Jeudi 9 février 2012 4 09 /02 /Fév /2012 08:51

 

 


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Cette semaine, foin de l'actualité culturelle, mon humeur sera consacrée à la nostalgie. Eh oui ! il y a des circonstances qui rendent plus tangible la temporalité des choses et nous reconduisent vers un passé qui apparaît souvent meilleur que le présent. Passer de 126 m2 à 80 m'a obligée à me désencombrer. Me voilà désormais  circonscrite dans un espace plus réduit qui m'oblige à de nécessaires aménagements et me contraint à des choix. Car entre ce qu'il est indispensable de conserver et sage de sacrifier, comment faire la juste part ? L'adieu aux choses s'auréole volontiers d'une mélancolie passagère dont je guérirai, parce que j'aime assez cette idée d'allégement, façon d'aborder l'avenir avec le moins de bagage possible. S'alléger, se délester, me conviennent. Il y eut une époque où je me disais que j'aurais pu vivre à l'hôtel, être ainsi de passage comme quelqu'un en transit entre plusieurs destinations. Mais cela n'était pas possible dès lors que je fondais une famille, souhaitais des enfants. Il  y a donc eu un havre plein de rires et de projets, un lieu d'accostage où il a fait si bon vivre ensemble. Puis les enfants sont partis. C'était normal : nous leur avions appris à nous quitter, afin de devenir adultes, autonomes à leur tour.

 

 

Et mon mari et moi nous sommes retrouvés nomades, dans une parenthèse flottante, prêts à recommencer une nouvelle vie, à envisager d'autres escales. L'eau a toujours été présente. Enfant, ce furent les rives de la Loire, le bord des Mauves ; jeune femme le lac d'Annecy avec ses courbes gracieuses, de toutes parts gaves, avens qui creusent plus profondément leur lit. Aujourd'hui, c'est la mer autour de moi et surtout devant moi, invitation permanente au voyage. Aussi est-il bon d'alléger la carène qui nous mènera un matin ou un soir au terme du périple.

 

C'est pourquoi je trie, jette, donne, classe archives, documents, lettres, photos, qui sont venus discrètement se ré-animer entre mes mains : amours défunts, visages saisis au hasard des jours, papiers jaunis qui parlent d'une actualité ensevelie dans le suaire du temps, sourires fugitifs, regards qui semblent prolonger l'interrogation. Pour mieux appréhender l'immensité de ces absences, j'y ai volontiers attardé ma pensée. Nostalgie de ce qui n'a jamais cessé de s'éloigner et de se perdre. Inquiétude face à la temporalité dans laquelle nous baignons, caravaniers des sables dont les traces s'effacent au fur et à mesure de nos pas et nous confinent à l'éphémère.

On ne lit rien à la surface des mots
mais feignons d'en deviner le sens.
Ce sera peut-être la dernière heure de la nuit.
Personne ne va au-devant de ceux qui s'éveillent.
A moins que l'enfant ne nous ait mis en sommeil
pour la vie ? Léogane, une demeure à la pointe d'une île blanche,
un lieu où descendre au fond de soi.
C'est un cérémonial dans lequel on entre,
un itinéraire commencé avant l'aube.
L'enfant nous guide d'un pas de sourcier.
Une cloche tinte. Elle nous rappelle que le temps
laisse en nous l'empreinte de ses dents voraces.
Cherchons un lieu pour y établir notre gîte.
Le péril est au bout de cette longe qui nous tient attentifs.
N'allons pas au-delà du signe sur la pierre,
du tatouage sur la rive abordée.
A nos épaules, le temps pèse de tout son âge,
tandis qu'au loin se perçoit le murmure des orges et des blés.

  

                                                  ( extraits de " Le temps fragile" - Profil de la Nuit - )

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Par Armelle BARGUILLET - Publié dans : LES QUESTIONS QUE L'ON SE POSE - Communauté : La commune des philosophes
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