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27 mai 2013 1 27 /05 /mai /2013 10:47

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Lectures  au sud de Valparaiso

Enjambons les Andes pour rejoindre les rivages du Pacifique et rencontrons Marcela Serrano sur l’île de Chiloé, une des nombreuses îles qui dessinent la dentelle de la carte de la côte sud du Chili. Cette piste nous conduira sur les traces de Francisco Colonae qui, lui, a réellement vécu sur cette île où il situe la résidence des marins qui, dans son roman présenté ci-dessous, embarquent pour la chasse à la baleine. Restant au sud, nous descendrons jusqu’à la Terre de Feu afin de rendre visite à Patrico Manns natif de cette terre comme les Indiens décimés dans son roman : « Cavalier seul ». Ensuite, nous devrons remonter un peu plus au nord pour retrouver la trace de Luis Sepulveda qui, de toute façon, n’y est plus puisqu’il a été condamné à l’exil et a préféré ne pas rentrer au pays.

 

L’auberge des femmes tristes

Marcela Serrano (1951 - ….)
 

Tout là-bas au sud, dans ce chapelet d’îles qui borde la côte chilienne, sur l’île de Chiloé, là où est né Francisco Coloanne, ce grand conteur des mers du sud, Floreana, historienne d’un peuple de la Terre de Feu en voie de disparition, arrive à l’Auberge, une sorte de pension tenue par Elena qui accueille des femmes en difficulté qui veulent se reconstruire pour donner un nouvel élan à leur vie. Dans cette « auberge », elle rencontre des femmes, une vingtaine, pas plus, comme elle en butte à des problèmes avec la vie, avec le mariage et leur conjoint surtout. « Je suis entourée de femmes de toutes sortes : vieilles, jeunes, riches, modestes, belles, laides. Elles sont tristes mais n’ont pas toutes renoncé comme je le supposais. »

Le groupe se répartit entre plusieurs catégories : les ésotériques, les prolos, les VIP, les intellectuelles, les belles au bois dormant, une synthèse de la population chilienne à la fin du XXe siècle, un condensé de tous les problèmes et fantasmes que ces femmes rencontrent dans le Chili post Pinochet. Chacune raconte sa vie, ou celle d’une autre, ou alors c’est un tiers qui s’immisce dans le récit, au gré des artifices inventés par l’auteur, pour rapporter la vie de l’une ou de l’autre. Et après avoir entendu tous ces récits on a « … l’impression que nous sommes sans le savoir au cœur même du drame de notre époque, au centre d’un des problèmes cruciaux de cette fin de siècle : l’impossible rencontre des deux sexes. »

Impossible rencontre qui trouve ses origines dans un catalogue de doléances où il est évoqué le besoin de suprématie des hommes, la carrière professionnelle qu’il faut assurer, les mariages ennuyeux, les troubles existentiels, la drogue pour tenir, surtout de la part de ces hommes qui estiment que les femmes émancipées empiètent désormais sur leur territoire.

Ce livre d’introspection, qui comporte des passages très littéraires, des analyses fines sur les relations entre les hommes et les femmes, m’a cependant laissé comme un goût de littérature « people », comme une odeur que dégage les « romans à l’eau de rose ». La fin est vite éventée malgré la longueur du texte qui ne fait que répéter à chaque fois qu’il est impossible de vivre avec les hommes, bien qu'il soit préférable d'en avoir un, ne serait-ce que pour ses vieux jours. C’est le grand drame de ces femmes qui culpabilisent tout autant d’avoir cédé aux appels de la chair que d’avoir su résister à cette tentation. « Le grand fiasco d’aujourd’hui, c’est l’amour. » L’amour qu’il faut refuser car il mène à l’impasse de la souffrance, bien que  "refuser l’amour c’est déjà souffrir de ne pas aimer".

Comme souvent dans ces histoires d’amour, l’auteur nous enferme dans le débat habituel entre la passion à laquelle il faudrait succomber et la raison qui conseille de rester prudent afin d' éviter les déboires. Floreana mettra longtemps, trop longtemps à mon avis, pour choisir la bonne solution - on savait, depuis aussi longtemps, laquelle elle choisirait car « les dieux de la lascivité ont été convoqués. » Et Floreana, pas plus que Marcela, ne nous fera oublier l’excellent « Décamaron des femmes » de Julia Voznesenskaya qui m’est revenu en mémoire à l’occasion de cette lecture.

