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22 mars 2012 4 22 /03 /mars /2012 09:12

1286212276_p1070471__wince_.jpg     Tunis

 

Le printemps arabe, c'est elle qui l'avait initié. Depuis lors, le tourisme s'est réduit de moitié et c'est dommage. Pour les Tunisiens d'abord, pour les touristes ensuite qui se privent d'un voyage ou d'un séjour magnifique. Alors reprenons vite l'avion pour ce pays de longue culture où le soleil est présent les trois-quart de l'année et la population si accueillante.



De par sa situation géographique qui, au sud, lui ouvre les portes de l'Afrique et, au nord, celles de la Méditerranée et de l'Europe, la Tunisie a été de tout temps un lieu de passage où se croisèrent les populations nomades, semi-nomades et sédentaires, un carrefour commercial privilégié et, par voie de conséquence, un pays offert aux convoitises des conquérants et des envahisseurs. Elle, qui vit naître et mourir presque toutes les civilisations, est une terre plurielle qui ne dévoile ses mille facettes qu'à ceux qui prennent la peine de s'y attarder, depuis Tunis et son admirable baie portant le sceau de ses occupants successifs, aux steppes de la Tunisie centrale et aux ksour perchés des villages berbères jusqu'aux oasis de sud et à la blonde étendue des sables. D'une rive à l'autre, du désert à la méditerranée, elle ne cesse de surprendre le voyageur tant par l'aridité de certains de ses paysages que par ses hectares d'oliveraies, l'efflorescence de ses vergers où poussent vignes, orangers, citronniers et ses chemins ombragés qui embaument le jasmin, le mimosa et la rose, que par la richesse architecturale de ses villes et son désert ponctué d'oasis et de palmeraies, îlots de verdure et de fraîcheur.


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                                          la grande mosquée de Kairouan


C'est de Tozeur et de Nefta, cerclés par leur milliers de palmiers-dattiers, que partent les méharées et autres randonnées qui donnent aux amoureux du désert l'illusion d'avoir touché du regard ce qui fut jadis le royaume minéral des Berbères et les pistes qui acheminaient vers le centre de l'Afrique les caravanes des Bédouins ou les tribus nomades qui, depuis le milieu du XXe siècle, se sont peu à peu sédentarisées. C'est à Nefta et à la bordure du chapelet d'oasis de la région de Douz que l'on découvre les premières dunes, celles d'un univers que les " seigneurs de grande tente ", pastoraux par vocation, empruntaient pour leur voyage au long cours, à dos de dromadaires, selon le cycle immuable des saisons.
Mais, pour lors, mon récent séjour ne m'a pas menée jusqu'aux terres ocres du Dahar et aux villages troglodytiques du Matmata, mais m'a permis de sillonner le cap Bon, ce jardin odorant, et de revoir Tunis et Sidi Bou Saïd, de visiter Kairouan et El Jem où se trouve le plus grand amphithéâtre romain d'Afrique, ainsi que les vieux villages berbères et, surtout, de flâner à nouveau dans Carthage, la cité d'Elyssa-Didon qui vit se succéder les Phéniciens, les Romains, les Vandales, les Byzantins, les Arabo-musulmans, les Croisés, les Espagnols, les Turcs, les Français, fut reine des mers sous Hannibal, capitale de l'Africa pro-consulaire sous Auguste, byzantine avec Bélissaire, puis conquise par les Arabes, et dont je parle longuement dans mon dernier roman " Les signes Pourpres " ( pour prendre connaissance de sa présentation, cliquer  ICI  ).


Rappelons-nous que Carthage fit trembler et pâlir d'envie les pays qui bordent la Méditerranée et que, vieille de trois millénaires et d'une épopée prestigieuse, elle demeure, à l'égal de la Rome antique, une ville éternelle.

Le sol est aujourd'hui encore marqué des strates qui relatent l'histoire des hommes, leurs combats, leurs victoires, leurs craintes, leurs audaces, leurs croyances, leurs errements, leurs défaites. Ainsi la colline de Byrsa, mot phénicien qui signifie " lieu fortifié", était-elle couronnée à l'époque punique par le temple du dieu Eshmoun, à l'époque romaine par un monument dédié à la triade Jupiter-Junon-Minerve, au temps de saint Augustin par une mosaïque figurant des monstres sans tête et sans membre dont il parle dans ses écrits. "Ainsi se succédèrent les sanctuaires, tantôt religieux, tantôt païens,comme si le monde ne cessait d'osciller entre ces deux pôles, de s'user entre l'espérance et le désespoir, la foi et le doute, la grandeur et la misère, le durable et l'éphémère". *
Quand vient le soir, que le passé et le présent s'endorment dans un même crépuscule, il fait bon s'attarder sur l'esplanade, où s'élève l'ancienne cathédrale Saint Louis inaugurée en 1890 par le cardinal Lavigerie qui rêvait de ressusciter l'archevêché glorieux de Saint Cyprien, et de contempler la baie de Tunis, délimitée d'un trait de fusain par des collines sombres avec, en contre-bas, les impressionnants thermes d'Antonin décrits par Pline l'Ancien et, par plans successifs, étagées au-dessus de la mer, les villas cubiques blanchies par vingt couches de lait de chaux qui se sont édifiées sur les ruines des précédentes.


