Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
25 mars 2013 1 25 /03 /mars /2013 09:43

Angola032007-20068-copie-1.jpg

 

                             Lectures angolaises

 

Pour cette étape littéraire, j’aurais voulu réunir en une seule publication les différents pays lusophones de l’Afrique de l’ouest : Angola, Guinée Bissau, Cap Vert, Sao Tome et Principe, mais je n’ai trouvé que des lectures angolaises. C’est donc en compagnie de José Eduardo Agualusa, qui n’aura pas besoin d’explorer profondément le passé, que nous partirons à la rencontre de ses compatriotes Manuel Rui, Pepetela et Loriane K, petite réfugiée cabindaise à Paris. Des témoignages douloureux sur les difficultés de vivre en Angola après les nombreuses années de désordres sanglants qui ont précédé l’indépendance. Et même le témoignage d’une gamine qui ne peut plus vivre dans sa petite enclave cabindaise parce que son papa voulait un autre sort pour son pays.

 

Le marchand de passé - Eduardo Agualusa ( 1960 - ... )

 

Accroché au plafond, caché sur l’armoire, un gecko tigre raconte l’histoire de celui qui l’héberge, à Luanda là-bas en Angola, Félix, l’albinos, « … un homme qui trafiquait les souvenirs, qui vendait le passé, secrètement, comme d’autres font de la contrebande de cocaïne. » Il trafique, notamment, quelque peu l’arbre généalogique de ceux qui ont assuré leur avenir pendant et après la guerre civile afin qu’ils puissent garantir cet avenir par un passé solide et convaincant. « Ce qu’il manque à ces gens, c’est un bon passé, des ancêtres illustres, des parchemins. »

 

Mais, un jour Félix, accueille un reporter photographe qui lui demande une nouvelle identité et il doit faire le choix de devenir un véritable faussaire et non pas un simple maquilleur de passé. Ce reporter, qui a couvert tous les conflits de la planète et photographié la partie la plus ténébreuse de l’humanité, va rencontrer l’amie photographe du marchand de passé qui, elle, photographie les nuages, la plus belle partie de l’univers. Et cette rencontre va provoquer l’irruption du passé dans le présent et hypothéquer l’avenir de chacun.

 

Dans ce superbe petit livre, un peu labyrinthique, où le gecko alterne la narration de l’intrigue avec le récit de ses rêves, Agualusa évoque le problème de l’identité sous toutes ses formes : identification, usurpation, imposture, sosie, double, mais aussi le vrai, le faux, la vérité, le mensonge, la vie, l’apparence de la vie, la vie après la vie. Mais le mensonge n’est-il pas plus sincère que la vérité, et l’apparence plus crédible  que la réalité ? « Je vous donne une vérité impossible, vous me donnez un mensonge banal et convaincant

 

Cette dissertation sur le vrai et le faux se déroule sur fond d’Angola après la guerre civile qui n’est jamais évoquée explicitement par l’auteur, mais dont les stigmates apparaissent pourtant clairement car ce livre est rempli de symboles : le héros principal est un nègre blanc qui peut évoquer le racisme mais qui surtout insinue le doute sur l’identité, la réincarnation du gecko peut aussi symboliser la transformation de l’Angola après la guerre, la métamorphose des espoirs révolutionnaires en réalité moins idylliques, l’intervention du gecko peut-être aussi une allusion à la spiritualité animiste, une façon aussi de voir la vie après la vie et que dans cette autre vie on se souvient de celle d’avant

 

Une façon peut-être aussi d’éluder les atrocités de la guerre en se disant que la réalité n’est peut-être pas la vérité et que le rêve est peut-être plus réel. « Dieu nous a donné les rêves pour que nous puissions jeter un coup d’œil de l’autre côté… Pour que nous parlions avec nos ancêtres. » Et, qu’ainsi la continuité soit assurée, que la guerre ne soit pas un point final et que le bonheur soit encore possible. « Le bonheur est presque une irresponsabilité. Nous sommes heureux pendant les brefs instants où nous fermons les yeux. » Pour mieux  rêver la vie que l’on désire ?

 

Le porc épique - Manuel Rui (1941 - ….)

 

Temps de cochon en Angola où les grandes puissances mondiales manipulent à qui mieux mieux les populations et les tribus afin de jouer à un jeu que les pauvres Angolais ne comprennent pas et qui ne les concerne pas vraiment. Comment s’y retrouver entre les factions aux idéologies sibyllines et les rites ancestraux, surtout quand il faut penser d’abord à nourrir la famille. Le cochon est une solution séduisante puisqu’il peut engraisser en mangeant des restes et des détritus. Mais quand il faut tuer le cochon, les tracasseries et les aléas se multiplient en un vaste imbroglio digne d’une administration et d’une gestion du pays qui partent  à vau l'eau

 

Malgré l'état de délabrement politique et économique avancé du pays, Manuel Rui nous maintient juste au dessus de la limite du sordide et du désespérant avec un humour décapant et une franche dérision.

L’esprit des eaux Pepetela (1941 - ….)

