Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
7 janvier 2013 1 07 /01 /janvier /2013 09:08

arric3a8re-fond.jpg

 

 

Lire au pied du Mont Fujiyama

Après un premier séjour avec quelques-uns des plus grands maîtres de la littérature nippone, nous effectuerons une seconde étape sur cette île, où l’art littéraire semble être aussi dynamique que les entreprises qui lui ont valu le titre de « Dragon du Pacifique ». Nous irons d’abord à la rencontre de Fumiko Enchi, qui m’a laissé une excellente impression avec un livre fort qui conte une histoire issue d’une époque où le Japon sortait à peine de la féodalité. Nous visiterons ensuite Kenji Nakagami qui nous entraînera là où l’océan entre en conflits, souvent violents, avec la terre comme le prouve la récente catastrophe. Et nous terminerons notre séjour avec Akiyuki Nakagami et l’une des plus tragiques histoires de la littérature. Pour nous accompagner, j’ai choisi un probable candidat à un futur prix Nobel de littérature avec un livre que je n’ai, à mon grand regret, pas beaucoup aimé, mais je n’ai pas d’autre lecture à vous proposer pour l’instant. Je vous conseille donc de lire une autre de ses nombreuses œuvres.

 

Les amants du spoutnik

Haruki Murakami (1949 - ….)

Je me réjouissais de ce retour à la littérature japonaise que j’avais un peu délaissée depuis presque un an, mais mon plaisir fut vite émoussé et, après quelques pages, je fus bien obligé d’admettre que ce roman était aussi  peu représentatif de la littérature nipponne que « Les vestiges du jour » d’Ishiguro ou que « Éclipse » d’Hirano. En effet, ce roman est très européen et Murakami utilise même certains clichés de la culture occidentale, afin de bien souligner qu’il s’inscrit dans la lignée des auteurs européens ou américains qu’il n’oublie jamais de citer, notamment Kerouac qui est l’idole d’une des protagonistes. L’autre protagoniste féminine fait commerce, entre autres, de vin et a étudié le piano à Paris où elle a découvert les grands classiques européens, dont  Mozart, Brahms, Schwarzkopf, …

Dans cette oeuvre à la sauce européenne, Murakami constitue un trio avec deux femmes et un homme, où les cartes sont particulièrement mal distribuées car chacun pourrait être aimé de celui qu’il n’aime pas et n’est pas aimé de celui qu’il aime. Sumire, jeune fille en rupture d’études, qui essaie d’écrire un roman, tombe folle amoureuse de Miu, une élégante et belle bourgeoise, plus toute jeune, qui ne peut plus aimer, physiquement du moins, depuis une regrettable aventure. Quant au narrateur, il est très épris de Sumire, mais celle-ci ne l’aime pas suffisamment pour partager sa couche et, a fortiori, sa vie.

Miu emploie Sumire et l’emmène en voyage en Europe pour son travail et un petit supplément de vacances, au cours duquel la vie du trio est chamboulée et plonge brusquement dans un monde étrange qui perturbe sérieusement l’existence de chacun. A travers ces événements, Murakami nous entraîne sur le chemin de la coexistence entre ce que nous croyons savoir et ce que nous ignorons, ce qui pose des problèmes dans le monde réel et n’en pose pas dans le monde du rêve. Alors quel est notre vrai monde ? Est-ce celui de la réalité où celui que nous rêvons ? Les trois personnages sont confrontés à cette collision entre le monde du rêve et le monde réel et leur avenir est peut-être au bout de cette quête ou le dédoublement de la personnalité les guette.

Aussi est-ce à un voyage dans l’espace, hors du cadre de la raison auquel nous invite l’auteur, cet espace où naissent les idées, les rêves, les pensées, et parfois les certitudes. L’espace, où sourd l’inspiration du romancier et du narrateur, comme voudrait le faire croire Sumire. Aussi est-ce une réflexion sur la fiction et la naissance de l’œuvre littéraire que l’écrivain nous propose et, au-delà, sur le monde et sa réalité. Une forme de remise en question de nos sociétés par trop pragmatiques qui laissent peu de place à ceux qui pensent et rêvent sans s'imposer de frontières.

