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26 août 2013 1 26 /08 /août /2013 08:34

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Vous avez certainement constaté que j’ai un petit faible pour la littérature caribéenne, le roman de Gary Victor que je vous propose aujourd’hui est encore une belle occasion de vous prouver mon intérêt et mon penchant pour cette littérature. Un beau et grand roman qui raconte la misère et la fatalité qui accablent Haïti, une moitié d’île entre la mer et le soleil, qui semble plutôt être destinée à connaître le bonheur et la joie de vivre… et pourtant les dieux s’acharnent sur ses miséreux qui se conteraient du soleil, de la musique et de presque rien d’autre.
 

Le sang et la mer

Gary Victor (1958 - ….)
 

A la frontière du roman réaliste, de la tragédie antique et de la légende mythologique, dans un syncrétisme mal défini entre l’obscurantisme religieux et le vaudou renvoyant aux croyances ancestrales, Gary Victor a écrit, au féminin, un roman sur la misère, la crasse, la putréfaction, l’absence totale d’hygiène, la pauvreté, le dénuement absolu, l’inculture, la prostitution, la corruption, la spoliation, la violence, tout ce qui fait actuellement de Port-au-Prince la capitale du premier pays noir à avoir obtenu son indépendance. Une histoire de sexe, fruit béni de l’innocence, seule monnaie d’échange pour cette jeunesse totalement démunie, une histoire de sexe sordide, une histoire de sexe pleine de tendresse, une histoire de sexe débordante de sensualité. Mais, à mon avis, il a d’abord écrit une épopée mythologique dans laquelle la belle déesse noire, courtisée par tous les dieux du pays, est victime de la beauté à laquelle elle n’a pas droit ; mais son frère, tel Poséidon maître des flots vengeurs, détient la puissance des océans capable de venger la déesse outragée. « Que la mer était mon souffle et que mon souffle était la mer, petite sœur ». Une parabole qui pourrait s’adresser au peuple noir, héritier légitime de ce sol qui devrait lessiver le pays en un gra


Dans un bidonville de Port-au-Prince, Hérodiane, belle indigène à la peau d’ébène, se vide de son sang après un avortement qui a mal tourné. Elle attend,  sans trop y croire, son petit ami aux yeux bleus et à la peau presque blanche que son frère est allé chercher car ils n’ont pas le moindre sou pour payer un médecin, appeler un taxi, ou transporter la jeune fille dans un centre de soin. Le frère a promis à la mère, sur son lit de mort, qu’il veillerait sur sa sœur et il ne veut surtout pas renier son serment. En attendant son sauveur, la fille attend la mort qu’elle sent de plus en plus l’emporter, en se remémorant leur parcours depuis leur arrivée dans la ville après la mort de leurs parents.


Ces deux jeunes gens, nés dans un village de la côte, ont échoué dans ce bidonville accroché à une paroi abrupte de la capitale, après que le père est décédé d’un malaise suite à la spoliation de son lopin par un sénateur véreux et que la mère, rongée par la tuberculose, l’ait suivi dans la tombe. Le frère débrouillard, pour tenir son serment et soustraire sa sœur si belle à la prostitution, lui paie des études avec son petit commerce mais surtout grâce à ses relations. Si Hérodiane échappe au commerce de ses charmes, le commerce qui est souvent la seule solution possible pour les filles, et parfois les garçons, de subsister sur cette moitié d’île maudite, elle ne se dérobera pas à l’amour d’un fils de bonne famille qui lui donnera du plaisir mais ne pourra jamais lui offrir un avenir, simplement parce qu’elle n’appartient pas à la bonne caste et qu’elle n’est même pas de la bonne couleur.


L’écriture de Gary Victor est d’une grande empathie, elle prend le lecteur par la main et l’emmène dans son monde avec douceur et tendresse même si la violence, le cynisme, la douleur et même la cruauté constituent le  quotidien des héros de ce texte. On a parfois l’impression que l’auteur charge un peu trop la barque de ces deux jeunes innocents mais l’histoire nous montre qu’en Haïti, le malheur est toujours plus lourd que ce que l’on peut imaginer. On a l’impression d’évoluer dans la misère la plus crasse, la plus sordide, dans un océan de corruption et de violence et que le pouvoir, loin de chercher des solutions à ces maux calamiteux, ne pense qu’à s’enrichir en organisant la misère pour en tirer profit. « Nous plantons de la misère, nous cultivons de la misère et nous récoltons de l’or. »


Cependant, n’oublions pas qu’avant d’être le maître des flots, Poséidon était le détenteur des forces telluriques et qu’il avait la fâcheuse habitude de secouer la terre pour passer ses colères.
 

Denis BILLAMBOZ

 

Pour prendre connaissance de mes articles précédents, cliquez sur les liens ci-dessous :

 

Liste des articles "Les coups de coeur de Denis "


Liste des articles : LES VOYAGES LITTERAIRES DE DENIS

 

Et pour consulter l'article, lu par plus de 26000 personnes sur EspritsLibres, qu'Armelle a consacré à  l'histoire d'Haïti, cliquez sur son titre :


Haïti, un destin singulier

 

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES COUPS de COEUR de DENIS
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commentaires

"Denis.Billamboz 27/08/2013 15:09

Missycornish, si tu as l'occasion ne rate pas ce roman, il n'est pas très largement diffusé, hélas pour les lecteurs, mais c'est une pépite, un des meilleurs que l'ai lus en provenance d'Haïti et
pourtant j'en déjà lus quelques-uns.

Missycornish 26/08/2013 11:13

Ce roman à l'air bien sombre, je ne connais pas du tout l'auteur mais je m'intéresse à Haïti. Je savais que la prostitution était courante là-bas. Je garde en tête le titre du roman.

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