 

A Luanda en Angola, dans les années 80, des événements extraordinaires affectent un quartier : les immeubles s'effondrent, curieusement sans faire aucune victime. Ce que les observateurs étrangers appellent le "syndrome de Luanda" semble la parfaite allégorie du système politique, économique et social d’une Angola en plein chaos.

 

Membre du MPLA, Pepetela a été aussi vice-ministre de l’éducation, il écrit pour fédérer les différentes ethnies du pays en une véritable nation angolaise. Ce livre est une parabole de ce qu’est devenu l’Angola après les longues luttes de l’indépendance : le paradis de la corruption, des opportunistes, des envieux, de tous les avides de richesse et de pouvoir. Un pays que les forces ancestrales réfugiées sous la terre ne peuvent plus tolérer et souhaitent détruire. Une façon de rappeler aux Angolais qu’ils doivent revenir aux valeurs fondamentales de leur pays s’ils veulent sortir de la spirale infernale.

 

Clandestine : le journal d’une enfant sans papiers Loriane K (12993 - ….)

 

Noël 2005, Loriane, 15 ans, fille d’une famille de réfugiés cabindais, ouvre son journal alors que les démarches de la famille ont échoué une nouvelle fois et qu’ils peuvent être expulsés à tout moment hors de France. Alors, la vie clandestine s’organise avec ce que cela comporte : la précarité, la pauvreté, la honte, la gêne, la différence, la fierté qui empêche d’avouer, de réclamer, de demander et même seulement de dire. Depuis six ans, la famille fait des efforts énormes pour s’intégrer, le père travaille au noir, les enfants sont scolarisés, Loriane est une brillante élève, mais la mère reste seule à la maison dans sa dépression

 

L’humanité ne peut pas se réfugier toute entière en Occident mais ceux qui gouvernent l’ensemble des peuples ont certainement le devoir de faire en sorte que ces enfants puissent vivre libres et heureux dans leur pays et ne se déplacent plus que pour le plaisir, la découverte des autres cultures et l’enrichissement intellectuel. Mais, voilà, « nous, on ne décide de rien. Jamais. On subit depuis le départ. On n’a pas le choix.

 

Denis BILLAMBOZ  -  à la semaine prochaine pour  la suite de notre périple littéraire sur le continent.

 

Et pour consulter la liste de mes articles précédents, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

Liste des articles : LES VOYAGES LITTERAIRES DE DENIS

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET - dans LES VOYAGES LITTERAIRES de DENIS
commenter cet article

commentaires

"Denis.Billamboz 29/03/2013 19:12

Bonsoir Maxime,

J'ai eu un semaine un peu chargée et je suis donc un peu en retard pour te saluer. Je crois que tu peux acheter "Le marchand de passé" c'est très drôle mais pourtant très révélateur du désarroi qui
règne de ce pays qui a connu une longue guerre destructrice.

Comme tu le dis, le drame du lecteur c'est d'accepter de ne lire qu'une petite partie des livres qu'il aimerait découvrir. On peut toujours se consoler en pendant qu'on ne manquera jamais de
matière pour alimenter notre passion.

Amicalement.

Maxime 25/03/2013 13:50

Le titre "le marchand de passé" me plait beaucoup. je vais me le procurer car l'histoire a l'air intéressante.Décidément la littérature ne cesse d'être attractive comme le monde par sa diversité.

Présentation

  • : Le blog interligne d' Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • Le blog interligne d' Armelle BARGUILLET  HAUTELOIRE
  • : Grâce au pouvoir des mots, une invitation à voyager sur les lignes et interlignes.
  • Contact

TEXTE LIBRE

 4016234704 (Small)

Un blog qui privilégie l'évasion par les mots, d'abord, par l'imaginaire...toujours.

LES MOTS, nous les aimons pour eux-mêmes, leur sonorité, leur beauté, leur velouté, leur fraîcheur, leur hardiesse, leur insolence, leur curiosité, leur dureté, leur volupté, leur rigueur.
Différemment des notes et des couleurs qui touchent d'abord notre sensibilité, ils ont vocation à transmettre, informer, émouvoir, expliquer, séduire, irriter, formuler les idées, forger les concepts, instaurer le dialogue.
Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

La vie doit être vécue en regardant vers l'avenir, mais elle ne peut être comprise qu'en se tournant vers le passé.

 Soëren Kierkegaard

 

Je réponds ordinairement à ceux qui me demandent raison de mes voyages : que je sais bien ce que je fuis, et non pas ce que je cherche.

   Montaigne

 

Veux-tu vivre heureux ? Voyage avec deux sacs, l'un pour donner, l'autre pours recevoir.
   Goethe

 

 MES DERNIERS OUVRAGES PUBLIES ( cliquer sur l'icône pour accéder à leur présentation )


1184097919 profil de la nuit  2851620614

les signes pourpres  3190-NEL i 978-3-8417-7335-7-full

 

SI VOUS PREFEREZ LES IMAGES et le 7e Art, RENDEZ-VOUS SUR MON BLOG : 

 

Bannière pour Armelle 1 

 

ET SI VOUS AIMEZ LES ANIMAUX, RENDEZ-VOUS SUR " MEMOIRE D'EAU" :

 

P1080160.JPG

Recherche