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3 octobre 2011 1 03 /10 /octobre /2011 08:07

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Etape 2 : Cuba

 

Lire à l’ombre de Castro

Deuxième étape de notre périple littéraire et seconde escale dans les Caraïbes, à portée de canne à pêche d’Haïti, la plus grande des îles de cet immense archipel, Cuba, produit une littérature toute aussi gorgée de soleil, de musique et d’alcool que sa voisine. Nous ferons cette fois appel à Jesùs Diaz pour illustrer cette littérature des opprimés qui raconte la violence, la dictature, l’amour et la haine dans une ambiance toujours proche de la fête et sous le regard attentif de Baron Samedi qui n’est jamais très loin. Un détonnant mélange de croyances et de révolte, au rythme des musiques afro-cubaines qui vous entraîneront, j’en suis convaincu, dans une danse endiablée de lectures d’Eliseo Alberto, Zoé Valdes et José Carlos Somoza, plus étourdissantes les unes que les autres.

 

Les quatre fugues de Manuel

Jesùs Diaz (1941 - 2002)


Déjà Eltsine pointait sous Gorbatchev et Manuel Desdin, jeune Cubain étudiant prodige de l’Institut de physique des basses températures de Karkhov en Ukraine, était rappelé à Cuba d’où il ne pourrait plus ressortir pour poursuivre ses brillantes études et damer le pion aux plus grands physiciens de la planète.

Ses amis et professeurs le persuadent alors de quitter rapidement l’Union soviétique et lui procurent une invitation pour un colloque en Suisse mais les Suisses refusent d’accueillir ce transfuge et le renvoie vertement à la case départ. Après une petite mise au vert à la campagne, ses amis le convainquent de reprendre la route de l’exil, cette fois, via la Finlande. Cette nouvelle tentative échoue lamentablement mais Manuel parvient tout de même à s’évader du consulat cubain et à rejoindre son amie à Moscou. L’explosion de l’Union soviétique incite son amie à préparer une nouvelle fugue, vers la Pologne cette fois, qui se déroule comme prévue jusqu’à Varsovie mais tourne court quand Manuel demande l’asile à la Suède qui le rejette vers la Pologne. Recherché en Russie, en Ukraine et à Cuba, repoussé par la Suisse et la Suède, le jeune Cubain décide cette fois de tenter sa chance en Allemagne après une expédition rocambolesque avec un énigmatique et inquiétant émigré russe. Arrivé à Berlin, la vie de réfugié commence avec tous ses aléas, toutes ses humiliations et toutes ses tracasseries qui pourrissent sa vie et son avenir jusqu’à ce qu’il rencontre un trafiquant qui l’entraîne dans le monde parallèle que les ex suppôts des régimes communistes (militaires et autres apparatchiks) ont organisé pour faire fortune très rapidement. Cette dernière expérience tourne à la catastrophe jusqu’au moment où…, l’épilogue du roman nous dévoile une fin tout à fait inattendue.

Jesùs Diaz, écrivain cubain (1941-2002) raconte ses quatre fugues, sous forme de quatre saisons, qui paraissent bien peu crédibles pour passionner réellement le lecteur. Manifestement, il semble bien mal connaître la vie des fuyards et autres fugueurs et ne sort pas des lieux communs sur le sujet, laissant son héros tomber dans tous les traquenards, mêmes les plus stupides, et son lecteur dans l’ennui tant l’histoire est prévisible à l’avance. On se demande parfois si on n’est pas dans Ponson du Terrail ou  « A la poursuite de Cacciato » avec Tim O’Brien. Et pourtant…

Heureusement, si le côté romanesque du livre n’est pas très séduisant, son fond est un peu plus intéressant. Diaz a voulu montrer le désarroi de toute une population face à l’effondrement du bloc soviétique « … qu’allaient faire maintenant tous les communistes du monde entier … ? » Pour eux, « L’Histoire est une erreur ! » Et Manuel qui symbolise l’individu face à la machine administrative et politique, « … était paralysé, dépassé par la situation. Il savait, par exemple, que Staline avait été un criminel, qu’Eltsine était une canaille, que Cuba était un désastre ; mais il ne sympathisait pas pour autant avec les Américains et il avait des amis des deux côtés ».

Et Jesùs Diaz nous livre cette métaphore qui montre l’individu, même le plus brillant, broyé comme un moucheron par la machine de la fortune aux mains des ploutocrates et oligarques de tout genre, communistes ou capitalistes, livré au choix cornélien entre deux maux : « Le socialisme était un zoo qui enfermait les gens derrière les grilles dans l’attente qu’on leur jette leur pitance à travers les barreaux, tandis que le capitalisme était une jungle d’êtres libres qui pouvaient partir tous les jours à la chasse. » Et la morale de cette histoire pourrait résider dans celle d’une fable ukrainienne racontée par un ami de Manuel : « Celui qui vous met dans la merde n’est pas forcément votre ennemi … celui qui vous sort de la merde n’est pas forcément votre ami … quand on est dans la merde, mieux vaut ne pas bouger si on veut sauver ses plumes. »

Mais l’épilogue du roman nous révèle une autre face de ce récit qui remet en question tout ce qu’on a pu penser avant.

 

Caracol Beach – Eliseo Alberto (1951 - ….)

La rencontre foudroyante entre un déjanté, pur produit de la guerre en Angola, avec des jeunes de la nouvelle bourgeoisie dorée de Cuba qui va tourner à la tragédie au rythme d’une musique afro-cubaine endiablée. Des pages d’une violence extraordinaire dans une ambiance bouillonnante de vie et éclaboussée du soleil des tropiques. Un livre comme j’aime !

