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2 avril 2012 1 02 /04 /avril /2012 08:18

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Lectures Balkaniques

Nous quittons les steppes hongroises pour pénétrer dans une vaste région montagneuse qui a connu plus de violence et de misère que de jours paisibles et agréables. En effet, nous visitons maintenant le massif balkaniques et tous les états issus de l’explosion de la Yougoslavie où nous rencontrerons de nombreux écrivains de grand talent souvent inspirés par tous ces conflits qui enflamment régulièrement la région depuis des lustres maintenant. Au carrefour des mondes musulman, slave et catholique, cette région ne pouvait guère échapper à la malédiction quand on connaît le peu de sagesse des hommes, surtout quand il s’agit de religion. Nous consacrerons ainsi une première étape à la Serbie et aux nations qui l’ont quittée depuis peu : la Macédoine, le Monténégro et le Kosovo pour lesquelles je n’ai encore que peu de lectures. Nous parcourrons ces régions avec un écrivain, Miroslav Popovic, issu d’une région toujours solidement rattachée à la Serbie, la Voïvodine, et nous irons à la rencontre de l’œuvre du Monténégrin Branimir Scepanovic et de deux Serbes : Vidosav Stevanovic et Slobodan Selenic.

 

Les loups de Voïvodine

Miroslav Popovic (1926 - 1985)

En recherchant un livre de Danko Popovic, je suis tombé sur ce roman de son homonyme Miroslav qui a retenu mon attention car il évoque une région dont on parle rarement dans la littérature, la Voïvodine, contrairement à la Croatie, la Bosnie, la Serbie, le Kosovo, etc., qui ont servi de cadre à de nombreux ouvrages.

Dans son roman, Popovic raconte l’histoire d’une petite ville de Voïvodine qui pourrait se concentrer dans l’entreprise où Frans, un Souabe, Serbe d’origine allemande, et son apprenti David, un vrai Serbe, accueillent Zurajica, qui pourrait être d’origine croate, comme le nouveau gardien des locaux de l’entreprise Albrechts, un Juif, pour lequel ils travaillent. Cette communauté multiethnique vit une vie plutôt médiocre, suite à la crise des années trente, mais relativement paisible, sans heurt particulier, quand survient la guerre qui les surprend dans la torpeur de cette vie sans relief et sans grand intérêt.

Dès le début de la guerre, les anciennes fractures ethniques se redessinent et modifient considérablement le paysage social. Les amitiés et les inimitiés se nouent désormais en fonction de l’appartenance à une ethnie et chacun se replie sur sa famille et sa nation d’origine pour se protéger et surtout éviter de se commettre avec les membres de l’un des autres clans. Les Souabes, les Folksdeutsche, retournent à leurs origines et soutiennent activement l’envahisseur allemand, alors que les Serbes raidissent leur position vis-à-vis de cette invasion et que les Juifs s’interrogent et glosent quant à leur avenir. Bizarrement Popovic n’évoque pas les Tziganes qui ont cependant payé un lourd tribut à cette occupation, ni les Islamiques qui ne semblent pas être très nombreux dans cette contrée des Balkans.

Le récit est largement encombré par de nombreuses digressions rapportant la vie des principaux acteurs de ce drame social et ethnique et stigmatise les différents comportements que l’on rencontre habituellement à l’arrière de toutes les guerres : la trahison, l’abus de pouvoir, la violence gratuite, la corruption, le vol, la spoliation, etc. Le vainqueur écrase les vaincus et abuse largement de sa force, les vaincus ploient et souffrent et les plus malheureux, en l’occurrence les Juifs, paieront très chèrement le prix de ce conflit

A travers cette fresque sociale, Popovic pose ouvertement le problème de la responsabilité du génocide et plus particulièrement de la part qu’il faut accorder à ceux qui pourraient être les loups de Voïvodine, les Folksdeutsche, qui ne se sentent peut-être pas responsables de vivre à cette époque. Toutefois, « on peut toujours remplacer les gens. Mais l’époque n’a ni mains ni jambes pour faire des choses qui ne se font pas… »

C’est aussi toute la question balkanique qui se trouve une nouvelle fois posée dans ce roman, sauf que les Musulmans ne sont cette fois pas concernés, et on retrouve toutes les démonstrations construites par Andric, Draskovitch, Jergovic, et bien d’autres… sur ces peuples qui peuvent vivre en bonne entente et se déchirer et se massacrer à la première occasion, mettant ainsi en lumière la fragilité de l’humanité qui comprend le pire et le meilleur, celui qui assassine gratuitement et celui qui va au bout de son idéal. Si on peut retirer la vie on ne peut pas tuer la dignité de celui qui accepte le sacrifice pour la justice et le respect des hommes. Et, dans ce livre, plein de haine, de violence et de misère, il y a tout de même un rayon de soleil, un juste au sens où Marek Halter l’entend.

