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

La vie doit être vécue en regardant vers l'avenir, mais elle ne peut être comprise qu'en se tournant vers le passé.

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Je réponds ordinairement à ceux qui me demandent raison de mes voyages : que je sais bien ce que je fuis, et non pas ce que je cherche.

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