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4 février 2013 1 04 /02 /février /2013 09:09

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Quelque part entre Hawaï et Tahiti

Pour cette édition, nous allons considérer un immense territoire liquide, et aller à la rencontre des littératures des îles du Pacifique, tâche un peu ardue car ces îles ont longtemps eu recours à la tradition orale pour transmettre leur culture, leurs rites, leurs usages et leur mode de vie. Mais, depuis la colonisation, les lettres ont séduit les autochtones et, désormais, on trouve aisément d’excellents ouvrages dans les diverse îles de cet immense océan. Nous évincerons, évidemment, l’Australie et la Nouvelle-Zélande de cette étape, car elles ont toutes deux une littérature suffisamment foisonnante pour que nous leur consacrions, à chacune, un séjour particulier.

Nous accomplirons donc ce périple avec Nicolas Kurtovitch que j’ai eu le plaisir de rencontrer au dernier Salon du livre de Paris et qui, de sa Nouvelle Calédonie natale, nous conduira vers les Philippines pour  visiter Francisco Sionil José qui sera peut-être nobélisé un jour, puis au Timor oriental là où est né Luis Cardoso désormais réfugié au Portugal et, enfin, en Indonésie pour faire la connaissance de Pramoedya Ananta Toer.

 

Good night friend

Nicolas Kurtovitch ( 1955 - ….)

J’ai rencontré Nicolas Kurtovitch au dernier Salon du livre de Paris et je lui ai acheté ce petit roman qui raconte une histoire calédonienne construite comme une tragédie grecque transplantée sous le soleil de Nouméa. Ce petit livre mêle adroitement les croyances locales, les traditions ancestrales, les pouvoirs occultes et la raison des Blancs avec le fatalisme de la tragédie antique. Le père de Léa a tué le sorcier qui avait inoculé une maladie fatale à sa fille qui refusait ses avances et il s’est livré à la police pour expier sa faute, mais le fils du sorcier se fait emprisonner pour une raison vénielle afin d’assumer la vengeance que la tradition locale impose.

La vengeance pourrait être évitée si le fils aîné de la famille présentait le pardon rituel à la famille de la victime, mais ce fils a disparu sans laisser d’indices sur sa destination et Léa se lance à sa recherche dans les squats et dans les brousses où une faune dangereuse pullule et où elle-même vivra une aventure douloureuse.

Nicolas Kurtovitch a écrit de la poésie et du théâtre avant de se lancer dans la fiction romanesque, il en a gardé le sens de la mise en scène avec des phrases courtes et percutantes comme des répliques, un rythme qui conviendrait à la scène et une langue qui doit beaucoup à la poésie. Il utilise aussi un procédé peu habituel qui consiste a toujours faire parler le narrateur à la première personne même si celui-ci n’est pas toujours le même personnage du roman, une façon d’impliquer le lecteur au cœur de l’action.

Un joli petit roman d’une facture originale, qui aborde des thèmes très actuels comme la difficulté de ces exilés de l’intérieur qui ont abandonné leur terre pour rejoindre la ville où ils n’ont aucun repère, où ils ne savent pas guider leurs enfants qui partent à la dérive, cédant au mirage de l’alcool proposé par les Blancs. Ces derniers ont construit une ville anarchique afin d’exploiter le nickel, richesse du sol calédonien, alors même que ce sol donne leur identité aux Kanaks et les rattache à un clan. C’est l’histoire d’une civilisation explosée, démantibulée, qui n’arrive pas à concilier la tradition millénaire transmise par les ancêtres avec les règles cartésiennes imposées par les Blancs.

L’irruption des Européens, dans un monde qui possédait ses propres règles, ses rites et coutumes, pour construire une ville au seul objectif économique, provoque l’afflux d’une population qui s’entasse dans des squats, squats qui ne sont pas sans évoquer les favelas que Jorge Amado a vu pousser dans « Les pâtres de la nuit » au Brésil. Les autochtones s’égarent dans le labyrinthe urbain  et ne n’osent pas retourner vers la terre qu’ils ont trahie car chacun « sait que le nom dans la société kanake est la terre, il est Une terre. » Et Léa cherchera son nom, comme sa mère cherchera son territoire, tandis que le frère retourne à la nature dans la même quête identitaire avec, pour seule perspective, celle de redonner un sens à sa vie.

 

Po-on – Francisco Sionil José (1924 - ….)

