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21 mai 2014 3 21 /05 /mai /2014 09:27
Le monde...proie d'une fatalité ou objet d'une espérance ?

 

 

Certains pensent que l’avenir est écrit d’avance. Les mythes les plus anciens et les cosmogonies définissaient déjà les phénomènes qui font que le monde est ce qu’il est. L’homme, depuis toujours, s’est interrogé sur le sens de la vie dans le souci de comprendre l’univers de ses semblables. Cosmos signifie ordre. D’où viennent cet ordre et cette harmonie où les choses et les événements apparaissent comme déterminés ? Dès la Grèce antique, les philosophes ont émis l’idée que la Création et le Créé avaient un destin. Chez Homère, les sentiments les plus importants étaient inspirés par les dieux, non par le héros, si bien que l’origine de ses actions se situait en-dehors de lui. Ces actions n’étaient donc pas le fait d’une vertu humaine particulière mais d’une grâce reçue de l’Olympe, de même que le poète était un vecteur inspiré par les muses. Avec Euripide, les hommes se libèrent des dieux. Ils organisent  leur vie, forgent leur destin, mais restent victimes de leurs passions. Quant aux stoïciens, ils acceptent avec fatalisme les épreuves de l’existence. C’est le "supporte et abstiens-toi" d’Epictète. Par la suite, les épicuriens s’opposeront à eux et élaboreront une théorie à l’opposé de la leur. Dans la Rome populaire du IIème siècle, le destin «  factum «  est lié à l’ordonnance des astres et selon Juvénal, poète latin de l’époque, les Romains avaient délaissé les dieux intelligents pour des dieux inférieurs, cédant à l’astrolâtrie et aux prédictions des augures pour le plus grand malheur de la cité.

 

Dans la religion juive, Dieu devient la Cause première qui détermine les causes secondes dans le sens du bien et du meilleur. L’Histoire suit un ordre où se déploie la Providence, mais le sens réel reste caché dans les profondeurs du divin. Dieu ayant orienté l’Histoire dans un sens ascendant. Des siècles plus tard, un philosophe comme Leibniz préférera une providence générale. Dieu, selon son hypothèse, se serait contenté de créer le monde sans pour autant s’investir dans les affaires humaines. Ainsi l’homme pouvait-il se considérer comme une créature libre. En lui offrant la volonté, Dieu l’élevait en quelque sorte au niveau d’une Cause. Il devenait la cause de son propre destin et détenait une part de la volonté divine. Même le péché pouvait alors être considéré comme une preuve de cette liberté. Leibniz envisageait trois sortes de maux, métaphysique ( le mal ), moral ( le péché ), physique ( la douleur ). Ils étaient la condition de biens inestimables et à l’origine de bienfaits nombreux. La Création divine se révélait conforme à la perfection de son Créateur, d’autant mieux que, dans cette perspective, le possible était antérieur au réel. En effet, deux choses peuvent être possibles sans être forcément compatibles. La perfection de Dieu se concrétise dans le choix de la meilleure combinaison et le mal métaphysique trouve ici une explication plausible : la création ne peut être parfaite puisqu’elle doit, avant tout, être conciliable ; raison pour laquelle les cataclysmes sont inévitables dans un univers en mouvement et Dieu tenu d’accepter les aléas, dans la mesure où ceux-ci sont liés à une création évolutive, en prise directe avec un bien supérieur.

 

Ce principe de causalité fut également à l’origine des Sciences. La tâche n’est-elle pas de dégager des lois de probabilité ? Si les phénomènes étaient sans causes, il n’y aurait pas de science possible. Le hasard, dans tout cela, serait tributaire de la multitude des causes. Descartes disait qu’on ne peut nier qu’une chose peut cesser d’être dans chaque moment de sa durée et que toute action porte le sceau de l’aléatoire. Cela n’empêchera nullement Kant de se méfier de la "raison pure" . Selon lui, il était vain de démonter l’existence de Dieu ; il suffisait, et même il importait seulement, d’y croire. D’après son analyse, le dogmatisme avait eu le triste mérite de susciter l’incroyance. Pascal, s’opposant à l’assurance cartésienne et à l’ivresse rationaliste, ne semble pas avoir pensé autrement. Quand, dans l’éblouissement de la nuit saisissante du 23 novembre 1654, il note " joye, joye et pleurs de joye" , il a compris que le lieu d’attente n’est nulle part ailleurs qu’en soi. La tension qui l’habite ne le quittera plus ; il est entré, à la suite de quelques autres mystiques, dans l’orbite du regard insoutenable et se tend vers Dieu dans une sorte d’effort musculaire de toute l’âme, prouvant qu’il s’agit là d’une expérience exceptionnelle qui bouscule les hypothèses envisagées jusqu’alors par l’homme, ce roseau pensant. A la question du scientifique : «  Existe-t-il une vérité en-dehors de la science ? «  - s’élève, comme en contrepoint, celle du croyant : «  Existe-t-il une vérité en-dehors de Dieu ? »