Avec ce roman trop lourd, un peu laborieux, Popovic propose une image réaliste, dénuée de passion et d’émotion, une explication didactique, un témoignage impartial qui manque toutefois de souffle, d’émotion, d’indignation et d’humeur. Mais, c’est certainement un parti pris, une image qu’il faut accepter et admettre car cela c’est passé comme ça !

 

La bouche pleine de terre – Branimir Scepanovic (1937 - …)

Dans ce petit livre, un court roman, une grande nouvelle, peu importe après tout, cette œuvre est un concentré de tout ce que la région vivra dans les années suivantes et certains ont voulu y voir comme une prémonition. Mais cette poursuite infernale entre un homme malade qui veut rentrer au pays, le Monténégro, pour se donner la mort, et deux chasseurs qui au départ ne lui voulaient aucun mal, montre bien toute la haine, la violence et l’horreur que les hommes peuvent dispenser quand ils s‘enflamment mutuellement. Comment une simple interpellation amicale peut-elle dégénérer en une chasse à l’homme implacable et brutale ? Vous pourrez mieux le comprendre quand vous aurez lu ce livre et vous aurez peut-être aussi une meilleure idée de ce qui a généré la sauvage bestialité qui s’est déchaînée dans les divers conflits balkaniques.

La neige et les chiens – Vidosav Stevanovic (1942 - …)

Un des premiers et plus tenaces adversaires du dictateur serbe Milosevic, Vidosav Strevanovic, a été aussi l’un des tous premiers à écrire sur le dernier drame balkanique. Un livre écrit à chaud, sur le fait, dans l’urgence, avec lequel il a voulu montrer l’horreur et la sauvagerie qui se sont déchaînées non seulement dans le camp des combattants mais aussi dans celui de ceux qui se trouvaient à la périphérie des combats, comme certains journalistes ou autres acteurs secondaires. Je me souviens particulièrement de deux scènes extrêmement atroces qui illustrent bien l’horreur qui a caractérisée ce conflit : l’organisation d’une agression sauvage sur des êtres sans défense pour faire plaisir à la presse qui a besoin d’images « parlantes » et comment des combattants arrivés au bout de l’humanité font griller un enfant sur un feu de campement. Nous pensions connaître le bout de l’horreur mais Stevanovic nous inflige la réalité la plus atroce pour que nous mesurions toute l’étendue de l’horreur qui s’est déversée sur les Balkans au cours de ce conflit où les hommes n’étaient plus que des bêtes … et encore les bêtes s’acharnent pour une raison qui leur est bonne. Alors que là la sauvagerie semble être devenue une fin en soi … une fuite en avant irrépressible, une négation de la condition humaine.

L’ombre des aïeux – Slobodan Selenic (1933 – 1995)

Selenic évoque, dans ce roman, cette époque au cours de laquelle le monde musulman a dû admettre la défaite de la première guerre mondiale et constater la montée des nations balkaniques, cette période qui a vu une intelligentsia slave s’imposer et acquérir certaines prérogatives et une culture comme celle du narrateur de ce livre qui a terminé de brillantes études en Angleterre où il a rencontré une jeune femme qu’il a épousée. Et au soir de sa vie, dans les années soixante-dix, reclus dans son appartement de Belgrade, il regarde la société évoluer comme un médecin regarde son patient, incertain de ses progrès, il se remémore son parcours et constate le dilemme auquel son fils doit faire face, assis entre deux cultures qu’il a du mal à concilier. Une véritable quête d’une identité à construire, comme ces nations qui cherchent un avenir dans un contexte incertain, agité, flou, perturbé, … qui contient déjà tous les ingrédients des conflits à venir. Le passé ausculté ne comporte que les ferments d’un avenir trouble.

Denis BILLAMBOZ  - à lundi prochain pour poursuivre notre pérégrination dans la littérature européenne 

 

Et pour consulter la liste de mes articles précédents, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES VOYAGES LITTERAIRES de DENIS
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commentaires

Denis Billamboz 15/04/2012 19:17

Coucou Marcelle,

Des lectures fortes dans une région où l'histoire a souvent été très douloureuse et, ainsi, a nourri des textes puissants, émouvants, pathétique, douloureux et parfois bien âpres à la lecture.

Pâques 10/04/2012 20:51

De belles découvertes, L'ombre des aïeux me séduit particulièrement ...

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