Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
29 octobre 2012 1 29 /10 /octobre /2012 09:31

cavalier-steppes-621800.jpg

 

 

A travers les vastes plaines d’Asie centrale

Quittant la brillante civilisation moyen-orientale, nous abordons les vastes plaines de l’Asie centrale qui s’étendent du Kazakhstan jusqu’aux rives de l’Atlantique Nord, en Tchoukotka, à travers des espaces peu peuplés où les civilisations n’ont laissé que bien peu de témoignages écrits et où la littérature n’est pas très présente, ou alors fort peu traduite en notre langue. J’ai tout même pu réunir quelques lectures pour vous proposer ce voyage au cœur de l’Asie avec Tchinguiz Aïtmatov venu des steppes du Kirghizstan où il a situé son merveilleux roman d’amour « Djamilia », Anatoli Kim, enfant de la minorité coréenne sédentarisée au cœur du Kazakhstan, et enfin Youri Rykthéou descendant du peuple Touva qui vit aux confins orientaux de la Sibérie, là où elle flirte avec le continent américain dans les Iles Aléoutiennes. Et pour cheminer tout au long de cette vaste piste, nous suivrons Galsan Tschinag, jeune Mongol, instruit dans une université de l’ancienne Allemagne de l’Est où il écrivit le roman que je vous présente ci-dessous.

 

Ciel bleu

Galsan Tschinag (1944 - ….)

Un coup de cœur pour l'histoire de ce petit Mongol illettré qui vit dans une tribu nomade aux confins de l'Altaï et qui a la chance de voir ses parents contraints à la sédentarisation et à l'alphabétisation de leurs enfants par le nouveau pouvoir en place. Mais, revers de la médaille, c'est à la destruction d'une civilisation et d'une culture qu'assiste le jeune Touva avant de poursuivre ses études dans un pays ami de la dictature en place.

Ce livre est aussi pur que son titre et d'une fraîcheur remarquable. Il dépeint la vie rude des Touvas comme une oasis de paix, de calme et de quiétude jusqu'au jour où les forces du progrès investiront cet espace de liberté sous prétexte d'éducation.

Galsan Tschinag a réussi de brillantes études en Mongolie, ce qui était déjà un exploit dans ce pays à cette époque, poursuivies en Allemagne de l’Est sous le régime communiste qui sévissait comme en Mongolie dans ces années-là. Ce roman est son premier ouvrage, écrit en allemand,  un acte d’amour envers son pays d’origine, un moment de nostalgie peut-être, la dénonciation implicite d’un système qui a tué une civilisation, un mode de vie, une culture. Mais pas un acte de révolte, un constat, et peut-être le prix à payer pour que de tels peuples illettrés accèdent à la culture écrite et envoient leurs élites, comme Tschinag, recueillir l’enseignement d’autres civilisations.

 

Djamilia - Tchinguiz Aïtmatov  (1928 – 2008)

« La plus belle histoire d‘amour du monde ! » se serait exclamé Aragon après la lecture du livre d’un auteur né dans le Kirghizstan soviétique et encore fort peu connu à l’époque. Tellement belle, qu’il a décidé de traduire lui-même cette histoire où la très belle Djamilia travaille dur à la récolte de la moisson sous la surveillance amoureuse du jeune frère de son mari qui, lui, est parti au loin faire la guerre. Récit aussi de l’éclosion sentimentale du jeune narrateur au spectacle de cette superbe jeune femme qu'il couve  inlassablement du regard.

Unna - Youri Rykthéou  (1930 – 2008)

Aux confins de la Sibérie et de l’Atlantique Nord, en Tchoukotka, Unna petite fille de la toundra est une brillante élève qui réussit très bien ses études et entreprend une carrière administrative ascensionnelle dans le système soviétique, en rejetant les valeurs traditionnelles de son peuple pour mieux appliquer les recommandations du régime central. Mais, quand elle met un pied un peu à côté de la ligne du parti, le grain de sable vient vite gripper la machine et l’ascension de la jeune fille se transforme vite en une chute irréversible.

Notre père la forêt - Anatoli Kim  (1939 - ….)

