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16 septembre 2013 1 16 /09 /septembre /2013 08:52

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Comme je sais que ce blog est fréquenté par des lecteurs férus de littérature, je n’hésite pas à vous proposer ce livre binaire que j’ai découvert par le plus grand des hasards. Un livre en noir et blanc qui démontre qu’on peut manger du pain blanc aussi bien au pays blanc qu’au pays noir.


Les couleurs de l’hirondelle

Marius Daniel Popescu (1963 - ….)


Un texte pointilliste, une suite de détails infimes en noir et blanc, aux couleurs de l’hirondelle, qui construit la vie de l’auteur et des siens entre son pays d’origine, celui du parti unique qu’il ne nomme jamais, et celui d’accueil sur les bords du Léman, au moment où il revient dans sa famille pour enterrer sa mère. Et, tout au long de la cérémonie, l’auteur revivra l’existence qu’il a menée au pays blanc de son enfance insouciante, au pays noir de la dictature, au pays blanc de l’accueil et de la liberté, au pays noir du racisme et du rejet. Il se souviendra, dans le désordre de sa mémoire, de l’école au pays blanc, des jeux virils avec les copains au pays blanc, de l’accouchement de sa femme au pays blanc, de l’école de sa fille au pays blanc, des jeux tyranniques avec sa fille au pays blanc,… , des combats contre les forces du pouvoir au pays noir, de l’impossibilité de secourir les nécessiteux au pays noir, …,  « Tu as deux pays et chacun de ses pays est à la fois « le pays d’ici » et le « pays de là-bas », le pays blanc et le pays noir.


Ce texte paraitra certainement un peu rébarbatif à certains mais, moi, je l’ai bien apprécié, il est composé de chapitres courts qui traitent de sujets presque toujours différents, certains passages racontent même deux histoires simultanément dans les mêmes phrases. Le talent de l’auteur fait en sorte que le lecteur ne s’égare jamais et parvient aisément à reconstruire un univers entre le pays du parti unique et le canton de Vaud qui correspond aux lieux où il a vécu avant d’être obligé de s’exiler et après la fuite hors de son pays. L’agglomération de détails infimes permet de reconstruire le parcours et la vie de ce migrant depuis son enfance jusqu’au moment où il écrit. Il y a du Herta Müller chez Popescu, cette même manière de reconstruire un tout en accumulant des détails minimes de façon apparemment éparse mais toujours judicieusement étudiée. Ainsi ce texte, qui apparait éclaté, reste toujours sur le fil rouge de l’histoire de son auteur.


Comme Herta Müller, Popescu laisse transparaître l’état pitoyable du pays du parti unique qui n’a fait aucun progrès après la révolution ; les têtes ont changé mais ceux qui gouvernent désormais doivent assumer leur histoire qui n’est pas forcément plus brillante que celle de ceux qu’ils ont chassés.


 

Cet ouvrage est aussi un vrai travail littéraire, l’auteur joue sur les consonances, les assonances, les homonymies, …, il le parsème  de jeux sur les lettres et la fabrication des mots : sur leur parenté, leur apparente affinité, leur musicalité...


Denis Billamboz

 

Pour prendre connaissance de mes précédents articles, cliquer sur les liens ci-dessous :


Liste des articles "Les coups de coeur de Denis "


Liste des articles : LES VOYAGES LITTERAIRES DE DENIS

 

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES COUPS de COEUR de DENIS
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commentaires

"Denis.Billamboz 18/09/2013 14:38

Merci Armelle pour cette très intéressante interview qui complète et éclaire ma lecture.J'ai bien aimé ce livre et je prends un réel plaisir à progresser dans la littérature contemporaine où se
cachent de très bons auteurs trop méconnus.

armelle 16/09/2013 13:45

N'ayant pas lu le livre, je ne peux faire part de mes impressions personnelles, mais j'ai pensé que nos visiteurs seraient intéressés, s'ils ont l'intention de se procurer l'ouvrage, de connaître
les intentions de l'auteur :

Le deuil est-il un point de départ?

