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6 mai 2013 1 06 /05 /mai /2013 08:01

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Lire entre  Lagos et Monrovia


Cette étape consacrée à la littérature anglophone de l’Afrique de l’ouest, je voudrais la dédicacer à notre guide, Chinua Achebe, décédé quelques semaines (21 mars 2013) seulement avant que je rédige ces lignes. C’est donc en hommage à ce grand écrivain nigerian que nous marcherons sur sa piste pour rencontrer le premier Africain titulaire du Prix Nobel de littérature, son compatriote Wole Soyinka, et une autre compatriote Buchi Emecheta. Nous poursuivrons notre périple jusqu’au Ghana où une autre jeune femme nous racontera, elle aussi, les malheurs des jeunes femmes noires qui voudraient profiter de « la belle vie » des Européennes. Cette littérature est un réservoir de talents pas assez exploré, Achebe était lui aussi cité pour le Prix Nobel de littérature et les belles plumes sont nombreuses dans ce territoire.
 

Femmes en guerre et autres nouvelles

Chinua Achebe (1930 – 2013)


Chinua Achebe, l’auteur nigérian célèbre pour son roman « Le monde s’effondre », a écrit quelques nouvelles dont la plupart sont réunies dans ce recueil publié en 1972, mais elles ont été écrites au cours d’une longue période qui court de 1952 à 1972 et couvre donc la guerre qui enflamma le Biafra. Ces nouvelles évoquent,  notamment dans la première période, les difficultés rencontrées par le peuple nigérian pour faire cohabiter la tradition africaine avec les nouvelles valeurs, principalement l’instruction et l’éducation importées par les colons blancs. Ces premières nouvelles sont souvent moralisatrices, elles dénoncent les principales tares qui affectent l’Afrique de l’époque : l’obscurantisme religieux et culturel, la corruption et la cupidité, le non respect des traditions et surtout le manque d’instruction et d’éducation qui fait l’objet de plusieurs nouvelles. Ces premières nouvelles laissent transpirer l’espoir d’un jeune Africain de voir un jour son pays, après quelques efforts, plus d’application et moins de vices, accéder au rang des pays dits développés. Mais les dernières nouvelles, notamment les trois dernières, sont empreintes de beaucoup plus de pessimisme et montrent même un certain désenchantement et une réelle résignation devant l’incapacité des hommes à vivre en paix sans se déchirer pour des biens terrestres éphémères car « nos parents ne nous ont jamais appris à préférer la richesse aux femmes et aux enfants. »

Ecrites sur une durée de vingt ans, ces nouvelles montrent combien la situation de l’Afrique s’est dégradée au cours de cette période et comment l’optimisme d’un écrivain talentueux et reconnu a tourné au pessimisme et fatalisme après la guerre du Biafra. C’est toute la tragédie de l’Afrique contemporaine qui est relatée en filigrane dans ces nouvelles de Chinua Achebe, nouvelles qui prennent ainsi place à mi-chemin entre Wole Soyinka et Ken Saro-Wiwa dans le panthéon des écrivains africains.

 

Aké, les années d’enfance – Wole Soyinka (1934 - ….)

Wole Soyinka est le premier écrivain africain titulaire du Prix Nobel de littérature, mais aussi le premier écrivain noir à qui ce prestigieux prix fut décerné. A travers ce livre il raconte, comme l’indique le titre, ses années d’enfance, entre sa naissance et 1945, à Aké petite bourgade nigériane devenue aujourd’hui une véritable ville. Peu après la cinquantaine, il a éprouvé le besoin de revenir à ses origines, à sa source africaine, afin de raconter son histoire d’enfant nourri au lait des légendes yoroubas. Un retour vers la mysticité africaine organisée autour de rites tribaux tandis que l’Occident succombe à la folie nazie. C’est un véritable bain de jouvence pour l’auteur qui se délecte de l’innocence et de l’insouciance de l’enfant qu’il était dans un monde dirigé par un ensemble de croyances animistes mêlées aux règles civiles et religieuses importées par les colons. Un livre plein de joie de vivre qui n’arrive cependant pas à cacher tout ce qui attend l’Afrique et les Africains dans la seconde moitié du XXe siècle.


Gwendolen – Buchi Emecheta (1944 - ….)


Gwendolen est une jeune jamaïcaine que ses parents ont laissée à la garde de sa grand-mère et de son oncle pour aller chercher une meilleure situation en Angleterre. La jeune fille essaie de se rendre utile pour que la cohabitation se passe bien, mais l’oncle a pris la sale habitude de la rejoindre souvent sous les draps. La jeune fille n’ose rien dire mais décide un jour de partir en Angleterre rejoindre ses parents ; l’aventure tournera court mais elle parviendra néanmoins à convaincre sa famille de la laisser partir. L’arrivée tant attendue en Europe n’est pas le bonheur qu’elle supposait, elle doit affronter d’autres problèmes et mener de rudes combats. C’est le sort des jeunes filles abusées qui culpabilisent, n’osent pas dénoncer, ne sont pas souvent crues, sont les éternelles victimes de ce genre de situation, et, quand elles sont noires, le racisme et la stigmatisation ne peuvent qu’envenimer la situation.


