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30 janvier 2012 1 30 /01 /janvier /2012 08:58

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Lire avec la Petite Sirène

Le temps est venu de prendre la direction du nord pendant que la neige enchante les paysages et que le givre brode les arbres. Nous effectuerons une première étape au Danemark pour rencontrer la grande Karen Blixen qui a laissé une belle empreinte dans la littérature mondiale dès la première moitié du siècle dernier, mais aussi un auteur plus actuel dont la réputation déborde largement les frontières danoises, Jens Christian Grondahl, et nous terminerons notre périple danois par une visite à Jorn Riel qui vit maintenant au soleil, mais est l’auteur d’une vaste production de romans venus du froid. Nous accomplirons ce séjour danois en compagnie d’un auteur encore peu connu, Knud Romer, que j’ai découvert il n’y a que quelques années seulement et que j’ai bien aimé. Son livre dénonce une certaine forme de xénophobie vis-à-vis des anciens ennemis allemands mais toujours avec le sourire et une bonne dose d’autodérision. Une xénophobie tout de même un peu inquiétante au sein de l’Union européenne même.

 

Cochon d’Allemand

Knud Romer (1960 - ….)

On ne choisit pas sa famille et le petit Knud, habitant de la ville danoise de Nyköping sur l’île de Falser qui disparaît presque à marée montante, a tiré le gros lot à loterie de la vie. Il nous entraîne, à travers un livre patchwork, dans la visite de son arbre généalogique qui comporte un grand-père paternel qui exerça trente-six métiers pour trente-six misères, un grand-père paternel trop vite décédé, suppléé par un hobereau prussien, rigide comme la pointe de son casque, en guise de "parâtre". Mais le personnage central de ce livre, celui qui devrait en avoir le rôle titre, à mon sens, c’est la mère qui connut une destinée extraordinaire et dont le chemin emprunta tous les méandres de l’histoire germanique pendant la période hitlérienne. Arrivée à Berlin pour faire des études en 1939, elle en fut vite chassée par la répression que suscita l’opposition au Führer et navigua ensuite entre l’Autriche et la Prusse au gré des aléas de la guerre pour terminer celle-ci comme réfugiée de ce qui deviendra l’Allemagne de l’Est, après avoir connu les hôpitaux militaires et les camps américains.

Dans une Allemagne vidée de ses hommes, la mère, Hildegard, s’exile pour trouver un emploi au Danemark où elle fonde une famille et donne naissance au petit Knud. Mais cette nouvelle patrie n’acceptera jamais « l’Allemande » qui sera rejetée et humiliée comme son fils devenu la bête noire de toutes les écoles qu’il fréquente, le « Cochon d’Allemand » qui subissait toutes les brimades de la part de ses petits camarades sous l’œil innocent du corps enseignant. « Mère avait été une femme du monde, et la fin de ce monde fut aussi la sienne. »

Même si partout en France, après la guerre, le sentiment antigermanique prévalut pendant un certain  temps, rares sont les endroits où une telle haine perdura si longtemps avec une telle violence. Et cette intolérance se manifeste à l’égard de tous les « différents », ainsi la fille d’un handicapé subit-elle aussi des brimades : «… son père souffrait d’une sclérose en plaque et se déplaçait dans un fauteuil roulant. On se moquait d’elle à cause de cela, et … ils se jetaient sur elle et la tabassaient : son père était un débile ! ». Et si le Danemark n’était pas l’Eldorado que l’on croit ?

Ce livre traitant du rejet des enfants différents et notamment des enfants nés d’un parent étranger, et qui plus est Allemand, vient peu après « Sang impur » d’Hugo Hamilton. Serait-ce symptomatique d’une plaie mal cicatrisée qui se rouvrirait ?