Un roman qui aurait pu être intéressant mais m’a laissé l’impression du mariage de la carpe et du lapin : d’un côté une bluette mièvre et mollassonne, de l’autre une réflexion philosophique un peu embrouillée et assez peu convaincante. « La compréhension n’est jamais que la somme des malentendus »- écrit Murakami.  Voilà sans doute pourquoi je n’ai pas tout compris !

 

Chemin de femmes - Fumiko Enchi (1905 – 1986)

Pendant l’ère de Meiji, au tournant du XIXe et du XXe siècles, le Japon ouvre timidement ses portes sur le monde extérieur mais les moeurs ancestrales restent encore ancrées au sein de la société et des familles. C’est durant cette période que l’héroïne de Fumiko Enchi vit, épouse d’un  haut fonctionnaire volage et égoïste, elle supporte avec courage et patience les humiliations que lui inflige cet époux machiste comme l’étaient les féodaux japonais de l’époque. L’épouse accueille même les diverses maîtresse de son seigneur et maître pour pouvoir rester à ses côtés et ne pas être rejetée.

C’est un beau livre de femmes que nous propose, avec tendresse et délicatesse malgré la violence qu’elle fait supporter à son héroïne, cette japonaise militante pour le respect des femmes, bien avant que les féministes n’osent élever la voix au Japon et même dans beaucoup d’autres pays.

La mer aux arbres morts - Kenji Nakagami (1946 - 1992)

Une histoire de famille qui se déroule à l’extrémité sud-est de Honshu, l’île principale du Japon, là où les vents sont si forts que les arbres ne peuvent pas résister à leurs assauts. Akiyuki, fils d’une veuve, mère de cinq enfants, séduite par un charpentier qui lui fait cet enfant avant d’être emprisonné, navigue entre ce père absent et celui que sa mère lui a donné. Il reste à l’écart de son vrai père qui s’est rapidement enrichi et traîne une réputation douteuse. Un petit grain de sable viendra un jour mettre en péril l’équilibre précaire que cet enfant avait construit pour vivre entre sa famille et son vrai père. Une saga familiale qui se déroule dans les ruelles d’une petite ville du bout du monde, dans le peuple des petites gens, saga pleine de tensions, de violences en tous genres et de rebondissements.

Un livre qui ne laisse pas indifférent et dont je garde un fort souvenir tant par  la violence qu’il comporte que par l’atmosphère qui l’imprègne.

La tombe des lucioles - Akiyuki Nosaka (1930 - …)

Un adolescent, Seita, et sa petite sœur Setsuko, perdent leur famille dans un bombardement à Kobe, pendant la guerre du Pacifique qui opposa les Japonais aux Américains. Les deux enfants se retrouvent seuls dans la ville dévastée, se réfugient ensuite chez une vieille tante mais tout manque : la nourriture, l’eau, … et la maladie les gagne rapidement pour les emmener à l’extrémité de leur courte vie en une fin inéluctable qu’on a devinée dès le début du livre.

Cette histoire tragique m’a littéralement fasciné et je ne dois pas être le seul car elle a fait l’objet d’une adaptation en bande dessinée et une autre au cinéma. Un très grand moment d’émotion malgré une immense tristesse.

Denis BILLAMBOZ  -  puisque nous reprenons le rythme habituel de nos publications, à lundi prochain pour la suite de notre périple littéraire autour du monde  -

Et pour consulter la liste de mes articles précédents, cliquer sur le lien ci-dessous :

Liste des articles : LES VOYAGES LITTERAIRES DE DENIS

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET - dans LES VOYAGES LITTERAIRES de DENIS
commenter cet article

commentaires

"Denis.Billamboz 14/01/2013 16:23

Salut Pacal,

Excuse mon retard pour répondre à tes voeux mais j'étais bien occuper ce weekend entre une forêt d'anniversaires, une invitation chez des amis, une assemblée générale et le tout à plusieurs
centaines de km d'écart.

Je suis sûr qu'Agnès connait tous les grands auteurs japonais et que, si elle aime les belles choses, elle n'a pas pu passer à côté de Kawabata.