Oui et non! Le livre Les Couleurs de l’hirondelle est la suite de La Symphonie du loup; je garde les mêmes personnages et j’ajoute de nouveaux « destins » présentés plus ou moins brièvement; la
mort du père ouvre La Symphonie du loup, la mort de la mère « commence » Les Couleurs de l’hirondelle; le deuil est présent dans les deux livres, le deuil « de l’instant » est présent sans arrêt,
le deuil d’une personne chère de la famille est un « départ » fort dans l’histoire qui suit à la fois des êtres et leur habitat: quartier, appartement, pays.



Est-ce le diable ou Dieu qui se cache dans les détails que vous aimez transcrire?

C’est le lecteur qui décide! je ne pense pas au diable et ni à Dieu, quand j’utilise la description, je veux seulement être fidèle à la réalité qui nous entoure, qui entoure mes personnages. Je
veux « faire sentir », « faire voir », « faire vibrer » le lecteur! C’est toujours le lecteur qui décide si le diable ou Dieu sont présents!



Est-ce que le détail de la vie, de la minutie de son récit constitue le seul moyen de donner à voir des mots conceptuels tels que Bonheur ou Tristesse? Le mot précis existe-t-il vraiment pour
vous?

Non, le détail et la minutie de son récit ne constitue pas le seul moyen de faire « voir » les sens des mots comme Bonheur ou Tristesse! Chaque écrivain a ses moyens, plus ou moins inédits, plus ou
moins originaux. Chez moi, il y a des descriptions qui « valsent » entre Bonheur et Tristesse, entre Joie et Absurde. Et le mot précis, il n’existe jamais, chaque mot est une « relativité »!



On pourrait considérer votre phrase comme répétitive ou ressassante, comme Péguy, comment construisez vous votre voix?

La répétition est une sorte d’incantation, les mots sont les mêmes ou presque les mêmes, mais ils disent autrement et autre chose par rapport aux sens qu’ils sont censés de transmettre.



Vous laissez la place au lecteur de travailler, de se faire traverser par le livre. Envisagez-vous le lecteur comme une voix supplémentaire dans le livre?

Oui, bien sûr, le lecteur est une voix unique, chaque lecteur est une voix unique et cette voix se plaque sur la « partition » que je lui propose. J’impose un « style dans le dire » et chaque
lecteur invente sa voix, sa lecture, son ton et son sens!



Vous semblez vous interroger sur la vérité des mots. Quelle est votre vérité sur vos mots?

Mes mots, tous les mots ne devraient pas exister!



Plier le concret à l’imagination du mot juste: est-ce une bonne définition de votre écriture?

Le concret nous échappe sans arrêt, les mots lui courent après…

Je m’approche le plus possible de chaque élément qui nous entoure, je sors en évidence ce que certains ignorent…

Je sacralise « le banal »…

Avez-vous l’impression d’offrir une voix nouvelle, un nouveau style à la littérature contemporaine?

Je n’offre pas une voix nouvelle, je crée, je travaille, je « rédige », j’invente des phrases, un style qui évite le plus possible de « réinventer la roue ». L’originalité est un critère très
important dans l’art, dans la littérature, cette originalité passe aussi par la « manière de dire », de faire du « conte »!



D’ailleurs, que pensez-vous d’elle, de la littérature contemporaine?

La littérature contemporaine est à la fois « vieille » et « jeune innocente », il y a la littérature de « consommation » et celle dont il sort, de temps en temps, de belles et bonnes surprises
artistiques; malgré tout, cette littérature contemporaine ne réussit pas à rivaliser avec ce qu’on attend d’elle, elle ne réussit pas à parler de la complexité du monde actuel.



Comment faire la différence entre une parole banale et une parole significative?

Chaque parole est à la fois banale et significative! La différence se fait à travers nos jugements de valeurs, nos éducations, nos attentes, nos désirs.



Les mots sont ils toujours signifiants pour vous? Quel est le sacré du mot de nos jours?

Oui, les mots sont toujours signifiants pour moi, j’ai fait le choix de m’éloigner de leur non-sens, de leur absurde, je leur cherche la vibration qui donne un sens dans la vie, avec la vie. Le
sacré du mot, de nos jours, c’est le fait que le mot est plus humble que nous, ceux de cette époque, ceux de cette actualité!



