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28 janvier 2013 1 28 /01 /janvier /2013 10:16

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Lire de Singapour à Dacca

Pour cette nouvelle étape littéraire, je me suis penché sur un vaste territoire qui s’étend de Singapour au Bangladesh, de façon à vous proposer un choix diversifié. Ces pays ne manquent certes pas d’écrivains de talent, mais nos éditeurs ne leur accordent que peu d’attention et rares sont les livres issus de ces différents pays qui obtiennent l’honneur d’une traduction. Je me suis donc consacré à une longue quête pour élargir au maximum mon champ d’investigation. Sous la conduite de Catherine Lim, Chinoise de la diaspora singapourienne, j’ai pu rencontrer les oeuvres de Shahnon Ahmad venu de Malaisie, du Thaïlandais Nikom Rayawa et de la Bangladaise Taslima Nasreen. Une moisson un peu hétéroclite mais un tour d’horizon suffisamment large pour apprécier quelques unes des facettes de cette littérature trop méconnue et néanmoins talentueuse.

 

La maîtresse de jade

Catherine Lim (1942 - ….)

Catherine Lim, écrivain singapourien de la diaspora chinoise, nous emmène sur les sentiers tracés par Pa Kin, célèbre homme de lettre chinois décédé en 2005 à cent ans révolus, et nous raconte l’histoire d’un amour impossible, au cœur du XXe siècle, dans une société chinoise ancestrale et immuable qui n’a guère évolué depuis quelques siècles. Un monde où les vivants et les morts, les dieux et les hommes vivent dans une étrange proximité.

La mère de Han, qui n’a pas les moyens d’élever  les enfants que son mari lui a fait et de satisfaire sa passion du jeu, décide de vendre sa fille à une riche famille qui en fera une servante, car c’est son enfant la plus présentable. La petite Han très volontaire et dégourdie, après une période de rébellion, comprend rapidement le fonctionnement de cette micro société composée de la famille et de ses servantes et devient la compagne de jeu préférée du jeune maître, avec lequel elle développe une belle amitié qui se transformera, en ce qui la concerne du moins, en un amour immense et total. Mais le jeune maître part pour plusieurs années à l’étranger et elle doit attendre patiemment son retour, en supportant la mesquinerie de la gent ancillaire et le mépris des membres de la famille. Le retour du jeune maître est l’occasion de la reconquête de cet amour d’enfance, qui s’oppose à l’amour officiel décrété par la famille, celle-ci entendant bien marier ce fils à l’héritière d’une famille encore plus riche. Commencent alors les tribulations pathétiques de cette servante pour séduire son jeune maître sous les yeux même de sa fiancée, roman habituel de l’amour impossible où  violence, misère et  perfidie sont les ingrédients habituels. Cette histoire, qui pouvait  être une belle histoire d’amour comme la littérature en a immortalisée plus d’une, tourne très vite au délire pathétique qui ne fera frémir que les âmes sensibles.

Je déplore personnellement que ce livre ait choisi le mélodrame qui fait vendre auprès d’un  large public, car ce récit comporte des éléments intéressants sur la culture des Chinois de la diaspora que nous ne rencontrons pas si souvent dans les librairies. En effet, l’ouvrage pose clairement la question de la prédominance de l’enfant mâle et les risques qui en découlent. Il souligne avec justesse les difficultés que rencontrent les femmes dans cette société patriarcale qui fonctionne autour de trois principes qui constituent « … un rempart indestructible fondé sur la naissance, le pouvoir et la richesse. ». Et ces problèmes sont nettement amplifiés lorsqu’il s’agit de femmes servantes puisqu’elles cumulent deux tares qui les relèguent dans les tréfonds de la société comme des esclaves. Il aurait été intéressant que le récit développe davantage ces thèmes culturels et sociaux afin que nous appréhendions mieux le comportement des Chinois d’aujourd’hui, et insiste plus encore sur les traditions et l’histoire avec lesquelles la population contemporaine n’a pas encore rompu. Du moins son mérite est-il d'avoir mis le doigt sur la condition pénible de la femme, la fille, la servante de cette société patriarcale où, pour exister, il est bien vu d’être riche et de le montrer avec ostentation.

Le riz – Shahnon Ahmad (1933 - ….)

Une lecture très ancienne pour moi, une lecture que je n’oublierai jamais tant la tension monte sans cesse comme dans une rhapsodie et emporte tout dans une spirale infernale. Lahuma et Jeha, un couple de pauvres paysans malais, ne survit que grâce à la culture du riz. Mais, lorsque Lahuma, le père, est victime d’un accident, c’est sa femme qui doit assurer le travail dans la rizière pour que la famille puisse survivre. Bientôt, les filles rejoignent la mère mais la malchance, la misère, la fatalité ne cessent de s’acharner sur cette malheureuse famille qui lutte sans jamais baisser les bras, malgré un sort bien contraire. Un livre poignant, attachant et même un brin révoltant.

L’empailleur de rêves - Nikom Rayawa (1944 – ….)

Avec ce petit roman, Rayawa cherche surtout à nous donner une autre image de son pays, celui qui était autrefois le Siam et qu’on appelle désormais la Thaïlande. Il dépeint un  pays en pleine mutation, soumis à un tourisme de masse qui a tout changé, et nous dépeint une population qui perd peu à peu ses repères au grand désespoir de l’auteur.

L’empailleur de rêves, c’est Cam-ngaï, il est le cornac d’un éléphant et plus encore son ami, jusqu’au jour où le propriétaire décide de se séparer de l’animal. Le cornac décide alors de partir à la recherche de son ami en faisant divers métiers et en se livrant à une quête qui nous permet de découvrir ce pays si mal connu et d’en discerner les rouages secrets.

Lajja - Taslima Nasreen (1962 - ….)

Ce livre a fait l’actualité lors de sa publication car, plus qu'une fiction, c'est un réquisitoire contre l’intolérance religieuse qui sévit au Bangladesh, réquisitoire qui a valu à son auteur une fatwa de la part des islamistes qui dirigent le pays. Les extrémistes hindouistes ont brûlé une mosquée et la réaction fut immédiate : les islamistes ont déclenché une riposte violente et décimé les villages, les maisons, les familles, dont celle qui sert de support au roman. Avec cette fiction, qui s’inspire des événements de 1990, Taslima Nasreen dénonce les violences perpétrées par les extrémistes religieux de tout bord et, notamment, les maltraitances infligées aux femmes qui sont toujours dans le camp des victimes. Un acte de courage plus qu’une œuvre littéraire qui mérite  notre respect et notre soutien.

Denis BILLAMBOZ  -  à lundi prochain pour la poursuite de notre tour du monde littéraire  -

Et pour consulter la liste de mes précédents articles, cliquer sur le lien ci-dessous :

Liste des articles : LES VOYAGES LITTERAIRES DE DENIS

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES VOYAGES LITTERAIRES de DENIS
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commentaires

Pascal 31/01/2013 13:25

Salut Denis,
Je crois bien qu'Agnès a lu le livre témoignage de Taslima Nasreen. Cela avait fait grand bruit à l'époque et ma femme s'intéresse beaucoup au sort des femmes à travers le monde. Et ce n'est pas
encourageant au XXi ème siécle de voir tant de femmes réduites à un sort presque inhumain. C'est là où on voit que l'humanité n'a pas vraiment progressé. Nous allons dans l'espace et des femmes
sont encore lapidées.
Où irons-nous la prochaine fois ? Cela excite toujours ma curiosité.

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