Peut-être le livre qui m’a posé le plus de problèmes à la lecture. Kim, enfant de la minorité coréenne transplantée dans le plaines du Kazakhstan, a écrit un vaste roman polyphonique qui veut embrasser tous les malheurs que la Russie a pu connaître à travers les divers masques du « Père la forêt », le démiurge qui incarne aussi bien l’aristocrate terrien chassé de ses terres par la Révolution, le mort-vivant rescapé des camps de la mort, que le savant devenu fou parce qu’il a inventé une arme destructrice. Un roman parabole dont les différentes voix s’imbriquent en une vaste symphonie à la mémoire des victimes de la Révolution, à la lente agonie des prisonniers russes ainsi qu'à celle des prisonniers allemands, et même à la souffrance de la terre mère meurtrie par notre civilisation irresponsable. Un roman plein de désespoir où même le dieu, démiurge de la forêt, préfère la mort à la vie qui nous attend, mais peut-être que le sacrifice d’un enfant, qui trouve une  issue à son drame, pourrait indiquer une nouvelle direction rédemptrice pour l’humanité entière. Je vous ai prévenu : s’armer avant de se lancer dans cette lecture.

Denis BILLAMBOZ  -  à lundi prochain pour poursuivre ensemble notre périple littéraire autour du monde  -

 

Et pour consulter mes précédents articles, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

Liste des articles : LES VOYAGES LITTERAIRES DE DENIS

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET - dans LES VOYAGES LITTERAIRES de DENIS
commenter cet article

commentaires

denis billamboz 30/10/2012 12:42

Oui Marcel, nous irons partout où il y a des textes que les éditeurs français ont dénichés et traduits pour notre plus grand plaisir.

Marcel Lommier 30/10/2012 12:15

Monsieur Billamboz ne laisse aucune région de côté et nous assure d'un tour du monde littéraire très complet. Cela est suffisamment rare pour être souligné. Rien à ajouter à cet article faute de
connaissance des auteurs cités.

denis billamboz 30/10/2012 11:10

Je partage Armelle, c'est surtout une histoire qui contient tous les éléments nécessaires pour faire vibrer la fibre sentimentale des lecteurs:exotisme,romantisme,sentimentalisme,... plus quelques
autres ingrédients en "isme" qui font bien vendre les livres. Cependant, si ce n'est pas un sommet de la littérature, ça reste tout de même un livre bien agréable à lire.

armelle 30/10/2012 10:08

Le seul que j'ai lu des livres que tu présentes cette semaine, cher Denis, est "Djamilia" de Aïtmatov. Certes,
un beau roman qui se passe en Asie centrale, le Kirghizistan, où cohabitent les règles ancestrales et le soviétisme. Le portrait de cette belle jeune femme est d'autant plus attrayant qu'elle est
tout à la fois fragile et rebelle. Qu'Aragon considère cet ouvrage comme la plus belle histoire d'amour du monde est tout de même excessif. C'est surtout une histoire dépaysante.

"Denis.Billamboz 29/10/2012 22:55

Bonsoir Maxime, merci, c'est gentil, je suis heureux de vous promener ainsi dans les livres."Ciel bleu" est un livre plein de fraîcheur, qui emmène sur les sommets de l'Altaï là où la nature est
encore vierge et intacte même s'il elle est austère et rude.

Présentation

  • : Le blog interligne d' Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • Le blog interligne d' Armelle BARGUILLET  HAUTELOIRE
  • : Grâce au pouvoir des mots, une invitation à voyager sur les lignes et interlignes.
  • Contact

TEXTE LIBRE

 4016234704 (Small)

Un blog qui privilégie l'évasion par les mots, d'abord, par l'imaginaire...toujours.

LES MOTS, nous les aimons pour eux-mêmes, leur sonorité, leur beauté, leur velouté, leur fraîcheur, leur hardiesse, leur insolence, leur curiosité, leur dureté, leur volupté, leur rigueur.
Différemment des notes et des couleurs qui touchent d'abord notre sensibilité, ils ont vocation à transmettre, informer, émouvoir, expliquer, séduire, irriter, formuler les idées, forger les concepts, instaurer le dialogue.
Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

La vie doit être vécue en regardant vers l'avenir, mais elle ne peut être comprise qu'en se tournant vers le passé.

 Soëren Kierkegaard

 

Je réponds ordinairement à ceux qui me demandent raison de mes voyages : que je sais bien ce que je fuis, et non pas ce que je cherche.

   Montaigne

 

Veux-tu vivre heureux ? Voyage avec deux sacs, l'un pour donner, l'autre pours recevoir.
   Goethe

 

 MES DERNIERS OUVRAGES PUBLIES ( cliquer sur l'icône pour accéder à leur présentation )


1184097919 profil de la nuit  2851620614

les signes pourpres  3190-NEL i 978-3-8417-7335-7-full

 

SI VOUS PREFEREZ LES IMAGES et le 7e Art, RENDEZ-VOUS SUR MON BLOG : 

 

Bannière pour Armelle 1 

 

ET SI VOUS AIMEZ LES ANIMAUX, RENDEZ-VOUS SUR " MEMOIRE D'EAU" :

 

P1080160.JPG

Recherche