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1 avril 2013 1 01 /04 /avril /2013 08:36

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Lire entre Yaoundé et Brazzaville

Nous avons abordé l’Afrique par le sud, par les littératures africaines anglophones, lusophones ou encore vernaculaires, avec cette étape, nous entrons pour la première fois en Afrique francophone, dans un ensemble de pays que j’ai regroupés, pour le besoin de ma publication, en une entité que j’ai dénommée Afrique équatoriale francophone qui n’a probablement rien à voir avec les découpages historiques. Nous consacrerons donc cette étape au Cameroun, au Congo, à la République de Centrafrique, au Gabon et à la Guinée équatoriale et pour représenter ces nations, nous accompagnerons la Camerounaise Léonora Miano à la rencontre de deux de ses compatriotes : Mongo Beti et Patrice Nganang  et d’un Congolais : Emanuel Bondzeki Dongala.

 

Contours du jour qui vient

Léonora Miano (1973 - ….)

« Il n’est que des ombres alentours, c’est à toi que je pense. » Une fillette, dans un pays de l’Afrique équatoriale non identifié mais qui pourrait être l’un des ces pays où la guerre a sévi avec une grande brutalité, entrainant les enfants dans les affres de sa tourmente, interpelle sa mère. Une mère qui l’a battue, martyrisée et enfin chassée parce qu’on ne l’a pas laissé l’assassiner. Cette fillette qu’elle accusait, avec la complicité de la diseuse de « mésaventures », d’être à l’origine de tous ses malheurs, cette fillette qu’elle avait prise comme argument irréfutable pour convaincre son conjoint de l’épouser. Mais le riche et distingué intellectuel avait bien accepté la fillette mais pas épousé la mère qui se trouva très démunie au moment du décès du père.

Chassée de la maison paternelle, la fillette entreprend un long périple en forme de chemin de croix où à chaque station elle rencontre l’une des nombreuses misères qui affectent l’Afrique contemporaine : les bandes de gamins qui ont quitté la guerre affamés comme des loups et qui se jettent sur tout ce qu’ils trouvent avec sauvagerie, les trafiquants qui promettent la France ou l’Europe aux jeunes femmes crédules qui finiront sur les trottoirs, les sectes qui manipulent et dépouillent leurs ouailles sans vergogne, les quartiers populaires où survivent, au-delà de la famine, les plus démunis, les vraies victimes de la misère africaine, …

Et c’est toute cette Afrique contemporaine orpheline de ses structures patriarcales et sociales qui ont volées en éclat avec la colonisation et que rien n’a remplacées au moment de la  décolonisation, qui défile au fil des pages de ce roman. Cette Afrique victime de toutes les malversations, de tous les trafics, de la corruption, des guerres, des luttes intestines, des convoitises des aventuriers en tout genre et des puissances étrangères qui lorgnent sur ses richesses, que Miano peint sans aucune concession pour ses contemporains africains.  «Ce peuple qui ne peut croire en rien, puisqu’il ne croit pas en lui. Tout doit venir d’ailleurs, d’en haut, d’en bas, peu importe, pourvu que ce ne soit pas de l’intérieur. » Un peuple qui a perdu la capacité à se satisfaire lui-même, corrompu par l’assistanat colonial ou humanitaire et qui n’a plus que pour échappatoire que « faire la France » ou « faire l’Europe ».

Et dans ce tableau apocalyptique, les femmes et les enfants occupent une place de choix, bouches inutiles qui ne peuvent compter que sur elles-mêmes pour ne pas mourir de faim ou de toute autre calamité. Mais quand on touche le fond, le fond du fond, il se peut qu’une main se tende en forme de secours, une petite lucarne vers la survie, vers un avenir encore possible … Et la fillette, n’abandonnera jamais l’envie de vivre encore un peu car elle a encore des choses à vivre, à découvrir, elle cherche ses racines réelles pour pouvoir construire une identité et une vie car elle veut la vivre cette vie qui lui est due. Comme cette jeune Afrique complètement à la dérive qui ne doit pas abandonner, mais sortir de cette ornière entre l’obscurantisme hérité des pères et la modernité factice apportée par les blancs, afin de pouvoir un jour espérer un réel avenir. « Les crânes jalousement conservés de nos ancêtres ne feront rien pour nous. Les oracles des voyantes ne pourront énoncer que des contrevérités, et les cierges de toutes les couleurs ne brûleront que pour convoquer à nos côtés des entités trompeuses. »

L’avenir appartiendra à ceux qui, « ont comme moi aboli l’amertume et la vindicte, pour que leur vie ne s’écoule pas en perpétuels regrets. » Mariama Bâ nous avait laissé avec tous ses espoirs déçus après avoir conquis la liberté et Léonora Miano reprend le flambeau pour insuffler un nouvel élan au moment où tout semble perdu, invitant ses contemporains à regarder devant.  « Ils devraient savoir qu’on ne peut pas se développer lorsqu’on s’arrime ainsi au jour qui fuit, au lieu de songer à celui qui vient. »

