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22 août 2012 3 22 /08 /août /2012 08:06

 

 

P1060175-1-.jpg  Ouglich

 

 

Je rêvais depuis longtemps d'un voyage dans la Russie profonde, celle que m'ont fait aimer des poètes comme Pouchkine et Tourgueïev, des écrivains comme Dostoïevski et Tolstoï, des musiciens comme Tchaïkovski et Rimski-Korsakov, sans compter les ballets et les chants que j'ai pu voir et entendre, les icônes que j'ai admirées. Une terre démesurée, pleine de contrastes qui semble s'épuiser jusqu'au fin fond de ses steppes, se couvre des paysages les plus variés et dont l'histoire est sans doute la plus dramatique et la plus tourmentée des nations du globe. Ce souhait s'est enfin réalisé et nous avons passé, avec mon mari, treize jours entre Moscou et Saint-Pétersbourg en naviguant au fil de la Volga, des lacs Blanc, Onéga et Ladoga, usant du système des cinq-mers jusqu'à la Baltique et le golfe de Finlande. Un voyage inoubliable de près de 2000 kilomètres par voie d'eau, rythmé par des visions éblouissantes de villages, d'églises, de monastères, de forêts, à l'heure où les lilas et les aubépiniers sont encore en fleurs, dans un silence qui vous permet d'en mieux apprécier la beauté, celle d'une nature qui parait s'être immobilisée à tout jamais dans le temps.

Grâce à cette croisière fluviale, nous reprenons l'ancienne route des Varègues ( Vikings ) qui traversait le pays, à l'époque où n'existaient ni Moscou, ni Saint-Pétersbourg. C'est ainsi qu'au IXe siècle, Riurik, venu s'installer à Ladoga, puis à Novgorod, et après lui Oleg, descendu à Kiev, ont fondé l'Etat russe. Mais l'histoire la plus lointaine restera toujours vivante tant que la mémoire la gardera dans ses légendes, ses chansons, sa poésie, tant qu'elle renaîtra sur scène, au théâtre et à l'opéra, armée spirituelle d'une culture âgée de deux millénaires qui survit, tantôt discrète, tantôt visible dans son éclat, et ce cesse point de nous accompagner au long d'un périple qui nous conduira de la capitale politique à la capitale littéraire.  


Dès lors que l'on a quitté Moscou, le foisonnement doré des coupoles du Kremlin, les merveilles de la galerie Tretiakov, la majestueuse place Rouge ( qui signifie place belle ) et sa cathédrale Basile-le-bienheureux, la magie s'installe, tandis qu'au soleil couchant, derrière un rideau de bouleaux, se profile une admirable église ( la "Sainte Russie" ne fut pas une vaine appellation ) aux bulbes or et turquoise et à la façade blanche rehaussée d'ocre. Et que défilent les datchas colorées, groupées en troupeaux qui semblent être venus paître au bord de l'onde. Oui, rien n'est plus enthousiasmant que de découvrir la Russie depuis ses voies d'eau, sans oublier ce que ces canaux multiples reliés entre eux, ont coûté de souffrances et de vies humaines. Des canaux larges comme des fleuves, des fleuves vastes comme des lacs, des lacs immenses comme des mers que bordent des collines boisées, des forêts impénétrables parcourues par les loups et les ours, des plaines jamais monotones malgré l'immensité, car toujours ornées, ici et là, de hameaux, d'églises baroques et de couvents ancestraux. Egalement des villes qui renferment de ravissantes chapelles et des églises miraculeusement épargnées par les bolcheviques. Le soir qui s'éternise - fin mai la nuit ne dure guère plus de deux heures - l'esprit, encore bouleversé par les découvertes de la journée, on s'installe dans la solitude à la proue du bateau qui glisse sans bruit sur les eaux. Le paysage forme de toutes parts un écrin saisissant. Après avoir fait escale à Ouglich et à sa cathédrale Saint-Dimitri-sur-le-sang-versé qui rappelle l'assassinat du jeune prince, fils d'Ivan le Terrible par Boris Godounov ( selon la légende ), nous poursuivons notre route avec escales à Jaroslav dont les palais dominent la Volga, puis Goritsy. C'est là, dans les eaux de la Sheksna que, sur ordre du tsar, on noya la redoutable princessse Iefrossinia, celle que l'on voit grimacer d'épouvante dans le film  d'Eisenstein. Plus loin encore, ce sera l'incomparable ensemble du monastère de Saint-Cyrille-sur-le-lac-Blanc d'une beauté à couper le souffle, fortifié par le père de Pierre le Grand, le tsar Alexis, fondateur de la dynastie des Romanov. Mais une émotion plus forte encore nous attend quelques jours plus tard, en Carélie, sur l'une des cent îles du lac Onéga, devant la fabuleuse église en bois de Kiji et les trésors d'architecture paysanne transportés ici, parmi les herbes folles et les bosquets de lilas qui se hâtent de profiter du bref été, et que l'Unesco a placé sous sa haute protection.

