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5 novembre 2012 1 05 /11 /novembre /2012 09:47

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De Kaboul à Islamabad

Après avoir arpenté les plaines de l’Asie centrale, nous revenons vers les hautes montagnes qui dominent l’Afghanistan et le Pakistan réunis dans une même étape pour les seuls besoins de ce parcours littéraire. La littérature est bien présente dans ces deux pays mais, hélas une fois de plus, les écrivains ne sont plus là, ils ont dû fuir la violence et la folie des hommes pour sauver leur vie. Atiq Rahimi, né à Kaboul, vit en France où il a reçu il n’y a pas si longtemps, en 2008, le Goncourt pour un livre qui n’est pas celui que je vous présente mais « Syngué Sabour ». Spôjmai Zariâb, Kaboulie elle aussi, réside également en France où elle est réfugiée politique alors qu’Hanif Kureishi appartient à la communauté pakistanaise de Londres. Et, pour suivre le chemin de tous ces exilés, nous partirons en compagnie d’un autre Afghan, Khaled Hosseini, qui, lui, vit aux Etats-Unis.

 

Les cerfs-volants de Kaboul

Khaled Hosseini (1965 - ….)

Pourquoi Khaled ? Pourquoi verser tant de ketchup américain dans cette belle histoire de fraternité entre deux frères de lait que tout sépare a priori, l’un riche l’autre pauvre, l’un maître l’autre valet, l’un Pachtoun l’autre Hazara ? La recette était belle et bonne pourtant sous le soleil d’un Kaboul que les médias ne nous ont jamais montré, éclaboussé du vol multicolore des cerfs-volants que les enfants manipulaient en un combat prémonitoire. Et quelle émotion, quelle intensité dans le drame quand la trahison s’immisce dans l’amitié entre ces deux enfants dont le sort va se fondre dans celui de ce pays où les diverses communautés cohabitent mais ne pourront jamais composer un peuple uni.

Alors, quand la guerre fait rage, que le remord dévore les tripes, il faut partir vers un ailleurs meilleur pour tenter d’oublier et de se reconstruire. Mais le sort, comme dans toutes les grandes tragédies, rattrapent les fautifs et l’ami, qui a trahi, est appelé en Afghanistan pour accomplir une mission qui pourra lui rendre son honneur et sa fierté, nang et nanoos, les valeurs fondamentales des hommes de cette terre. Et là, hélas, la belle tragédie qui aurait pu prendre l’allure d’une épopée antique ou d’un célèbre western de Jack Schaefer ou de Dorothy M Johnson, sombre dans le polar de série B où les héros, passés à la moulinette, ressuscitent comme par miracle pour triompher tel David devant Goliath. Et le roman s’étire en une fin interminable digne d’un roman américain à l’eau de rose pour faire pleurer les âmes sensibles et racoler les amateurs de sensations fortes. Et voilà comment on transforme un succès littéraire en un succès de librairie et comment l'on cède aux concessions accordées à l’éditeur et au marché.

Hélas, mille fois hélas, car ce roman comporte de belles scènes et une vision originale sur l’Afghanistan, même si tous les poncifs sur le conflit sont largement étalés, poncifs que les journalistes avaient oublié de nous donner. Cette histoire d’amitié et de trahison méritait davantage l’inspiration de la tragédie grecque que celle de certains auteurs de westerns et davantage une référence à Eschyle, Sophocle ou Euripide qu’à des romans plus proches de Gérard de Villiers…

 

Terre et cendres - Atiq Rahimi (1962 - ….)

Un vieil homme attend le camion qui le conduira à la mine où travaille son fils, il doit aller là-bas pour lui apprendre la terrible nouvelle : une bombe a rasé le village, il ne reste rien, ni hommes, ni bêtes, ni maisons, la place n’est plus que cendres et le vieil homme doit rapporter l’horreur. Il y a cependant un survivant, un enfant qui est devenu sourd et à qui on ne peut plus transmettre l’histoire du village et de son peuple. Dans cette attente, le vieil homme essaie de ne pas sombrer dans la haine, de retrouver les chemins de l’amour et de l’espoir pour que son peuple puisse un jour entrevoir un monde plus serein. Un petit livre en forme d'allégorie sur un Afghanistan martyrisé par l’armée rouge et son arsenal diabolique.