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           El Jem : l'amphithéâtre romain


Après Carthage, Sidi Bou Saïd, balcon idéal posé sur le jebel Manar, compose avec ses palais, ses résidences d'été, ses terrasses, ses patios ombreux, le plus joli tableau et propose le plus fastueux belvédère qui soit. Aussi ce village ne peut-il manquer de séduire le promeneur par la grâce de ses façades immaculées, enrichies par des portes à ferrures et des fenêtres à moucharabieh, paradis bleu et blanc, symphonie parfaite d'architectures arabe et andalouse, qui vit séjourner des peintres comme Paul Klee, des écrivains comme Flaubert, Gide, Colette, Simone de Beauvoir. Tous furent envoûtés par l'alchimie magique des couleurs : le blanc aveuglant des murs et le bleu des portes et fenêtres, tandis que coure dans les ruelles étroites l'entêtant parfum de jasmin, que cascadent les flamboyants bougainvilliers et, qu'au loin, un soleil pourpre embrase le golfe de Tunis. 

 

 

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                Le village de Sidi Bou Saïd

 

 

Quant aux villes, elles retiennent l'attention par la beauté de leurs mosquées que signale le minaret, espace de sobriété que des éléments décoratifs se plaisent à enjoliver : répétition infinie de l'arc des nefs comme une prière inlassablement psalmodiée, décoration du mihrab, ornementation des coupoles, enfin du minbar, chaire où l'imam prononce son prêche du vendredi, et n'oublions pas les tapis qui, en tous lieux, rappellent le savoir-faire ancestral des artisans tunisiens. A la mosquée, il faut associer la médina qui désigne la vieille ville ou ville traditionnelle, lieu d'échange, de rencontre, de commerce, dont la plus ancienne et célèbre n'est autre que celle de Tunis, coeur et âme de la capitale. Impossible de ne pas s'attarder dans les divers souks, celui des parfumeurs ( le plus ancien - il remonte au XIIe siècle ) qui embaume les essences de citron, de jasmin, de rose, d'ambre et de musc, ceux des orfèvres et des étoffes où la vie est perpétuellement animée et où se succèdent une multitudes d'échoppes, d'étals et de boutiques, certaines offrant des articles très intéressants à des prix raisonnables. Comment ne pas céder à l'envie de rapporter des huiles si délicatement parfumées ou des bijoux fantaisie joliment travaillés ? Le musée du Bardo étant fermé pour travaux, nous nous rabattons sur les palais avec leurs portes monumentales et leurs rafraîchissants patios qui évoquent les splendeurs d'antan.


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                      Sidi Bou Saïd                                    

 

Et comment ne pas être surpris par l'activité intense de cette capitale en pleine expansion qui  a su tirer parti des délocalisations européennes et entrer avec panache dans la catégorie des pays émergents ? Commerçante dans l'âme, la Tunisie s'est adaptée à l'économie de marché  et pratique un réformisme progressif, privilégiant les évolutions aux révolutions. Le tourisme arrive en bonne position ( 3e du PIB ) et les hôtels ( 4 et 5 étoiles ) ne vous décevront pas, d'autant que le service est des plus attentif et aimable. Les 3 étoiles peuvent être tout à fait corrects mais plus anciens, parfois un peu vieillots. La Tunisie est particulièrement agréable à parcourir, ne serait-ce que pour les raisons suivantes : on y parle le français, le réseau routier tunisien offre 19 000 km de routes asphaltées, la signalisation est bilingue arabe/française, on y mange fort bien et bio, les prix sont attractifs et, du nord au sud, vous jouirez de paysages divers et captivants et de sites archéologiques d'un très grand intérêt. Ayant conservé les mêmes frontières depuis 28 siècles, le pays présente une belle homogénéité, d'autant qu'il a su digérer les populations venues d'ailleurs et que la religion islamique, très pratiquée, est un formidable ciment. Le patriotisme est également un autre élément fédérateur: Chaque matin, dans les lycées, les élèves assistent au lever des couleurs en chantant l'hymne national. Mais le pays ne s'est pas moins ouvert à la modernité. Ici la polygamie est interdite, les jeunes filles ont accès aux universités et facultés et bénéficient d'une liberté dont elles n'abusent pas. Il n'est pas rare de voir dans les rues, bras dessus, bras dessous, des étudiantes avec le foulard et d'autres avec le jean, parfois la mini-jupe. Mais, dans l'ensemble, les jeunes filles sont discrètes, peu provocantes. Ce qui frappe en Tunisie, c'est l'harmonie. La drogue étant vivement réprimée ( 1 an de prison ferme pour celui qui en use, 7 ans pour celui qui en vend ), la jeunesse est protégée de la grande délinquance. Mais nos délinquants, ils sont chez vous - m'a dit une jeune guide avec un sourire - car, chez nous, ils seraient derrière les barreaux...

Quand partir ? En avril et mai pour voir le pays en fleurs, ou en septembre et octobre, lorsque les chaleurs sont moins lourdes et la mer encore chaude. Où séjourner : à Tunis, Hammamet nord, Sousse, Mahdia, Tabarka, Tozeur, Djerba. Pour les achats, mieux vaut s'adresser aux boutiques d'état aux prix imposés, surtout si l'on n'aime guère marchander. Ainsi pas de surprise désagréable et des prix toujours avantageux. La qualité de l'artisanat est telle que l'on peut se laisser tenter par les tapis de Kairouan, les poteries de Nabeul, les bijoux de Mahdia et Djerba, les mosaïques d' El Jem et les cuirs et parfums dans la médina de Tunis. 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE  ( septembre 2010 )

 

 

* Les signes pourpres  :  Ed. Atelier Fol'fer

 

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