 

Trop de soleil tue l’amour – Mongo Beti (1932 – 2001)

Zam, journaliste politique, mène une vie sans ambition réelle, il se contente de sa cuite quotidienne et  des rupture et réconciliations périodiques avec Bébète, sa petite amie. Cette vie, il la gagne en écrivant régulièrement et honnêtement des articles sur la dictature du régime qui n’émeuvent personne et n’ont jamais la moindre suite. Mais, un jour, il se retrouve au milieu des décombres de sa maison qui a explosé, ses déboires ne font que commencer et personne ne veut le soutenir : les policiers évitent toute investigation, ses confrères sont vaguement compromis, les diplomates étrangers ne veulent pas froisser les autorités. Zam a fourré son nez dans une affaire qui dérange trop de monde. Une parabole du Cameroun, de l’Afrique, corrompu, exploité, un texte plein de verve et d’humour qui dénonce cependant fermement tous ceux, de l’intérieur comme de l’extérieur, qui ont conduit le pays dans tous ces travers qui lèsent son avenir.

La promesse des fleurs – Patrice Nganang (1970 - ….)

Dans une mégalopole africaine, au Cameroun certainement, sept adolescents jouent à projeter ce que sera l’avenir, l’avenir qu’ils voudraient avoir, l’avenir qu’ils sont convaincus d’avoir, comme tous les enfants qui prédisent ce qu’ils feront quand ils seront grands. Sept ans plus tard, cette petite troupe se retrouve au même endroit et chacun confesse sa déroute personnelle depuis qu’ils se sont quittés. Une parabole du sort que connaissent de nombreux jeunes Camerounais, mais plus généralement de nombreux jeunes Africains, dans un pays en pleine déliquescence. Une  jeunesse désorientée, égarée, qui croit encore tirer la carte de la chance pour échapper au sort qui est devenu le sien.

Les petits garçons naissent aussi des étoiles – Emmanuel Bondzeki Dongala (1941 - ….)

Un roman plein d’humour, de malice, de dérision et aussi de tendresse, le regard sur le monde, sur la politique au Congo, porté par un enfant candide mais particulier. En effet, Matapari, l’enfant en question, est resté deux jours supplémentaires dans le ventre de sa mère après la naissance de ses frères et a été, pour cette raison, considéré comme un enfant anormal, divin, mystique. Avec toute sa candeur malicieuse, il dépeint ce que la nature peut receler dans les portraits qu’il dresse de  son père et de son grand-père mais aussi dans celui de son oncle l’agitateur propagandiste, vantard, intrigant, toujours prêt à tremper dans la première combine venue. Un livre tendre, savoureux, délicieux qui parle de choses graves : la colonisation, la décolonisation, l’indépendance, les coups d’état, la route tortueuse vers une démocratie tellement difficile à atteindre.

Denis BILLAMBOZ  -  à lundi prochain pour la suite de notre périple littéraire dans le continent africain  -

Et pour consulter la liste de mes précédents articles, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

Liste des articles : LES VOYAGES LITTERAIRES DE DENIS

 

 

 

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES VOYAGES LITTERAIRES de DENIS
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commentaires

"Denis.Billamboz 04/04/2013 21:32

Le livre de Dongala est absolument réjouissant, il ne traite pas des malheurs de l'Afrique en larmoyant mais par l'humour, la dérision, l'ironie et surtout par la tendresse, une montagne de
tendresse. Bon choix Armelle !

Je mettrais bien un petit supplément pour le livre de Léonora Miano, j'aime bien cette femme qui croit en l'Afrique et qui pense que ce continent devrait s'en sortir avec ses propres atouts et j'ai
bien aimé son livre aussi.

armelle 01/04/2013 13:28

Je ne peux, pour ma part, n'ayantlu que celui-ci, qu'encourager nos visiteurs à se procurer le roman de Dongala " Les petits garçons naissent aussi des étoiles". Cet ouvrage, c'est "Candide" au
Congo qui nous conte avec naïveté, humour, poésie et malice les dures réalités de la vie africaine, otage le plus souvent d'une sphère politique corrompue et marxiste. Cela donne lieu à des
descriptions très jubilatoires dont voici un court extrait pour vous mettre l'eau à la bouche :


« Le monde est plein d’énigmes car tout ce qui est profond ne se révèle pas au premier coup d’œil ; l’univers s’avance masqué et les hommes après avoir mangé, dansé et fait l’amour, passent le
reste de leur temps à essayer de déchiffrer ce qui se cache derrière l’apparence des choses. C’est pourquoi ils écrivent des livres et ceux qui ne savent pas écrire interrogent les forêts, écoutent
les animaux, creusent la terre ou regardent les étoiles. Sache lire mon enfant, sache lire et les livres des hommes et le livre de l’univers. »

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Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

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