Depuis un certain temps sur la liste des favoris du prix Nobel de littérature, Francisco Sionil José s’est notamment illustré par la vaste saga de Rosales dont le premier tome est l’oeuvre que je vous présente ici : Po-on. Cette première partie évoque la conquête des Philippines par les Espagnols et l’exil forcé des paysans dont les terres ont été spoliées par les colons. Ce peuple prend la route de l’exil avec les maigres objets qui constituent  leur patrimoine et part à la recherche de nouvelles terres libres avec la perspective de s’y installer, d'y prospérer et de combattre pour la liberté.

C’est le symbole de la lutte d’un peuple contre l’envahisseur espagnol, puis contre la domination américaine et finalement pour l’indépendance et la création d’un état libre. Un grand livre qui  n’aurait certainement pas terni la bibliographie des Nobel.

Une île au loin – Luis Cardoso (1959 - ….)

Ce livre est le premier roman écrit par un Timorais. En exil au Portugal,depuis que son pays a été conquis par les Indonésiens auxquels il s’était opposé, Luis Cardoso raconte sa vie, ses voyages entre les diverses îles qui constituent son pays natal, le voyage des Indonésiens venus en conquérants et le voyage ultime qu’il dût effectuer vers la patrie colonisatrice dans le seul souci d’échapper à la vindicte des conquérants indonésiens. Un livre où alternent douceur et violence mais également la poésie et qui nous transporte dans un monde que nous ne nous attendions pas à découvrir sous cet angle.

Corruption – Pramoedya Ananta Toer (1955 – 2006)

Une véritable analyse clinique du processus de la corruption à travers la découverte par un fonctionnaire falot et insignifiant de la facilité avec laquelle on peut s’enrichir un trichant avec l’argent public. Mais, l’appétit venant en mangeant, le fonctionnaire met le doigt de plus en plus profondément dans le système de la corruption jusqu’à être complètement happé par cette machine infernale.

Un réquisitoire implacable contre une corruption qui a sévi en Indonésie après l'indépendance, dans les années cinquante, et pour laquelle Toer avait lui-même lutté de toutes ses forces.

Denis BILLAMBOZ  -  à lundi prochain pour une nouvelle étape de notre voyage littéraire.

Et pour consulter la liste de mes précédents articles, cliquer sur le lien ci-dessous :

Liste des articles : LES VOYAGES LITTERAIRES DE DENIS

 

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES VOYAGES LITTERAIRES de DENIS
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commentaires

denis billamboz 05/02/2013 14:03

Merci Armelle pour tes commentaires précieux.

Merci Pascal pour ton amabilité et ta gentillesse.

Si nous repassons un jour par cette région, pour un autre tour du monde, je vous parlerai des écrivains que j'ai rencontrés au Salon du livre de Paris en 2010 ou dont j'ai simplement acheté les
oeuvres. Des auteurs néocalédoniens, polynésiens, du Vanuatu, Etc... Toute une belle littérature bien trop négligé par la métropole.

Pascal 05/02/2013 13:39

Je crois que nous avons tous rêvés à ces îles magnifiques et que nous avons tous aimés lire London par exemple. J'ai entendu parler de Victor Ségalen sans l'avoir lu, mais je ne suis pas une
référence en tant que lecteur, comm toi Denis, inlassable lecteur pour notre plus grand plaisir. On peut dire que tu voyages sacrément entre les pages. Bonne continuation. Tu vois je prends au
moins le temps de te lire et toujours avec plaisir ainsi qu'Armelle.

armelle 05/02/2013 10:27

Les îles Pacifiques ont, en effet, inspiré de nombreux auteurs et, parmi eux, des Européens éblouis par la beauté des paysages et l'accueil des populations. Parmi eux Jack London, Romain Gary et
surtout Victor Ségalen qui, dans ses "Immémoriaux", brosse de façon poétique et précise non seulement le décor mais l'histoire et les coutumes du pays et s'applique à dépeindre la dissolution et la
mort de la culture Maorie. Un très beau livre.

"Denis.Billamboz 04/02/2013 14:12

Merci Michel, c'est surtout beaucoup de plaisir, des années de lecture, un peu de travail et la joie de voir que certains aiment ces livres autant que moi.

Belle journée !

Denis

courty 04/02/2013 10:18

bonjour
juste merci pour toutes c'est infos et articles que de choses merveilleuses et que de travail .

bonne journnée a bientot . MICHEL

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