Par-delà l’horizon – Amma Darko (1956 - ….)


L’histoire de Mara est celle de nombreuses jeunes ghanéennes qui se sont retrouvées sans le vouloir et, souvent, sans savoir comment dans les bordels européens ou sur les trottoirs français. Mara a été mariée par son père à un beau parti du village – du moins le croit-il - qui vit en ville, certes, mais dans une cabane d’un bidonville crasseux. Le beau parti traite bientôt sa femme comme une servante, la trompe et finit par la quitter pour faire fortune en Europe. Quelques années plus tard, il l’a fait venir en Allemagne où elle doit contracter un mariage blanc avec un Allemand pour obtenir un titre de séjour comme il l’a fait lui-même avec une Allemande. Le titre de séjour deviendra l’objet du chantage qui conduira la jeune femme d’un bordel à l’autre à travers divers pays de l’Allemagne à la Suisse. Un sujet brûlant qui n’a toujours pas trouvé sa solution et un livre plein de délicatesse et de tendresse pour dénoncer une traite ignoble.


Denis BILLAMBOZ  -  à lundi prochain pour la suite de notre périple littéraire à travers le monde  -

Et pour consulter la liste de mes articles précédents, cliquer sur le lien ci-dessous :

Liste des articles : LES VOYAGES LITTERAIRES DE DENIS


 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES VOYAGES LITTERAIRES de DENIS
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commentaires

"Denis.Billamboz 08/05/2013 00:29

Armelle,je partage tout ce que tu dis et tout ce que Chinua dit lui aussi, j'ajouterai même qu'il est bien dommage que presque tous les écrivains africains, comme tous les autres intellectuels,sont
presque tous en Europe ou en Amérique. Ils ont abandonné leur pays aux malfrats.Alors qu'Achebe a, lui, beaucoup vécu dans son pays.

Je regrette de n'avoir lu que ces quelques nouvelles d'Achebe car il a écrit aussi des romans fort importants que j'espère lire un jour. Mais, dans ces nouvelles, il y a bien tout ce que tu
rapportes dans ton texte et je crois que le passage concernant les nouvelles et en assez bonne harmonie avec mon texte : on y trouve toutes ces allusions à l'africanité et tout ce désabusement
devant de la déconfiture du pouvoir livré aux dictateurs.

CE grand écrivain méritait bien mon maigre hommage.

armelle 07/05/2013 12:05

Intéressant ce que dit Chinua Achebe à propos de son rôle d'écrivain afin de compléter ton excellent article et inciter nos visiteurs à faire connaissance avec ce grand auteur africain :

« Certains pensent que l’écrivain ne doit jouer aucun rôle dans les soubresauts politiques ou sociaux de son temps. Certains de mes amis disent : “Non, c’est trop dur là-bas. Un écrivain n’a rien à
faire là où c’est trop dur. L’écrivain doit être sur le côté avec son carnet de notes et son stylo, où il peut observer objectivement.”

Je pense au contraire que l’écrivain qui se met sur le côté ne peut écrire que les notes de bas de page et le glossaire lorsque les événements sont terminés. Il ou elle devient comme les
intellectuels contemporains futiles qui, dans d’autres lieux, posent des questions comme : “Qui suis-je ? Quel est le sens de mon existence ? Cet endroit m’appartient-il ou est-il à quelqu’un
d’autre ? Ma vie m’appartient-elle ou appartient-elle à quelqu’un d’autre ?”

Ce sont des questions auxquelles personne ne peut répondre. »

Un peu plus loin, il ajoute :

« Je pense qu’il est impossible d’écrire quoi que ce soit en Afrique sans une sorte d’engagement, une forme de message, une forme de protestation. Dans ma définition, je suis un écrivain de la
protestation, sans retenue.

Même mes nouvelles du début, qui ont l’allure de gentilles recréations du passé, ce qu’elles disent, en fait, c’est que nous avions un passé. C’était une protestation, car il y avait des gens qui
disaient que nous n’avions pas de passé. [...]

Je pense que la décence et la civilisation imposent à l’écrivain de prendre partie pour ceux qui n’ont pas de pouvoir. Il n’y a pas d’obligation morale à écrire d’une manière ou d’une autre. Mais
je pense qu’il y a une obligation morale à ne pas s’allier avec ceux qui ont le pouvoir contre ceux qui ne l’ont pas. Un artiste, dans ma définition du mot, n’est pas quelqu’un qui puisse se mettre
du côté de l’empereur contre ses sujets sans pouvoir. »

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