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30 décembre 2013 1 30 /12 /décembre /2013 09:01

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Encore un livre magnifique édité, réédité en l’occurrence puisque ce livre a été publié initialement en Grande-Bretagne, par cette grande et pourtant si petite maison d’édition : « Quidam Editeur ». Son propriétaire déniche toujours des textes originaux d’une grande exigence qu’il a trop de difficulté à vendre. Si vous aimez la vraie littérature, la littérature exigeante, fouinez dans son catalogue et commencez votre découverte par ce livre qui mérite bien une lecture.

 

                                                          Le son de ma voix

                                           de  Ron Butlin (1949 - ….)

 

Avec ce texte écrit à la deuxième personne, ce qui établit une plus grande proximité entre le narrateur et le héros tout en laissant suffisamment de recul au premier pour jauger le second sans qu’il se mette à sa place, Ron Butlin évoque le problème de la dépendance alcoolique, non pas du point de vue de celui qui constate et accuse mais du point de vue de celui qui vit ce drame, celui qui doit composer chaque jour avec son poison, celui qui doit trouver la juste dose pour exister sans sombrer.

A 34 ans, le héros, un des principaux cadres-dirigeants d’une biscuiterie, est fortement alcoolisé, il s’en rend compte, il connait bien son problème mais il est pris dans l’engrenage de l’addiction et ni ne sait, ni ne peut sortir de l’impasse dans laquelle il s’est fourré. Il se souvient de ses angoisses d’enfant, ses angoisses devant le monde immense, réduit, loin, près, toutes ces distances qui le troublaient. Il se souvient, quand il était jeune, qu’il faisait quatre fêtes par nuit chaque vendredi et chaque samedi, il a ainsi pris l’habitude de boire, de boire beaucoup, beaucoup trop, de boire déraisonnablement. « D’autres allaient aux fêtes et se soûlaient, tu te soûlais et allais aux fêtes ». C’est lors de l’une de celles-ci qu’il apprit le décès de son père qui ne l’aimait pas beaucoup et, qu’en retour, lui n’aimait pas davantage. Il a alors tenté d’enfoncer sa douleur au fond du ventre d’une fille qu’il avait rencontrée au cours de la nuit, comme pour noyer cette douleur, la faire disparaître. Mais la fille a refusé en le suppliant et il entend encore le son de sa voix.

Désormais, il est un directeur respecté, voire brillant selon certains, mais il ne peut pas être lui-même sans avoir bu sa dose. Pour lui l’alcool n’est pas un problème mais une solution, « la solution qui dissout toutes les parties séparées en une seule. Un solvant universel. Un océan ». Mais il supporte de moins en moins la pitié qu’il lit dans le regard de sa femme, le regard muet de ses enfants, les accusations, la condescendance de ses subalternes, la comédie qu’il joue en permanence pour paraître normal, à jeun, la plongée dans le monde qu’il a bâti pour y loger son délire éthylique, ses hallucinations, et ce monde qui se déforme sans cesse autour de lui. Il arrive de moins en moins à résoudre la terrible adéquation qui consiste à boire assez pour exister et travailler, sans boire trop au risque de sombrer corps et âme devant les siens.

Ron Butlin a  su reconstituer avec  compréhension et délicatesse, ne sombrant jamais dans les clichés grotesques de l’ivrognerie, le monde que le héros crée pour faire accepter son addiction par les autres, mais aussi par lui-même. Il se livre à une analyse d’une grande finesse, jusque dans les moindres détails, il n’est pas l’accusateur, il est l’alcoolique totalement dépendant qui voudrait sortir de la nasse mais n’en trouve pas l’issue et joue la comédie, se joue aussi la comédie, pour faire croire qu’il n’est pas différent des autres, qu’il est seulement quelqu’un de très sensible, très sensible à la musique classique notamment.

Son style glisse le lecteur dans la peau du dépendant, le faisant progresser d’un espace de lucidité à une autre espace de lucidité, avant de revenir en arrière pour évoquer ces autres espaces plus obscurs que le héros n’a découverts ou compris qu’après coup. Le récit avance ainsi par bond, recollant à chaque étape les morceaux de la vie du héros qui s’assemblent de moins en moins bien au fur et à mesure de la dégradation de son état, donnant ainsi au texte un rythme qui soutient l’attention du lecteur.

Après lecture de ce texte, nous pourrions suivre Irvine Welsh quand il écrit dans sa préface : « Si vous demandez à n’importe quel étudiant en littérature celtique de citer une œuvre de fiction, écrite en Ecosse lors de ces vingt dernières années, la liste est plutôt prévisible… Mais il y a un livre que peu de gens mentionneront, c’est un roman écrit par un poète écossais, Ron Butlin, et intitulé le Son de ma voix… A mon avis ce livre est un des romans majeurs de la Grande-Bretagne des années 1980… ».

 

Denis BILLAMBOZ

 

Pour consulter les listes de mes précédents articles, cliquer sur les liens ci-dessous :

 

Liste des articles "Les coups de coeur de Denis "

 

Liste des articles : LES VOYAGES LITTERAIRES DE DENIS

 

 

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES COUPS de COEUR de DENIS
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commentaires

"Denis.Billamboz 04/01/2014 17:53

Merci Maxime, je suis très flatté de l'intérêt que vous portez à mes publications mais aussi un peu inquiet de risquer de vous décevoir.J'espère que vous prenez autant de plaisir que moi dans ces
lectures.

Merci pour vos voeux et à mon tour je vous souhaite une très belle année 2014 pleine de très belles lectures

Maxime 03/01/2014 13:44

Bonne année et bonnes lectures Denis pour 2014. Il m'arrive très souvent de suivre vos suggestions de lecture toujours éclectiques.

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