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7 avril 2014 1 07 /04 /avril /2014 08:07

 

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Je voudrais partager avec vous ce petit texte écrit par un jeune auteur contemporain qui fait partie de ces écrivains qui possèdent la langue et la font vivre avec bonheur mais n’obtiennent pas en retour la reconnaissance qu’ils méritent auprès de ceux qui  sont chargés de promouvoir la littérature.

 

 

Grand absent

Laurent Graff (1968 - ….)

 

 

Une suite de textes sobres, dépouillés, minimalistes, construits avec des phrases courtes, parfois très courtes, une prose contemporaine qui décrit un monde qui pourrait se situer entre la décadence que nous connaissons actuellement et le grand cataclysme volodinien, celui qu’il décrit notamment sous la plume de Lutz Bassmann. Un monde totalement « virtualisé », une société technocratisée, une organisation sociale absurde qui ne repose sur aucun objectif et qui ne prend jamais en considération, celui qui est toujours absent, « Le Grand Absent », l’homme en tant qu’être humain, qu’animal doté de l’intelligence et de la sensibilité. Cet « absent » que Laurent Graff dépeint sous les traits d’un robot, d’un père trop inexistant pour apporter une réponse, d’individus vidés de toute volonté, asservis, esclaves de procédures mécaniques. Le récit ne comporte aucun dialogue, l’être est seul pour exécuter machinalement la vie qu’on lui a assignée.

 

Un texte totalement désespéré même s’il peut paraître guilleret, léger et ironique. « Quand on quitte. Il y a peut-être un avant. Pas d’ailleurs, on le sait. Peut-être un point de départ. Une origine. Un carrefour, un embranchement. On en rêve comme d’un pays ». Le « Grand Absent » a gommé le futur, l’individu qui n’est plus l’humain, a accepté définitivement la domination de la technique et de la technocratie, …. Une extrapolation, peut-être pas si outrancière, qu’il peut le paraître, de notre monde actuel et de son évolution qui voit le sens de l’existence, le bon sens, la raison d’être, le but, l’objectif, s’effilocher devant la méthode, l’optimisation et tout ce qui concourt à un meilleur rendement. « Les choses sont définies par une nature et par une fonction. Les remettre en question par une attitude contrevenante est dommageable pour la cohésion générale ».


On peut aussi lire ce petit recueil de textes comme un pamphlet destiné à tous ceux qui ont perdu la force de se rebeller, de se rebiffer, d’exister par et pour eux-mêmes, à ceux qui ont abandonné  leur liberté individuelle, leur liberté de penser, leur imagination, leur différence. « Aujourd’hui tous les poètes utilisent une boîte à poésie. De manière générale, la création est devenue assistée ». Un clin d’œil à celles et  ceux qui écrivent mécaniquement sans trop se préoccuper du message qu’ils transmettent.


« Plusieurs hypothèses et autant d’histoires. On va dans la queue pour effacer tout ça. Les histoires. On attend et c’est tout. On n’attend rien. La queue c’est l’attente. On est dans l’attente. Dans l’attente de rien. Et c’est tout ». On va dans la queue pour attendre, pour attendre d’arriver dans un monde où l’homme ne serait plus nécessaire, là où il se dévêtit de toute humanité, là où l’être humain n’est plus, n’est plus que le « Grand Absent ».

 

 

Denis BILLAMBOZ

 

Pour consulter les listes de mes précédents articles, cliquer sur les liens ci-dessous :
 

Liste des articles "Les coups de coeur de Denis "

 

Liste des articles : LES VOYAGES LITTERAIRES DE DENIS

 

 


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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES COUPS de COEUR de DENIS
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commentaires

denis billamboz 08/04/2014 22:07

C'est un petit livre, très bien écrit, qui se lit vite mais qui fait réfléchir.

armelle 08/04/2014 10:34

Ta présentation, Denis, me donne envie de lire ce livre. Je pense que je ne serai pas la seule car tu le mets bien en valeur en disant l'essentiel. Sur le vide existentiel actuel qui touche
tragiquement la jeunesse.

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Différemment des notes et des couleurs qui touchent d'abord notre sensibilité, ils ont vocation à transmettre, informer, émouvoir, expliquer, séduire, irriter, formuler les idées, forger les concepts, instaurer le dialogue.
Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

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