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8 avril 2013 1 08 /04 /avril /2013 08:25

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Lire entre Maputo et Mogadiscio

Pour poursuivre notre périple littéraire africain, nous visiterons, lors de cette étape, la façade Est de l’Afrique, du Mozambique à la Somalie, où la production littéraire traduite en français est un peu moins abondante mais, sous la conduite de Lilia Momplé, nous découvrirons de grands talents littéraires dont deux au moins : le Kenyan Ngugi wa Thiong’o et le Somalien exilé Nuruddin Farah peuvent prétendre à un futur Prix Nobel de littérature. Nous complèterons notre trio habituel avec  un Ougandais, non moins talentueux, Moses Isegawa. A travers ces littératures très diverses, anglophones, lusophones, francophones et autres, nous retrouvons le message récurrent de l’Afrique qui n’arrive pas à s’extraire de la colonisation et qui reste le paradis de toutes les misères que le monde peu connaître.

 

Neighbours

Lilia Momplé (1935 - ….)

Lilia Momplé ne supporte plus les violences faites à son pays et surtout aux femmes et aux enfants, elle prend la plume, comme d’autres prennent les armes, pour dénoncer le rôle joué par les tenants de l’apartheid dans ces abominations.

« Dans ce livre, inspirés de faits réels, je décris ce qui se passe à Maputo, dans trois maisons différentes, un jour de mai 1985, entre 19 heures et 8 heures le lendemain matin. »  Narguiss, femme indienne délaissée par son mari, prépare la fête de l’Aïd avec ses filles qui ne se sont toujours pas mariées ; d’autre part, Leia et Januàrio, un jeune couple noir, passent une soirée tranquille avec leur petite fille et, enfin, Mena, une mulâtresse, voit avec inquiétude son mari, un Mauricien, fomenter le mauvais coup qui fera la Une des bulletins d’information du lendemain matin, avec deux noirs mozambicains et deux blancs venus d’Afrique du Sud. Volontairement, l’auteur a réuni dans ce fait divers dramatique, mais hélas bien banal dans cette jeune nation en proie à toutes les misères endurées par la plupart des pays africains sur le chemin de l’indépendance, la quasi-totalité des ethnies présentes dans le pays. Elle veut ainsi montrer que le destin, tellement néfaste à ce pays, peut frapper n’importe qui, n’importe quand, avec l’aide et l’appui des forces de l’apartheid venues de l’encombrante voisine sud-africaine qui ajoute une couche supplémentaire à tout ce que ce pauvre pays doit déjà supporter.

Mais, en définitive, à travers ce fait divers qui va réunir ces trois groupes de personnes au cours de cette nuit de mai, c’est l’histoire du Mozambique, le difficile apprentissage de l’indépendance, que Lilia Momplé veut concentrer dans la vie des principaux protagonistes qu’elle met en scène. La lutte pour l’indépendance opposant la communauté noire qui ne supporte plus l’oppression, la brutalité, le mépris, l’exploitation et la discrimination et la communauté blanche qui veut garder le lien avec le Portugal et les biens accumulés au cours de la période coloniale. Cette lutte sanguinaire et primitive voit les adversaires s’affronter avec une sauvagerie et une bestialité rares, massacrant les femmes et les enfants avec la plus grande cruauté. L’auteur nous rappelle aussi combien la proximité avec l’Afrique du Sud est encombrante, les rebelles de l’ANC utilisant le pays comme base arrière de leurs opérations où ils sont pourchassés comme des bêtes sauvages par des commandos spécialisés.

Dans ce contexte de haine, de violence, de vengeance et de frustration, la seule solution est de quitter le pays pour rejoindre le Portugal, où l’on peut toujours vendre son corps ou trafiquer n’importe quel produit pour vivre une vie de rêve. Dans un tel climat délétère, la morale prend une tournure bien particulière.

Ce livre est aussi un appel au secours des femmes africaines qui subissent cette situation avec la plus vive acuité ayant, de plus à supporter une nouvelle forme d’esclavage domestique avec son cortèges de malheurs : maris volages et peu scrupuleux, violences corporelles, déconsidération, exploitation, etc., la panoplie de la femme ravalée à un niveau quasi animal figure dans ce récit. Tous les hommes sont mauvais, aucun n’est peint sous un jour favorable et pourtant un rai de lumière perce dans cette noirceur asphyxiante, et pourrait laisser entrevoir un peu d’espoir en un avenir meilleur.

Chroniques abyssiniennes – Moses Isegawa (1963 - ….)