La ferme africaine - Karen Blixen (1885 – 1962)

« Out of Africa », tout le monde connaît maintenant le film mais ne sait pas forcément que celui-ci est tiré d’un roman écrit par cette baronne danoise qui vécut effectivement plus de quinze ans dans une ferme au Kenya où elle fut conquise par la magie de l’Afrique et par la gentillesse et la loyauté des Kenyans qui n’étaient encore que des Massaïs et des Kikuyus à cette époque. A son retour en Europe, après avoir été ruinée en Afrique, elle a écrit son histoire, son aventure africaine, dans un roman luxuriant, attachant et émouvant qui donnerait envie de s’installer là-bas, vers la côte est sous le mont Ngong. Ceux qui n’ont vu que le film seront peut-être surpris car le roman n’est pas une banale histoire d’amour à l’eau de rose, mais avant tout un grand message d’amitié, et d’amour aussi, pour ce pays et ses habitants et le récit d’une formidable émotion devant ces paysages de rêve. Une image de l’Afrique chantée par Sardou, une image de l’Afrique d’un autre temps quand les Blancs n’étaient pas forcément des négriers, mais tout de même un peu paternalistes et condescendants. Un livre plein de couleurs, d’odeurs, de saveurs et … d’amour et de nostalgie.

Pour consulter la critique de ce film cliquer  ICI

Eté indien – Jens Christian Grondahl (1959 - ….)

August vient de perdre son meilleur ami et, lors de l’inhumation, il retrouve Alma la femme qui l’a quitté pour rejoindre cet ami aujourd’hui décédé. Cette rencontre fait remonter des vagues de souvenirs à la surface de sa mémoire qui constituent la teneur de ce roman très policé, très écrit, mais qui manque peut-être un peu d’une certaine flamme pour que cette histoire d’amour avortée ait une réelle consistance.

Le jour avant le lendemain – Jorn Riel (1931 - ….)

Ninioq, une vieille femme esquimaude, sait que le moment de partir seule sur la glace est bientôt venu pour elle mais, en attendant, elle doit surveiller la viande qui sèche en transmettant à son petit-fils tous les us et coutumes qu’elle pourra lui enseigner. Mais le bateau qui doit venir les chercher sur leur îlot isolé se fait attendre et Ninioq doit tromper l’impatience de son petit-fils en déployant tout son talent et de multiples artifices. Un livre poignant, émouvant, qui devrait arracher des larmes aux plus insensibles mais peut-on pleurer devant une telle dignité, une telle grandeur d’âme et une telle sérénité devant le destin ? La seule évocation de ce roman à travers ces quelques lignes me donne encore le frisson.

Denis BILLAMBOZ  - à lundi prochain pour une nouvelle étape de notre tour du monde littéraire -

 

Pour consulter la liste des articles précédents, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES VOYAGES LITTERAIRES de DENIS
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commentaires

armelle 08/02/2012 19:31

Je suis tout à fait d'accord avec toi Denis. Je pense que la renommée d'Hemingway est un peu surfaite. Mais sa vie d'aventurier plaisait beaucoup à l'époque. Il avait une présence, une gueule,il
savait se mettre en scène. Je fais exception pour "Le vieil homme et la mer" qui est un très beau livre. Selon moi son chef-d'oeuvre.

Denis.Billamboz 07/02/2012 11:29

Armelle,

Je t'attendais sur le livre de Karen Blixen, je sais que tu l'aimes bien et je sais aussi que tu parles très bien des peuples qu'elle a longtemps côtoyés. Tu aurais peut-être pu, toi aussi,
installer ta ferme là-bas sur les confins de l'Est africain.

J'avoue franchement que je préfère Blixen à Hemingway que je connais peut-être trop mal mais la lecture de "L'adieu aux armes" ne m'a pas emballé. Je suis un peu sceptique devant l'écriture
d'Hemingway que je trouve plus adaptée au journalisme qu'au roman. Mais, ce n'est là que l'avis d'un béotien.

armelle 07/02/2012 10:18

Je suis une fervente admiratrice de Karen Blixen, merveilleuse conteuse qui a tout pour plaire : le style, le charme du narratif, la vision des choses à la fois réelle et délicatement transposée
par l'imagination, les sujets toujours originaux. Elle aurait bien mérité le Nobel qui lui a été piqué par Hemingway.

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