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8 juillet 2013 1 08 /07 /juillet /2013 08:20

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Lire entre Lima et Quito
 

Après un double séjour dans l’immensité littéraire brésilienne, j’ai, une nouvelle fois, associé deux pays voisins pour construire une étape complète : le Pérou où j’ai rencontré l’œuvre de José Maria Arguedas qu’il ne faut pas confondre avec le Bolivien Alcides Arguedas (je me répète sans doute), et l’Equateur de Jorge Icaza, le seul auteur équatorien que j’ai rencontré à ce jour. L’œuvre d’Arguedas m’a ouvert le chemin conduisant au très célèbre Prix Nobel de littérature local, Mario Vargas Llosa, et à la toute aussi célèbre, mais pour d’autres raisons, Isabel Allende qui est bien péruvienne de naissance, même si elle a passé une bonne partie de sa vie au Chili. Je concède volontiers qu’elle est de nationalité chilienne comme son parent martyr mais il fallait bien que je boucle cette page, elle se présentait donc à point nommé dans ma pile de lecture au moment d’écrire ce petit exercice.

 

Diamants et silex

José Maria Arguedas (1911 – 1969)
 

Dans ce roman court, dépouillé, puissant, bâti comme une tragédie grecque, José Maria Arguedas, avec une intrigue banale, simple, tragique, évoque l’impossible rencontre des deux cultures qui cohabitent mal au Pérou : l’hispanophone du littoral et la quechua des hauts plateaux. Cette rencontre manquée fut aussi son histoire de métisse qui n’acceptera jamais l’opposition entre ces deux cultures, au point de se donner la mort.

Chassé du  village, par son frère, à la mort de leur père, Mariano, un jeune indien un peu « simple », vit avec un faucon et joue excellemment de la harpe mais seulement pour le riche propriétaire, descendant des conquistadors espagnols, qui possède la plupart des propriétés et des Indiens du gros bourg où se déroule cette tragédie. Il devient ainsi le musicien attitré du maître qu’il sert fidèlement jusqu’au jour où une jolie blonde arrive en ville mettant en émoi tous les garçons en âge de se marier, et plus encore leur mère, mais surtout le maître des lieux qui succombe au charme de la donzelle malgré la promesse qu’il a faite à la belle indienne au chant merveilleux qu’il a installée dans le bourg.

L’indienne entreprend alors la reconquête de son amant par le charme de son chant accompagné de la musique de la harpe de Mariano. Fou de rage de se laisser séduire par ce sortilège musical, le maître détruit brutalement l’instrument du jeune Indien. Le drame est noué, la tragédie éclate.

Cette histoire peut-être lue comme une parabole de la destruction de la minorité indienne par les conquistadors espagnols, mais on peut aussi y déceler, en filigrane, les forces occultes des civilisations amérindiennes capables de renverser la loi des envahisseurs. L’auteur essaie de nous prouver que la magie de la musique, issue du fond de la culture andine, et la superstition qui dépasse la foi chrétienne, peuvent agir comme des sortilèges plus forts que la brutalité et le mépris que les conquistadors infligent à leurs « laquais », ainsi qu’ils désignent les indigènes.


L’homme de Quito - Jorge Icaza (1906 – 1978)


Un « chulla », fils d’un blanc descendant des conquistadors espagnols et d’une indienne, croit fermement qu’il peut échapper à sa condition en accédant à une fonction administrative importante, contrôleur aux comptes d’une haute société, mais un grain de sable vient perturber le fonctionnement de la belle machine qu’il a mise en branle pour construire sa carrière, malgré l’arrogance et le mépris des blancs, grain de sable qui se glisse dans une histoire d’amour et chamboule complètement ses plans, le renvoyant à sa condition initiale et  l’entraînant dans la spirale infernale de la dégringolade sociale. Il trouvera finalement refuge dans les bas-fonds de Quito auprès de ceux qu’il avait un peu oubliés, ses compatriotes métisses, les « chullas », qui lui feront prendre conscience de sa double culture et de l’incompatibilité entre ces deux origines. Une occasion pour l’auteur de valoriser l’esprit et les mœurs amérindiens totalement opposés aux valeurs des blancs et rendant invivable la condition de métisse.


L’homme qui parle -Mario Vargas Llosa (1936 - ….)


A Florence, à la découverte de la Renaissance italienne, un touriste péruvien tombe en arrêt devant une exposition de photographies amazoniennes parmi lesquelles il distingue un cliché montrant un homme parlant au milieu d’un groupe d’Indiens. Sa mémoire rameute les vieux souvenirs et, avec quelques affabulations complémentaires, il se retrouve vite en compagnie du peuple machiguenga, au cœur de l’Amazonie péruvienne, dont il restitue la vie et les mœurs créant ainsi, ou recréant à mon sens, une mythologie amazonienne où, comme dans toutes les mythologies, la transmission orale, le langage, celui qui sait user du langage, sont les piliers essentiels du pouvoir. Dans ce livre Vargas Llosa conjugue à merveille ses connaissances de la civilisation amazonienne qu’il a rencontrée quand il était jeune et sa fabuleuse capacité à inventer des mythes plus crédibles que ceux qu’on étudie sur les bancs des écoles. Cet homme qui parle ressemble étrangement à un héros de la Grèce archaïque et pourrait figurer dans la théogonie d’Hésiode sans que personne ne s’offusque.


D’amour et d’ombre – Isabel Allende (1942 - ….)


C’est le roman d’un amour pur submergé par la boue et la fange de la dictature d’un pays d’Amérique latine qui pourrait être le Chili ou n’importe quel autre pays vivant sous le régime de l’arbitraire, de la brutalité et de la férocité. C’est un récit qui coule comme un grand fleuve d’Amérique latine, charriant le verbe en un flot lourd et bouillonnant où l’épopée le dispute à l’emphase, où les portraits les plus affûtés se heurtent aux truismes, aux clichés, aux incohérences, où les affluents abondent pour gonfler le flot limoneux de leurs courants torrentueux ou de leur cours le plus paisible. Un déferlement de mots qui emporte tout sur son passage pour ne laisser que l’impression d’une agitation désordonnée et de sentiments exacerbés par l’urgence de vivre une vie qui devient de plus en plus hypothétique.

Isabel Allende a voulu dénoncer ces gouvernements totalitaires qui étouffaient nombre de pays d’Amérique latine lorsqu’elle a rédigé son manuscrit, mais l’impétuosité de son roman ne lui donne ni la force, ni la conviction des œuvres de bien d’autres qui ont dénoncé la dictature et l’oppression avec, peut-être, moins de verbes mais plus de talent.


Denis BILLAMBOZ  -  à lundi prochain pour une de nos dernières étapes littéraires autour du monde  -


Et pour consulter la liste de mes précédents articles, cliquer sur le lien ci-dessous :


Liste des articles : LES VOYAGES LITTERAIRES DE DENIS


D'autre part vous pouvez prendre connaissance de l'article qu'Armelle a consacré à  Mario Vargas Llosa en cliquant sur ce lien : 


Mario Vargas Llosa ou le porteur de flambeau

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES VOYAGES LITTERAIRES de DENIS
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