La douleur du dollar – Zoé Valdes (1959 - ….)

Zoé Valdes abhorre le castrisme et le dit vertement à travers l’histoire de cette femme qui parvient à se faire une vie à La Havane où elle tombe amoureuse. Mais, la révolution vient compromettre tous ces projets et ne lui réserve qu’une vie de misère et de solitude qui confinera à la folie. J’aime aussi ce livre car la misère y reste tout de même truculente même si le livre s’achève un peu péniblement.

La théorie des cordes – José Carlos Somoza (1959 - ….)

Entre science fiction et anticipation, car cette théorie des cordes existe bien, Somoza réunit la fine fleur de la physique fondamentale sur un atoll désert pour explorer le temps, l’expérience tourne vite au cauchemar et les savants s’éparpillent rapidement mais dix ans plus tard l’histoire les rattrape et met leur vie en grand danger.

Denis BILLAMBOZ

A lundi prochain pour la suite de notre grand périple littéraire autour du monde

Pour consulter la liste complète des articles de la rubrique LES VOYAGES LITTERAIRES de DENIS, cliquer sur le lien ci-dessous :

Les voyages littéraires de Denis - Liste des articles

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES VOYAGES LITTERAIRES de DENIS
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commentaires

Denis.Billamboz 19/10/2011 16:55


Salut Pascal,

Merci pour ce témoignage qui rejoint bien ce que je pense des Caraïbes en général : des îles merveilleuses perverties par l'appétit et le vice de quelques-uns seulement !

J'espère vivement que tu pourras t'y rendre prochainement avec Agnès.


Pascal 19/10/2011 13:08


Bonjour Armelle et Denis,

Mon beau-frère est allé à Cuba et a trouvé les gens extrêmement gentils et l'île magnifique. Bien sûr la misère est présente,les villes assez délabrées mais l'atmosphère est tout de même joyeuse,
les gens ont un moral d'enfer, ils ne se laissent pas abattre, le climat est idéal, les paysages superbes. Il faudrait peu de chose - triste politique - pour Cuba soit une île de rêve. j'aimerais y
aller. Bonne journée et bravo pour votre érudition à tous deux. L'article d'Armelle sur les petites choses est très poétique, les vers évocateurs. Agnès a 'Profil de la nuit' et apprécie. Elle a un
grand faible pour la poésie.


Denis.Billamboz 17/10/2011 23:51


Difficile de répondre à cette question, Armelle,quand on est, comme moi,plus un homme de lecture qu'un homme de littérature. Pour ma part,j'ai bien constaté une dichotomie qu'il faudrait étudier au
cas par cas pour voir si elle correspond avec celle que tu énonces. Il y a effectivement des écrivains, ceux qui sont partis en général, qui se livrent plus ouvertement et ceux qui sont restés et
qui, souvent,se réfugient plutôt dans des compositions littéraires plus formelles, plus élaborées, moins factuelles,pour ne pas prendre le risque de se faire embastiller trop facilement même s'il
n'y a pas de
bastille à Cuba.
Mais il est vrai qu'il y a une littérature caribéenne, exubérante, que j'aime beaucoup et une littérature moins gaie, plus allusive,mais qui ne manque pas de qualité dans le formalisme
littéraire.Une littérature qu'il faut souvent décipter.


Armelle 17/10/2011 19:08


Merci, cher Marcel Lommier, de votre fidélité. Je crois que vous me suivez depuis 3 ou 4 ans et cela est pour moi et pour Denis, aujourd'hui, un formidable encouragement.
Quant à toi, Denis, je suis impressionnée par le nombre de livres que tu parviens à lire, alors que je te sais sollicité par de multiples associations. Il me semble, à propos de Cuba, que le
triomphe de la révolution n'a pas produit le renouveau littéraire auquel on pouvait s'attendre. C'est plutôt vers la poésie que s'est orientée la narration imaginative. Davantage que vers le roman
! Ce dernier ayant été influencé par les écrivains nord américains depuis fort longtemps et ayant perdu, de ce fait, une part de son autonomie et de son originalité. Et puis il y a eu la censure et
l'emprisonnement, ce qui a incité nombre d'écrivains à s'expatrier et à se laisser gagner par des influences diverses, en quelque sorte à métisser leur art. Le souci de Fidel Castro a toujours été
de faire coïncider la littérature de son pays avec son idéologie, si bien qu'il y a deux littératures cubaines en ce début de XXIe siècle : celle quelque peu dévitalisée et traumatisée des
écrivains restés sur place et celle de la diaspora fatalement privée de ses sources vives. Qu'en penses-tu ?


Denis.Billamboz 17/10/2011 14:35


Merci Marcel pour ce commentaire particulièrement avisé qui confirme tout ce que j'ai pu apprendre, et plus encore concernant la presse, en lisant les écrivains cubains cités ci-dessus et d'autres
encore. Pour ceux qui sont intéressés par cette littérature, voilà mes lectures :
Eliseo Alberto - Caracol Beach
Reinaldo Arenas - La plantation
Guillermo Cabrera Infante - Orbis oscillantis
Jesùs Diaz - Les quatre fugues de Manuel
José Lezema Lima - Le jeu des décapitations
Eduardo Manet - La Mauresque
Mayra Montero - Toi, l'obscurité
Severo Sarduy - Colibri
Losé Carlos Somoza - La théorie des cordes
Karla Suarez - Tropique des silences
José Triana - Les cinq Femmes
Zoé Valdès - La douleur du dollar (Je l'ai aperçu le mois dernier au salon "Les Mots Doubs" mais elle eétait en conférence.)

Et, j'en ai encore quelques uns dans liste à lire !


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