 

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           Forteresse Saint-Pierre-Saint-Paul

 

Au terme de cette navigation, on aborde Saint-Pétersbourg, la ville miracle, tapisserie de méditation et de songe, ville intemporelle où les personnages de fiction apparaissent tout aussi réels que les poètes qui les ont imaginés, capitale conçue par un homme génial, Pierre Ier, tsar bâtisseur qui lui a conféré l'unité de son style et la magnificence de son urbanisme. Car, ici, tout a été pensé. Descendre dans le jour qui s'éternise la Néva bordée par ses innombrables palais, la succession de ses académies et de ses églises et, le lendemain, découvrir avec émerveillement le somptueux diadème des résidences d'été impériales qui ont noms Tsarskoïe Selo, Pavlovsk et Peterhof, où la forteresse de Saint-Pierre-Saint-Paul devenue la nécropole des Romanov, dont la flèche d'or s'élance dans le ciel couronnée par un ange - restera un souvenir inoubliable. Et plus particulièrement de l'avoir visitée lors des nuits blanches qu'Alexandre Dumas sut si bien décrire et qui prêtent à la ville, pour quelques semaines, une pâleur lunaire et un climat onirique unique au monde :

" Figurez-vous une atmosphère gris-perle, irisée d'opale, qui n'est ni celle de l'aube ni celle du crépuscule, une lumière pâle sans être maladive, éclairant les objets de tous les côtés à la fois. Nulle part une ombre portée. Des ténèbres transparentes, qui ne sont pas la nuit, qui sont seulement l'absence du jour ; des ténèbres à travers lesquelles on distingue tous les objets à une lieue à la ronde ; une éclipse de soleil sans le trouble et le malaise qu'une éclipse jette dans toute la nature ; un calme qui vous rafraîchit l'âme, une quiétude qui vous dilate le coeur, un silence pendant lequel on écoute toujours si l'on n'entendra pas tout à coup le chant des anges ou la voix de Dieu ! Aimer pendant de pareilles nuits, ce serait aimer deux fois. "

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

autres articles concernant mon voyage en Russie :

 

Saint-Pétersbourg ou le songe de Pierre

 

La Russie au fil de l'eau, de Moscou à Saint-Pétersbourg

 

Pavlovsk ou le sourire d'une nuit d'été

 

Tsarskoïe Selo ou la splendeur impériale

 

Peterhof ou la maison de Pierre

 

Et pour consulter la liste des articles de la rubrique CULTURE, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

Liste des articles de la rubrique CULTURE

 

800px-Kischi_Panorama.jpg  île Kiji 

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans ESPRIT des LIEUX
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commentaires

Kentia 12/09/2014 08:36

Rien n'est plus merveilleux qu'un voyage à deux et surtout que l'on visite un beau pays qui présente de la bonne culture et plusieurs villes touristiques. Kentia
www.russieautrement.com

Thérèse 23/07/2014 20:37

C'est si bien évoqué qu'on s'y croirait. Vraiment un beau voyage. Je suis trop âgée pour le faire mais j'imagine que cela doit être merveilleux.

Dominique 09/02/2014 12:28

un rêve que je caresse depuis des lustres

armelle 02/07/2013 11:10

Oui, Thom, un voyage inoubliable qui allie l'enthousiasme des découvertes à la profonde méditation qu'inspire le rythme du voyage par voie d'eau.

Thom 01/07/2013 12:24

Un beau voyage dans l'histoire de ce pays que je trouve juste incroyable! dommage que la langue soit si compliquée! ;) en tout cas, un article très instructif, merci beaucoup!

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Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

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La vie doit être vécue en regardant vers l'avenir, mais elle ne peut être comprise qu'en se tournant vers le passé.

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