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20 mars 2013 3 20 /03 /mars /2013 07:54

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Zimbabwe, Zambie, Botswana, Namibie

 

Lire entre Lusaka et Harare

Avec cette étape, nous abordons la partie centrale de l’Afrique méridionale, celle qui se situe entre la République du Congo et l’Afrique du Sud. Je pensais y assembler le Zimbabwe, la Zambie, le Namibie et le Botswana dans une même et seule étape mais, hélas, au jour de la rédaction de ce texte, je n’avais trouvé que des lectures d’auteurs zimbabwéens. C’est donc Nozipo Maraire qui nous guidera à la rencontre de ces concitoyens : Yvonne Vera, emportée trop tôt par le SIDA, Tsitsi Dangarembga qui s’illustre aussi dans le cinéma, et Chenjerai Hove, trois auteurs qui nous proposent des lectures poignantes, émouvantes et parfois même bouleversantes.

Souviens-toi, Zenzélé

Nozipo Maraire (1966 - ….)

 « C’est le privilège d’une vieille femme de transmettre sa sagesse. Je n’ai rien d’autre à te donner » - écrit cette mère zimbabwéenne issue de la nouvelle bourgeoisie noire aisée, dans un longue lettre comme Mariama Bâ, à sa fille partie aux Etats-Unis pour poursuivre de brillantes études. Elle veut écrire cette lettre pour dire ce qu’elle n’a pu, su dire avant ou que sa fille n’a pas voulu écouter.

Elle raconte ses origines, sa vie dans un petit village de la brousse, les difficultés quotidiennes mais aussi la communion avec la nature qui, elle, ne triche jamais, afin que sa fille sache bien d’où elle vient, où sont ses racines le jour où elle désirera les retrouver. « Tous ces souvenirs-là t’appartiennent, tout ce trésor de nos petites traditions. Que tu les acceptes ou les rejettes, ils sont le fondement de ton être. Ce sont tes racines. Dans les années à venir, tu t’en nourriras. »

Elle lui raconte aussi la colonisation, l’humiliation, la ségrégation, la honte qui ont engendré la rébellion qui, elle, a fini par déboucher sur la victoire, la libération, l’indépendance, la liberté de disposer de soi-même. Mais elle dit aussi que les autochtones n’ont pas su imposer leur identité, leurs valeurs, qu’ils n’ont pas su créer une nation unie et solidaire, qu’ils se sont contentés d’imiter, de singer les blancs et finalement de sombrer dans le travers des dictatures. « Nous présentions tous les symptômes du syndrome postcolonial, endémique en Afrique : besoin d’acquérir, d’imiter, et manque d’imagination. Nous ne faisions que nous précipiter sur tout ce que détenaient les coloniaux ». 

Pour moi ce livre comporte deux parties, une première qui évoque avec beaucoup de lucidité l’Afrique authentique et originelle avec ses qualités et ses défauts, l’Afrique dont chaque Africain devrait être fier et pour l’avenir de laquelle il lui faudrait s’investir sans retenue, l’Afrique qui devrait s’épanouir grâce à toutes ses richesses humaines et naturelles. Et une seconde partie beaucoup moins originale, hélas, qui reprend le discours habituel, incontournable, obligatoire bien sûr, mais qui n’apporte plus rien au débat, le fameux discours sur l’esclavage, la ségrégation, la colonisation, la néo-colonisation, cette longue lamentation que tout le monde a bien compris depuis longtemps, cette forme de jérémiade qui sclérose toute autre forme d’action. A force de vouloir stigmatiser les autres, certains intellectuels, vivant souvent en Europe ou en Amérique, ont fini par oublier qu’il fallait aussi agir. Et Nozipo Maraire est tombée, elle aussi, un peu dans ce piège, elle n’a pas su rester sur l’élan de sa première partie où elle intimait à sa fille : « Ne permets à personne de te définir, ni de définir ton pays. » J’attendais cette affirmation d’une Afrique africaine gouvernée par des Africains et non cette Afrique laissée aux mains des médiocres qui trafiquent avec tous les exploiteurs de la planète pour épuiser le pays. Nozipo n’a pas suivi Léonora Miano jusqu’au bout du chemin qui aurait conduit ce continent vers sa vraie libération et son épanouissement.

On pourrait aussi reprocher à Nozipo d’avoir voulu chercher des responsables ailleurs en oubliant ce que des intellectuels comme Ibrahima Ly nous ont appris depuis longtemps, que le commerce des esclaves ne commençait pas à Gorée, ou autres ports d’embarquement, et que les esclaves n’arrivaient pas par hasard dans ces ports.

Cependant ce livre reste un excellent témoignage sur ce que l’Afrique a vécu depuis un demi-siècle, sur la situation dans laquelle elle est aujourd’hui et que, si elle va mal, c’est peut-être aussi parce que : «Si nos esprits les plus brillants s’en vont pour ne jamais revenir, il n’est pas étonnant que nous n’ayons que des chefs médiocres pour guider nos nations, … » Voilà un début de réponse qui aurait mérité un plus long développement et une mise en perspective plus constructive que l’éternel discours sur la faute des plus forts.