La plaine de Caïn - Spôjmaï Zariâb (1949 - ….)

Un recueil de nouvelles, treize au total, qui évoque lui aussi la période communiste de l’Afghanistan quand les Russes et leurs sbires au pouvoir écrasaient le pays sous leurs lourds chars. L’auteur nous fait voir, à travers des regards de femmes, des villes dépossédées de leur âme, des enfants devenus bourreaux ou victimes, ou successivement l’un puis l’autre, toute la douleur d’un pays envahi et martyrisé. Pour dire cette horreur, il utilise la langue persane, celle-ci se prêtant mieux à la poésie qui, ainsi, n’est pas absente de ces textes poignants, révoltants et émouvants.

Intimité – Hanif Kureishi (1954 - ….)

Kureishi est peut-être plus connu pour le roman qui a donné naissance au film « Ma beautiful laundrette », tourné en partie à Belfort. Dans « Intimité », il nous raconte la vie d’un homme qui a décidé de tout plaquer, femme et enfants, pour partir ailleurs, évoquant la dernière soirée qu’il s’apprête à passer en famille avec la tension qui l’habite, doit-il tout dire et que doit-il dire s’il ne dit pas tout ? Demain sera un autre jour, un jour de liberté, un grand courant d’air frais dans sa vie, mais ce soir il faut passer par l’épreuve de la rupture avec ce que cela comporte comme explications et silences.

Denis BILLAMBOZ  -  à lundi prochain pour la poursuite de notre voyage littéraire à travers le Moyen-Orient  -

Et pour consulter mes précédents articles, cliquer sur le lein ci-dessous :

 

Liste des articles : LES VOYAGES LITTERAIRES DE DENIS

 

 

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES VOYAGES LITTERAIRES de DENIS
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commentaires

denis billamboz 08/11/2012 20:44

Marcel tes propos me font bien plaisir parce que mon manuscrit m'a été refusé sans motif réel, je crois même qu'aucun éditeur destinataire ne l'a lu. J'en ai la quasi conviction. Je ne saurai donc
jamais si je pourrais prétendre un jour à l'édition.Considérant mon âge, je vivrai malgré tout très bien sans ça !

Marcel Lommier 07/11/2012 19:50

Oui, cher Monsieur Billamboz, nous sommes bien d'accord, l'exigence n'est plus guère à la mode. On flatte trop souvent le mauvais goût du public.Et un auteur est le plus souvent édité non parce
qu'il a du talent mais parce qu'il peut rapporter de l'argent.

denis billamboz 07/11/2012 15:30

C'est ce que je pense un peu, ça fait très culture superficielle made in USA avec espoir d'en tirer un profit maximum ; mais c'est dommage car c'est une belle idée qui méritait certainement un
traitement plus rigoureux et moins pathétique.

Maxime Julliard 07/11/2012 14:41

Moi aussi je l'ai lu ce livre 'Les cerfs-volants de Kaboul'. Ca ne m'a pas laissé un souvenir impérissable. Il y avait de jolis passages et je me souviens qu'à ce moment-là les gens ne parlaient
que de ce livre. Il a fait un tabac parce qu'il était très mode. Je crois qu'il y a eu un film après que je n'ai pas vu. Le livre suffisait.

"Denis.Billamboz 07/11/2012 13:51

Effectivement Thérèse on peut voir le texte comme ça, cependant je penche plutôt du côté d'Armelle : un très beau scénario qui démarre bien mais qui se termine à l'américaine, avec toutes les
exagérations et les artifices que cela comporte, comme pour suggérer un scénario de film où le faible, mais bon,terroriserait le mauvais dragon, l'éternelle lutte du bien et du mal façon
Hollywood.Trop de clichés, trop de lieux communs, pas assez de finesse et de subtilité.Un bon moment de lecture cependant.

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