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25 février 2013 1 25 /02 /février /2013 10:48

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Nous poursuivons notre périple littéraire sur les vastes étendues maritimes des mers du sud, passant de l’Océan Pacifique à l’Océan Indien en concentrant notre attention sur Maurice pour la simple et seule raison que je n’ai lu que des livres en provenance de cette île. Si, un jour, je repasse par là, je pense que je trouverai d’autres ouvrages à vous proposer. Mais, en attendant, je vais, en compagnie de Natacha Aplana, vous emmener à la rencontre de trois autres écrivains mauriciens  qui ont retenu mon attention : Abhimanyu Unnuth qui relate dans un roman très instructif la difficile intégration des populations indiennes qui, désormais, gouvernent l’île ; Ananda Devi, la prolifique auteure qui nous raconte le mal être des femmes aux approches de la ménopause ; et Carl De Souza qui nous rappelle les difficiles journées d’émeute que Maurice connut en février 1999 après le décès d’un chanteur emprisonné.

 

La noce d’Anna

Natacha Aplana (1973 - ….)

« Aujourd’hui, 21 avril, je marie ma fille. » « Je l’aime tant, ma fille, je ne voudrais pas qu’elle s’en aille, … ». J’ai peur, j’ai peur, elle est si jeune, vingt-deux ans, elle n’a pas connu la vie, elle n’a pas connu d’autres amours, d’autres corps, d’autres sentiments. Elle n’a pas souffert, elle n’a pas assez ri, elle ne s’est pas abandonnée à la vie. Elle va se lier pour toujours avec l’amour de sa vie, ce petit huissier trop poli, trop honnête, trop sérieux, trop adulte, elle va mettre son corps en cage. J’ai peur qu’elle ne soit pas heureuse et qu’elle refasse les erreurs que j’ai faites à vingt ans avec mon premier amour qui m’a donné cette fille et qui l’ignore encore. Je ne l’ai certainement pas assez aimée, je l’ai laissée seule pour m’évader dans les histoires que je bâtissais pour construire mes romans. Elle va me laisser seule à son tour, elle va m’oublier comme j’ai oublié les miens là-bas sur cette belle île en fleur. Déjà, elle a réglé tous les détails de la cérémonie, je suis devenue encombrante, elle a peur que je gâche sa fête. C’est elle qui est désormais l’adulte qui décide et moi qui dois obéir, écouter et subir, je suis déjà la vieille qu’on surveille pour ne pas qu’elle  fasse des sottises et pourtant je peux encore séduire bien que je n’aie guère gâté mon corps qui dut lui aussi subir mes évasions littéraires. Mais, dans toute cette foule qu’elle a réunie, je ne connais presque personne, je suis redevenue l’étrangère et l’angoisse de ma solitude future me harcèle à nouveau car le temps vite a passé, où est la petite fille innocente qui me donnait toute sa confiance ? Et pourtant elle m’aime sans doute un peu, ma petite fille ! Une main s’égare dans mes cheveux qui se sont libérés du carcan du chignon pour couler sur mes épaules, un homme, beau, un brin négligé, y glisse ses doigts  ... je ferai l’amour à cet homme avant la fin de la noce !

 

Sueurs et sang – Abhimanyu Unnuth (1937 - ….)

Ce livre raconte une page fondamentale de l’histoire de Maurice, l’arrivée des volontaires indiens qui ont répondu à l’appel des colons pour exploiter les plantations de l’île. Parvenus sur les lieux, ces pauvres Tamouls, qui pensaient construire leur avenir en ce lieu, ont vite été transformés en véritables esclaves. C’est leur lutte pour la liberté et leur dignité qu’Abhimanyu Unnuth met en scène dans ce roman. Une lutte contre les colons oppresseurs, également un combat contre la résignation des Indiens qui acceptent trop facilement le sort qu’on leur impose. Une lutte en deux temps : celle du père, puis celle du fils qui reprend la lutte après l’assassinat du père.

Indian tango – Ananda Devi (1957 - ….)

Un auteur anonyme (mais l’est-il réellement ?), peu lu et mal connu, s’est réfugié à Delhi pour redonner sens à sa vie. A Delhi, Subhadra déambule dans les rues en suivant une femme, l’auteur, qui, comme elle, admire les sitars dans la devanture d’un magasin d’instruments de musique. Subhadra supporte très mal le passage de la cinquantaine, son corps commence à se détériorer, aussi est-elle mal dans son corps, mal dans son être, et veut-elle changer de vie afin d'exister différemment, L’attirance pour cette femme, qu’elle identifie à un personnage de film, et les sitars pourraient être le moteur d’une nouvelle forme d’existence.

Ananda, dresse un portrait très fort de la femme qui voit la ménopause arriver comme le début du chemin qui conduit à la mort et a l’impression de n’avoir rien fait de sa vie et de n’y avoir pas même goûté. Une ode à la féminité que toutes les croyances ont essayé d’occulter pour faire croire aux femmes que la chasteté était garante d’une vie meilleure dans l’au-delà. L’angoisse de la romancière non reconnue, de l’écrivain sans lecteur.

Les jours Kaya – Carl De Souza (1949 - ….)

En février 1979, à Maurice, un jeune chanteur rasta est arrêté et emprisonné pour avoir fumé un joint en public. Il décède peu après dans sa geôle provoquant une violente émeute de la jeunesse mauricienne. Carl De Souza raconte ces jours d’émeute à travers l’odyssée de la sœur du chanteur qui part dans la nuit, au mépris de tous les dangers, à la recherche de son frère disparu, dont elle ignore le sort. Une plongée dans le monde des adultes où elle côtoie la violence, l’intolérance, le racisme, l’hostilité entre les communautés. L’envers de l’île radieuse que nous proposent régulièrement les marchands de séjours enchanteurs. Un parcours initiatique qui la fera grandir vite, trop vite peut-être.

Denis BILLAMBOZ  -  à la semaine prochaine afin de poursuivre notre périple littéraire autour du monde  -

Et pour consulter la liste de mes précédents articles, cliquer sur le lien ci-dessous :

Liste des articles : LES VOYAGES LITTERAIRES DE DENIS

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES VOYAGES LITTERAIRES de DENIS
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commentaires

"Denis.Billamboz 26/02/2013 12:51

Merci Armelle,j'ai lu aussi "Chercheur d'or", il y a déjà assez longtemps, c'est en effet un livre très intéressant qui peut plaire à de nombreux lecteurs qu'ils soient amoureux des lettres ou
passionnés d'aventure, chacun y trouvera du plaisir.

armelle 26/02/2013 11:22

J'ajouterai aux auteurs que tu cites, cher Denis, des écrivains français de grand talent qui ont écrit sur l'île Maurice parce que leurs ancêtres y étaient nés ou y avaient vécus : ce sont
Jean-Marie Le Clézio et son admirable " Chercheur d'or", l'ouvrage de lui que je préfère avec "Désert", et Geneviève Dormann et " Le bal du dodo", un oiseau de la taille d'un dindon aujourd'hui
disparu et qui était l'emblème de l'île car il ne vivait qu'à Maurice. Ce roman avait été couronné par le Grand Prix de l'Académie Française. Je conseille vivement ces deux ouvrages à nos
visiteurs. Ils ne seront pas déçus.

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