 

Le sillage de la baleine – Francisco Coloane (1910 – 2002)
 

Dans ce livre Francisco Coloane raconte les chasses à la baleine qu’il a vécues dans les mers du sud, de l’extrême sud de l’Amérique, là où il peut faire très froid, là où la navigation est plus souvent périlleuse que plaisante. Il raconte la traque, la chasse, la lutte contre l’animal qui se défend avec acharnement, la capture, les pêches fructueuses, les bordées avec les putes entre les longs séjours en mer et les retours à la maison, mais, aussi, les pêches maigres, trop maigres, les retours tristes sans l'argent  nécessaire pour faire la fête et bouillir la marmite à la maison.

Francisco Coloane est un remarquable conteur qui nous entraîne à bord de son rafiot traquer baleines et cachalots, avec des moyens rudimentaires, avant que les navires-usines, équipés comme des cuirassiers, viennent décimer les grands mammifères marins qui peuplaient alors ces mers des septentrions.

Cavalier seul– Patricio Manns (1937 - ….)
 

Patricio Manns, véritable Patagonien d’origine, a émigré en France lors de l’arrivée de Pinochet ; il raconte, dans ce fort beau livre le sort des indiens de la Terre de Feu qui ont été décimés par ceux qui allaient devenir les grands propriétaires ou ceux qui leur revendaient des terres qu’ils avaient usurpées aux indiens autochtones. C’était l’époque où une oreille prélevée sur le corps d’un indien abattu donnait droit à une prime, l’époque où certains se contentaient de couper les oreilles des indiens pour percevoir leurs primes, l’époque où on pouvait rencontrer des indiens sans oreilles sur les vastes plaines de la Terre de Feu.

Patrico Manns raconte cette histoire à travers celle d’un exilé roumain, Julio Popper, le premier blanc à avoir traversé le Détroit de Magellan et créé un immense empire dans les terres du sud en chassant le indiens.

Le vieux qui lisait des romans d’amour – Luis Sepulveda (1949 - ….)

Ce roman est un peu la vie de Luis Sepulveda, jeune homme très tôt engagé pour l’écologie et contre la dictature, qui a été condamné à l’exil et dont le  héros est un vieux blanc qui survit dans la forêt amazonienne parce qu’il connait parfaitement la nature et les indiens Shuars, les Jivaros pour les Espagnols, qu’il défend lorsqu'ils sont accusés d’un crime que le vieux blanc attribue à un fauve et le prouve. C’est à lui que reviendra le devoir, la douleur, de tuer l’animal coupable qu’il abattra avec une arme à feu, contraire à la tradition des Indiens, avant de retourner à la lecture de ses romans d’amour. Celui-ci est une fable à multiples visages qui montre que les coupables ne sont pas forcément ceux que l’on croit, qu’il peut être nuisible de s’attaquer à la nature et à ses occupants, que l’homme est probablement le plus grand ennemi de la vie et de la paix.
 

Denis BILLAMBOZ  -  à lundi prochain pour poursuivre notre périple littéraire en amérique du sud  -
 

Et pour consulter la liste de mes précédents articles, cliquer sur le lien ci-dessous :
 

Liste des articles : LES VOYAGES LITTERAIRES DE DENIS


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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES VOYAGES LITTERAIRES de DENIS
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commentaires

Pascal 31/05/2013 13:27

Bonjour Denis,
toujours attentif à tes articles. Comme Armelle j'ai lu avec beaucoup d'intérêt le roman de Jean Raspail qui était magnifique. Un livre dont j'ai gardé un fort souvenir.
Bonne journée à toi.

armelle 29/05/2013 14:05

Au sujet de la Patagonie, terre qui invite aux voyages imaginaires, je propose à la lecture de nos visiteurs un des plus beaux romans de Jean Raspail, couronné par le Grand Prix du roman de
l'Académie française : "Moi, Antoine de Tournens, roi de Patagonie", un enchantement.

"Denis.Billamboz 27/05/2013 16:14

Armelle, ta photo illustrerait aussi très bien le texte d'Alcides Arguedas que je publierai dans quelques semaines pour évoquer la Bolivie.

"Denis.Billamboz 27/05/2013 16:12

Ce texte devrait se situer après celui concernant l'Argentine qui paraitra, pour des raisons techniques qui n'appartiennent qu'à moi, la semaine prochaine.

Denis Billamboz

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