Un livre trop méconnu qui mériterait certainement un meilleur écho, un texte vaste comme un  fleuve africain charriant des vies et surtout des morts, les vies des membres des familles Serenity et Cadenas, les parents du narrateur et un de leurs enfants. Ces chroniques racontent l’existence en Ouganda, un pays détruit par la colonisation qui a perdu sa culture et ses valeurs au moment de la colonisation, ravagé par la dictature dont la plus cruelle et la plus absurde : celle d’Amine Dada.

Un plaidoyer pour l’Afrique qui a perdu ses origines comme le narrateur a perdu ses parents avant d’en hériter les valeurs, le savoir et la culture, abandonnant ses enfants dans un exil humiliant pour survivre dans les ghettos européens où ils sont accueillis avec mépris.

Un témoignage monumental, une vraie œuvre littéraire, un tourbillon bouillonnant, un trop de tout, rien n’est fait avec mesure, tout déborde, exulte, massacre, emporte,…  Un livre à redécouvrir pour comprendre l’Afrique de l’Est à la fin du XXe siècle.

Enfant, ne pleure pas – Ngugi wa Thiong’o (1938 - ….)

Un enfant, qui rêve d’instruction, raconte la vie de sa famille, celle de son père qui exploite, pour le compte d’un colon, les terres qui lui ont été confisquées, celle de son frère qui lutte avec les Mau Mau contre les envahisseurs qui les ont spoliés. L’histoire du Kenya juste avant l’indépendance avec son cortège d’injustices, de violences, d’humiliations,…l’histoire d’un peuple qui s’est dressé pour conquérir sa liberté. Le premier roman d’un grand écrivain africain cité de plus en plus souvent parmi les favoris du Prix Nobel de littérature.

Un conseil : reliez cette lecture à celle du livre d’Armelle : « Les signes pourpres : un roman africain » *, vous trouverez de belles complémentarités entre les deux textes.

Née de la côte d’Adam – Nuruddin Farah (1945 - ….)

Autre candidat sérieux au Prix Nobel de littérature, Nuruddin Farah, écrivain somalien,  plaide dans ce roman pour la cause des femmes africaines, en racontant la vie d’une jeune Somalienne mariée avec un homme qu’elle n’a pas choisi, et qui fuit le domicile conjugal en rejoignant une caravane. Elle découvre la ville, une vie dont elle ignore tout, tombe amoureuse mais est vendue par un mari peu scrupuleux. Un nouveau mariage ne lui apportera pas beaucoup plus de plaisir mais lui laissera cependant la possibilité de prendre un autre homme pour sa seule satisfaction personnelle.

La femme née de la côte d’Adam, selon la parabole biblique, ne serait-elle destinée qu’à subir la domination de son mâle ? Une question que Nuruddin Farah traite avec beaucoup de délicatesse mais non sans humour.

* Les signes pourpres

Denis BILLAMBOZ  -  à lundi prochain pour la suite de notre voyage littéraire autour du monde  -

Et pour consulter la liste de mes articles précédents, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

Liste des articles : LES VOYAGES LITTERAIRES DE DENIS

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES VOYAGES LITTERAIRES de DENIS
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commentaires

denis billamboz 10/04/2013 13:59

Merci Pascal pour ce commentaire, je monte à Paris (comme on dit chez moi) pour un passage éclair à l'Insep, donc à l'opposé du lieu de ton job puisque je serai demain dans le bois de Vincennes, là
où s'entraînent les futurs champions olympiques qui ne rattrapent cependant jamais les Massaï à la course. Bon courage pour le boulot et à bientôt !

Pascal 10/04/2013 13:32

Entre cantine et reprise du travail, juste quelques secondes pour vous saluer tous les deux Armelle et Denis. Normal Denis que tu évoques le beau livre d'Armelle que nous avons beaucoup aimé au
milieu de ces évocations africaines si hautes en couleur et si tragiques le plus souvent. Je me rappelle les descriptions du Kenya dans 'Les signes poupres' et les Mau-Mau, les Massaî et les
Kikuyu. Quel autre monde! Et l'idée de ces nomades descendants d'Abel, le juste.Merci pour cet article qui enveloppe cette belle littérature et aiguise notre curiosité. Et bonne journée à tous
deux. je repars bosser.

"Denis.Billamboz 09/04/2013 21:48

J'ai jugé que c'est l'endroit idéal pour signaler ton livre qui évoque si bien cette Afrique qui voudrait retourner à son africanité originelle pour échapper à toutes les catastrophes que nous lui
avons transmises.

armelle 09/04/2013 11:02

Merci, cher Denis, d'avoir associé mon livre "Les signes pourpres" à ton article concernant l'Afrique de l'Est. Oui, j'ai pris un immense plaisir à l'écrire et à relater la vie de ces peuplades si
attachantes des Massaïs et des Kikuyus.Ne pas oublier non plus "Une ferme en Afrique" de Karen Blixen, un chef-d'oeuvre.

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