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27 octobre 2014 1 27 /10 /octobre /2014 09:24

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Vous l’avez sans doute déjà remarqué, Italo Calvino fait partie de mes auteurs favoris, je n’hésite donc pas à vous proposer cette chronique d’une nouvelle lecture d’une œuvre de cet écrivain. Un texte plein de sagesse et d’intelligence qui devrait nous faire réfléchir.
 

 

                                   Le vicomte pourfendu

                               Italo Calvino (1923 – 1985)

 

 

En guerroyant en Bohême aux côtés de l’empereur contre les Turcs, le vicomte de Terralba est victime d’une cruelle blessure qui le laisse coupé en deux parties à peu près égales : une partie maintenue en vie rentre sur ses terres en Italie, l’autre est laissée sur le champ de bataille, du moins le croit-on. La moitié de corps qui a regagné le château s’avère violente, cruelle et cynique comme si elle ne comportait que la méchanceté du personnage, alors que la partie bonne et dévouée est restée, avec la dépouille de l’autre moitié du vicomte, sur le champ de bataille. Car il est bien entendu que l’homme, selon Calvino, ne peut se composer que d’une partie de mal et une autre de bien. La moitié revenue au château profère :

« Si jamais tu deviens la moitié de toi-même… tu comprendras des choses qui dépassent l’intelligence courante des cerveaux entiers. Tu auras perdu la moitié de toi et du monde, mais ton autre moitié sera mille fois plus profonde et plus précieuse. Et toi aussi, tu voudras que tout soit pourfendu et déchiqueté à ton image parce que la beauté, la sagesse et la justice n’existent que quand tout est mis en pièce ».

 Alors que celle restée en dépouille pense que : «maintenant je sens une fraternité qu’avant, lorsque j’étais entier, je ne connaissais pas. Une fraternité qui me lie à toutes les mutilations, toutes les carences du monde. Si tu viens avec moi…, tu apprendras à souffrir des maux de tous et à soigner les tiens en soignant les leurs ». Mais séparés, le bien et le mal ne parviennent pas à  instaurer la paix et la justice.

 


Dans ce petit opuscule, Calvino nous propose un conte philosophique fantastique, burlesque, drôle, inventif, par lequel il tente de nous convaincre que le bien et le mal sont indissociables et que chacun a besoin de ces deux composantes pour être complet et vivre en harmonie au sein d’une société organisée. Car, si le bien et le mal s’opposent, la lutte sera sans fin, le bien devant recourir au mal pour vaincre son ennemi et imposer sa loi. Ce propos montre les limites de l’humanité devant les excès commis par ceux qui recourent systématiquement au mal pour imposer leur loi, car faire le bien, c’est déjà souvent faire le mal en éliminant ceux qui ont recours à la violence, à la cruauté, au vice, à la fourberie, … Avec ce texte écrit peu après la deuxième guerre mondiale, Italo Calvino semble nous inviter à veiller aux jugements que nous pourrions porter après les incroyables exactions commises au cours de ce conflit et peut-être même poser la question si difficile à formuler : fallait-il larguer la bombe finale pour vaincre le mal ? Et même aller plus loin encore : avons-nous vaincu le mal en lançant cette bombe ? Et finalement la violence peut-elle justifier le recours à la violence ?

 


Juste quelques lignes burlesques pour rire et amuser mais aussi formuler des questions douloureuses auxquelles il est tellement difficile d’apporter des réponses. Sachons mesure garder et considérer les limites des possibilités humaines. L’homme ne peut pas tout, il doit aussi apprendre à accepter.

 

Denis BILLAMBOZ

 

Pour consulter les listes de mes articles précédents, cliquer sur les liens ci-dessous :

 

Liste des articles "Les coups de coeur de Denis "

 

Liste des articles : LES VOYAGES LITTERAIRES DE DENIS

 

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES COUPS de COEUR de DENIS
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commentaires

Dominique 07/11/2014 11:44

j'aime ses romans mais mon préféré est vraiment Palomar

armelle 29/10/2014 13:57

C'est vrai Denis.

denis billamboz 28/10/2014 17:01

Comme tu le dis si bien Armelle, j'ajouterai qu'il y dans ce court texte surréaliste et fantastique une véritable interrogation sur la condition humaine qui ne peut qu'exister qu'avec sa part de
bien et sa part de mal.

armelle 28/10/2014 16:04

Oui, un livre qui interroge et déconcerte, empreint d'une forte influence surréaliste. Mélange d'humour, de cruauté, de manichéisme et de fantastique, cette lecture, sans convaincre totalement, ne
peut laisser le lecteur indifférent, ne serait-ce que par sa qualité littéraire et son originalité.

denis billamboz 28/10/2014 00:47

On me l'a prêté et j'en ai été ravi.

Belle lecture Tania en espérant te donner encore beaucoup envie de lire

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