Quelle différence faite vous entre votre écriture en roumain et celle en français?

Depuis plusieurs années j’écris seulement en français, il n’y a pas de différence à faire, je suis devenu un écrivain de langue française!



Vous avez écrit: « Je parle de vous/et/vous parlez de moi,/sans qu’on se demande la permission/, on est de drôles/de machines à écrire. » De quoi je parle en lisant Les couleurs de
l’hirondelle?

En lisant Les Couleurs de l’hirondelle, vous parlez de vous même en vous « soumettant » aux « règles » du livre, vous vous racontez au « micro » de mon histoire, vous parlez toujours de vous même,
avec l’aide de ce miroir qu’est le livre!



Peut-on voir dans le récit de la mort de votre mère et celui de la naissance de votre fille, une métaphore de la renaissance après l’exil et l’adoption d’une autre langue et culture?

Je suis un exilé amoureux, j’ai quitté le pays de là-bas pour une femme du pays d’ici! Il y a une renaissance perpétuelle, elle est aussi liée à la mort et à la naissance, en même temps elle est
dans l’exil de chacun, sans quitter son village, sa ville, son pays et/ou sa langue maternelle.



Vous avez choisi de déconstruire le roman autobiographique. Pourquoi?

La déconstruction de ce que certains appellent mon « roman autobiographique » résulte surtout de la structure du livre, de la « composition » de ce livre: il y a des parties courtes et des parties
longues, il y a une sorte « d’anormalité » du détail de la vie de chaque jour, ma vie, votre vie, la vie de n’importe qui!



Comment définiriez-vous votre écriture? postmoderne? déconstruite? et que pensez-vous d’un point de vous formel des productions littéraires francophones actuelles?

Je ne veux pas définir mon écriture, c’est le travail des lecteurs de toutes sortes! Je ne peux pas me prononcer sur les productions littéraires francophones et actuelles, je lis beaucoup moins que
vous!



Comment faire passer le charnel dans une écriture très objective?

L’écriture peut ou doit paraître objective mais elle n’est jamais objective! Le charnel est sous ce voile « d’objectivité », le charnel se sent à travers toutes les matières, à travers tous les
mots.



Quelle est la place du dialogue pour vous?

Le dialogue « classique » ne m’intéresse pas, je fréquente un « dialogue par les cinq sens » tout d’abord! Chaque narrateur peut être n’importe qui! Chaque lecteur est un narrateur du livre!



Votre roman est un formidable plaidoyer pour l’intégration. Pouvez-vous nous parler de votre adoption de la langue et de la culture francophone? Qu’est ce que l’intégration pour vous?

J’ai « atterri » dans la langue française de Lausanne, de la Suisse romande, je suis tombé dans cette marmite française et francophone et je n’arrête pas de me nourrir, de nager et de plonger dans
cette francophonie! L’intégration, c’est d’apprendre à aimer TOUT! L’intégration, c’est d’apprendre à tout comprendre! Et respecter TOUT!

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  • : Le blog interligne d' Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
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  • : Grâce au pouvoir des mots, une invitation à voyager sur les lignes et interlignes.
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TEXTE LIBRE

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Un blog qui privilégie l'évasion par les mots, d'abord, par l'imaginaire...toujours.

LES MOTS, nous les aimons pour eux-mêmes, leur sonorité, leur beauté, leur velouté, leur fraîcheur, leur hardiesse, leur insolence, leur curiosité, leur dureté, leur volupté, leur rigueur.
Différemment des notes et des couleurs qui touchent d'abord notre sensibilité, ils ont vocation à transmettre, informer, émouvoir, expliquer, séduire, irriter, formuler les idées, forger les concepts, instaurer le dialogue.
Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

La vie doit être vécue en regardant vers l'avenir, mais elle ne peut être comprise qu'en se tournant vers le passé.

 Soëren Kierkegaard

 

Je réponds ordinairement à ceux qui me demandent raison de mes voyages : que je sais bien ce que je fuis, et non pas ce que je cherche.

   Montaigne

 

Veux-tu vivre heureux ? Voyage avec deux sacs, l'un pour donner, l'autre pours recevoir.
   Goethe

 

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