Mishima, j'y reviendrai un jour car je n'ai lu qu'un livre de lui et il y a déjà bien longtemps. C'est un grand et même un très grand.

Merci pour tes voeux chaleureux et belle année pour toi, Agnès, et tous ceux qui vous sont chers.

A bientôt !

Pascal 08/01/2013 12:05

Salut Denis,
Nous voici au Japon, un pays où les jardins sont de véritables créations artistiques et la littérature de qualité. J'ai beaucoup entendu parler de Mishima dont la plupart des livres sont dans la
bibliothèque de ma belle-mère. Je vais en parler avec Agnès qui en connait sûrement plusieurs. Ma femme aime l'art des bouquets et a suivi des cours d'une japonaise à Paris. Bonne année Denis et
bonnes lectures surtout, sans oublier la santé et les joies familiales. A +.

armelle 08/01/2013 10:21

Et j'oubliais que " La ballade de l'impossible", autre oeuvre de Murakami, a inspiré un très beau film au cinéaste Tran Anh Hung.

armelle 08/01/2013 10:14

Moins sévère que vous à propos de Murakami dont j'avais bien aimé " Le passage de la nuit". Mais pour moi, celui qui m'a laissé le plus grand souvenir est Mishima. Entre autre " Le pavillon d'or".
Je l'avais découvert grâce à Marguerite Yourcenar qui lui avait consacré un ouvrage afin de faire connaître ce grand écrivain japonais aux Français.

"Denis.Billamboz 07/01/2013 14:11

Bonjour Dominique,

Nos avis semblent se rejoindre assez souvent, Murakami (Haruki pas Ryû) m'a laissé très déçu dans ce livre et je me méfie énormément de tous les bestsellers qui encombrent les surfaces de vente où
l'on peut trouver des livres. Je n'ai nullement envie de retourner vers cet auteur après toutes les critiques que j'ai lues.
Parc contre, je vous conseille Fumiko Enchi qui, à mon sens, a écrit un beau livre de femmes (pas pour femme mais à propos des femmes)et sur leur sort au Japon.

Nosaka est pourquoi une petite merveille qui a été mise à toutes les sauces : film, BD, ...

Merci encore de votre avis.

Présentation

  • : Le blog interligne d' Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • Le blog interligne d' Armelle BARGUILLET  HAUTELOIRE
  • : Grâce au pouvoir des mots, une invitation à voyager sur les lignes et interlignes.
  • Contact

TEXTE LIBRE

 4016234704 (Small)

Un blog qui privilégie l'évasion par les mots, d'abord, par l'imaginaire...toujours.

LES MOTS, nous les aimons pour eux-mêmes, leur sonorité, leur beauté, leur velouté, leur fraîcheur, leur hardiesse, leur insolence, leur curiosité, leur dureté, leur volupté, leur rigueur.
Différemment des notes et des couleurs qui touchent d'abord notre sensibilité, ils ont vocation à transmettre, informer, émouvoir, expliquer, séduire, irriter, formuler les idées, forger les concepts, instaurer le dialogue.
Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

La vie doit être vécue en regardant vers l'avenir, mais elle ne peut être comprise qu'en se tournant vers le passé.

 Soëren Kierkegaard

 

Je réponds ordinairement à ceux qui me demandent raison de mes voyages : que je sais bien ce que je fuis, et non pas ce que je cherche.

   Montaigne

 

Veux-tu vivre heureux ? Voyage avec deux sacs, l'un pour donner, l'autre pours recevoir.
   Goethe

 

 MES DERNIERS OUVRAGES PUBLIES ( cliquer sur l'icône pour accéder à leur présentation )


1184097919 profil de la nuit  2851620614

les signes pourpres  3190-NEL i 978-3-8417-7335-7-full

 

SI VOUS PREFEREZ LES IMAGES et le 7e Art, RENDEZ-VOUS SUR MON BLOG : 

 

Bannière pour Armelle 1 

 

ET SI VOUS AIMEZ LES ANIMAUX, RENDEZ-VOUS SUR " MEMOIRE D'EAU" :

 

P1080160.JPG

Recherche