Cette lettre est aussi une lettre d’une femme à une autre femme qui lui parle de sentimentalité, de sexualité, de la place de la femme dans l’Afrique d’avant et dans celle de maintenant. Une confidence en forme de confession sur son manque de courage, sur sa résignation, mais également les excuses qu’elle peut faire valoir comme fille aînée en charge de la famille aux côtés de la mère. Et, pour finir, elle s’en remet à Dieu  comme tous les Africains car « de tous les peuples de Dieu, nous sommes celui qui a renoncé, avec le plus de constance à la vie sur cette terre pour mettre ses espoirs dans l’autre monde. Mais, si cet autre monde ne devait jamais venir ? » Et si cet autre monde n’existe pas, « l’Afrique sera ce que toi et tes semblables en feront. » Zenzélé connait la mission qui lui est assignée par sa mère, elle sait désormais qu’elle appartient à deux cultures et qu’un jour elle devra revenir à ses origines.

 

Papillon brûle – Yvonne Vera (1946 – 2005)

Un livre très poignant qui raconte l’histoire d’une jeune femme au Zimbabwe quand l’ex-Rhodésie du Sud n’était pas encore totalement délivrée des relents du colonialisme et de la ségrégation. Un jour, en sortant d’un bain dans la rivière, telle une ondine de la couleur des rochers riverains, elle rencontre un homme d’âge mûr et c’est le coup de foudre entre la jeune femme et l’ouvrier malgré leur grande différence d’âge.  L’idylle ne dure pas très longtemps, la jeune femme se lasse vite d’une relation qui ne lui promet qu’une triste vie dans un bidonville. Elle voudrait devenir infirmière et exercer dans une grande ville mais une grossesse non désirée brise rapidement son rêve de liberté et de promotion sociale. Une tentative d’avortement insupportable mettra une fin tragique à tous ses espoirs.

A fleur de peau – Tsitsi Dangarembga (1959 - ….)

Dans la jeune république zimbabwéenne, une jeune fille profite du décès de son tyrannique frère pour obtenir le droit de faire des études dans une école appartenant à une mission et dirigée par son oncle. Elle croit ainsi échapper au triste sort que sa mère a connu, la soumission totale à un mari lâche et autoritaire, mais elle déchante vite en découvrant que, malgré le luxe qui l’éblouit, sa tante et sa cousine n’ont pas des vies très heureuses. L’oncle dirige sa famille d’une main de fer provoquant la rébellion permanente de sa fille qui, malgré les corrections, ne fléchit jamais et finit par se réfugier dans l’anorexie. La jeune paysanne croira longtemps que l’instruction lui permettrait d’échapper à la soumission et à la domination des hommes mais l’expérience de sa cousine lui ouvrira définitivement les yeux et mettra en berne ses espoirs d’émancipation. Peut-être le livre le plus tragique que j’ai lu, à coup sûr un livre magnifique.

Ombres – Chenjerai Hove (1956 - ….)

"Ombres est né il y a longtemps, le jour où j'ai vu deux jeunes gens, qui s'aimaient, choisir de mourir au lieu de vivre. J'ai décidé alors qu'un jour j'écrirais leur histoire". Chenjerai Hove met en scène cette tragédie familiale zimbabwéenne où un père de famille s’oppose violemment à l’amant de sa fille. Vaincu, le prétendant éconduit se pend et la jeune fille boit à la bouteille un produit qui semait la mort dans les champs, incapable d'avoir su lire la notice. Ce qui a provoqué le drame des amants errera longtemps dans la campagne. Le père, abandonné de tous, hanté par les fantômes et les souvenirs, mourra victime d’une bande de rebelles. Une tragédie en forme de fable écrite dans une langue proche de l’oralité, poétique, incantatoire, qui donne de l’intensité au drame et acère la douleur.

Denis BILLAMBOZ  -  à lundi prochain pour la suite de notre périple africain  -

Et pour consulter la liste de mes articles précédents, cliquer sur le lien ci-dessous :

Liste des articles : LES VOYAGES LITTERAIRES DE DENIS

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES VOYAGES LITTERAIRES de DENIS
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commentaires

denis billamboz 23/03/2013 18:53

Salut Pascal,

En weekend en Haute-Marne, je lis ton mail avec plaisir et te souhaite une bonne reprise après ces belles journées à la neige. Je suis convaincu que tes femmes aimeront ce livre plein de
sensibilité et de douleur. Une histoire triste, mais une belle histoire de femme dans un milieu très dur pour la gente féminine.

Bonne semaine et à bientôt !

Denis

Pascal 22/03/2013 13:01

Salut Denis,

Absent une semaine pour les vacances d'hiver avec femme et enfants au Mont-Dore,agréable station du Massif Central où il y avait beaucoup de neige cette année, je viens jeter un cou^p d'oeil sur
tes articles et ceux d'Armelle qui nous font toujours découvrir quelque chose d'intéressant en lecture, poésie, exposition, vous êtes notre relais culturel. J'ai imprimé deux articles et je note 'A
fleur de peau ' un livre qui devrait intéresser Agnès et sa maman.
Bonne journée Denis et rendez-vous à la prochaine étape.

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