 

Blaise Pascal a quitté le rivage philosophique pour s’engager sur la voie de la certitude intime, parce que la Rencontre a été si bouleversante qu’elle a provoqué l’immédiat consentement à un Dieu qui sait se rendre sensible au cœur. Sans effacer l’œuvre d’Epictète qui décrivait la liberté de l’homme comme une conquête de sa volonté et de sa raison, Pascal ajoute une dimension supplémentaire. En effet, le philosophe pensait que si le mal n’était qu'une opinion, si le bonheur dépendait de notre volonté, alors certes l’homme pouvait assurer son propre salut. Mais ce serait faire bon compte de la chute et de ses conséquences. Voilà pourquoi le Christianisme oblitère sans le défigurer l’héritage des anciens. Platon est revisité par Paul de Tarse et Jean l’Evangéliste et le salut de l’homme remis entre les mains de Dieu.

 

Or, l’état de chaos, le nihilisme dans lesquels notre civilisation européenne s’abîme depuis quelques décennies, et dont on retrouve l’écho halluciné dans l’art contemporain, ne sont pas seulement le résultat d’un enchaînement de hasards et de catastrophes historiques ; plutôt un besoin irrépressible de défigurer au lieu de transfigurer, de détruire sans reconstruire, alors que la modernité bien comprise devrait sous-entendre un effort d’adaptation, de recréation, de renouvellement. En quelque sorte apprendre sans désapprendre. Quand l’homme devient le seul avenir de l’homme, nul doute que l’horizon, soudain trop proche, ne change le monde en une cage étroite où l’humain, devenu son propre otage, voit le mystère de la personne s’expliquer par la libido et l’espérance se contenter d’assurer une descendance.

 

Mais est-ce que le nihilisme est en mesure de changer la nature de l’homme ? Un historien comme Mircea Eliade n’a pas craint d’affirmer que les hommes, quelles que soient leurs origines et leurs cultures, ne pouvaient vivre longtemps dans le chaos et le néant. Un monde privé de transcendance est fatalement sans avenir et aucune civilisation ne s’est jamais conçue sans établir un rapport avec elle. A l’exception de deux expériences terrifiantes, ayant eu lieu toutes deux dans le courant du XXe siècle – le communisme et le nazisme – et dont on sait ce qu’il advint. Car, avant même d’être un homo habilis, l’homme est un homo religiosus. Il n’en est pas moins vrai que croire en un Dieu qui est dans une telle inquiétude de l’homme qu’Il s’incarne pour épouser sa condition et ressuscite pour l’inviter à partager la Sienne, même dans un esprit de recherche et d’ouverture relève d’une certitude intime, d’un acquiescement intérieur, d’une intuition spirituelle que tout un chacun ne sait, ne veut, ne peut éprouver. Ce n’est que dans la Foi que l’on peut reconnaître le Christ et toute autre manifestation de Dieu. Les théologiens en conviennent. Bien entendu, il ne s’agit pas de craindre l’intelligence et de renoncer aux exigences de la raison, mais sans leur prêter le pouvoir d’être une assise pour notre foi. Pour rendre compte de ce qui est révélé, il est nécessaire d’expliquer la foi…par la foi, d’accepter que Dieu ne soit pas uniquement Raison, car s’il n’était que cela, aurait-il fait l’homme tel qu’il est et aurait-Il seulement désiré le créer ?  En effet, ce n’est pas la raison qui engendre l’amour et l’amour est présent dans l’univers à toutes les étapes de la création, alors ? Alors, pourquoi serait-il invraisemblable d’envisager que le Créateur ait pu créer le monde tout ensemble selon le rationnel, le subordonné, l’imaginaire et l’insaisissable :

En scientifique en lui donnant un ordre ;

En philosophe en lui donnant un sens ;

En poète en lui donnant la beauté ;

En théologien en lui assurant la rédemption ;

ouvrant ainsi devant sa créature interrogeante ces quatre voies de la Connaissance ? Si celle-ci se refuse à cette diversité des dons de l’esprit ou si elle privilégie à tort l’un plutôt que l’autre, elle s’appauvrit, voire elle se mutile et se refuse à être l’interlocutrice privilégiée de l'Eternel.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES QUESTIONS QUE L'ON SE POSE
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Marcel Lommier 24/05/2014 10:16

Pas simple de préciser aussi clairement ce qui relève de la foi et ce qui relève de la raison et de montrer que les frontières ne sont pas, comme beaucoup le croient, totalement étanches. Il faut
une part de raison pour croire et une part de foi pour s'en référer à la raison dans la plupart des cas. Votre article a le mérite de distinguer ce qui revient à chacune d'elles, si bien que, à mon
humble avis, la conclusion est qu'il faut plus de raison pour avoir la foi et peut-être plus de foi pour tenter d'avoir raison.
Merci de cet intéressant article.

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