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4 mars 2013 1 04 /03 /mars /2013 08:37

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Lectures multiethniques

La variété de la littérature sud-africaine nous permet de prolonger notre séjour littéraire dans ce pays et, sous la conduite de Deon Meyer, un auteur de romans policiers, nous irons à la rencontre d’un écrivain afrikaans Breyten Breytenbach ayant pris la nationalité française par obligation ; d’un auteur noir passé par le Lesotho et les Etats-Unis, Zakes Mda ; et enfin d’un métis descendants des esclaves malais transplantés en Afrique du Sud, Achmat Dangor. Trois auteurs qui nous racontent la grande difficulté de vivre dans ce pays sous la partition raciale et même après l’abolition de ces clivages, tant les cloisons entre les ethnies sont étanches. Un patchwork littéraire qui contribue à la construction d’une culture d’une grande originalité.

 

Le pic du diable

Deon Meyer (1958 - ….)

Vaste entreprise à laquelle nous convie Meyer : reconstruire un puzzle en trois dimensions avec les pièces mélangées de trois histoires bien compliquées qu’il va falloir  démêler et remettre en ordre pour qu’apparaisse enfin cette aventure policière.

-         La première est celle de Thobela, un mercenaire noir formé en Allemagne de l’Est et en URSS au bon temps de la guerre froide et de l’apartheid, qui assiste, lors d’un braquage d’une station-service où il prenait de l’essence, à la mort du fils de sa femme qu’il a adopté après la mort prématurée de celle-ci. Les assassins ayant faussé compagnie à la justice, il se met en chasse et, par la même occasion, à la poursuite de tous ceux qui ont pu nuire aux enfants sans être suffisamment punis, notamment les pédophiles.

-       Vient ensuite l’histoire de Christine, une jolie blondinette, dont le père devenu mystique a bridé les envies d’émancipation et les appétits charnels et qui s’est prostituée pour élever la petite fille qu’elle a eue au hasard d’une aventure sans suite. Ce parcours, elle le raconte à un ecclésiastique comme une dernière confession avant de passer à une autre vie.

      -      Enfin, l’histoire de Benny, flic de talent mais ivrogne invétéré, qui n’a été conservé par  son administration qu’au   titre de la discrimination positive et que sa femme a mis à la porte, après qu’il l’ait tabassée une fois de trop.

Ainsi, apparait peu à peu une vaste fresque de l’Afrique du Sud d’après l’apartheid où se mêlent le meurtre sous toutes ses formes ou presque, la prostitution, le trafic de drogue, la pédophilie, la corruption, la violence au quotidien, l’insécurité chronique, l’alcoolisme, la vengeance primaire, le reclassement des combattants de la liberté et des mercenaires et, au final, les soubresauts d’une société qui se meurt et les convulsions d’une nation qui essaie de naître. Trop de choses peut-être pour un seul pays, trop de choses certainement pour une seule intrigue qui étreint mal à vouloir trop embrasser. Cette grande aventure, qui pourrait être celle d’une société multiethnique qui émerge en Afrique du Sud, est un peu longue pour une seule lecture, l’intrigue et les personnages prennent beaucoup de temps à se mettre en place et le lecteur se lasse des digressions et autres considérations qui ne sont souvent que des truismes largement véhiculés ailleurs. Toutefois, le processus narratif utilisé, qui fait alterner des paragraphes ou des chapitres courts, passant sans transition d’une intrigue à l’autre, donne un certain rythme au récit mais pas suffisamment pour faire oublier les longueurs de la première moitié du livre.

Ce roman reprend aussi l’éternel discours sur la faute, la culpabilité, le châtiment, voire l’auto punition, et le pardon. Quant à la rédemption, peut-elle être envisagée dans un tel contexte où les institutions sont encore bien fragiles, face à des violences qu’il faut pardonner, des injustices qu’il faut réparer, des frustrations qu’il faut oublier, ce qui fut et qui ne devrait plus être ? Ce roman un peu gros, certainement un peu bavard, témoigne néanmoins de la naissance dans la douleur d’une nouvelle société, avec une justice à plusieurs vitesses et trop souvent pratiquée individuellement. Si bien que, lorsque la vengeance devient justice, la partie est encore loin d’être gagnée.

 

Une saison au Paradis – Breyten Breytenbach (1939 - ….)

Lors d’un séjour en France, Breyten Breytenbach a connu une jeune Vietnamienne qu’il a  épousée, tombant ainsi sous le coup des lois de son pays qui interdisent le mariage des blancs avec des non-blancs. Condamné à l’exil, il prend la nationalité française mais peut bénéficier de son succès littéraire pour obtenir l’autorisation d’effectuer, avec son épouse, un voyage dans son pays natal. Au cours de son périple, il rédige ce livre composé de notes de voyage, de souvenirs d’enfance, de réflexions sur le régime, l’apartheid, la violence,… Un livre pour dire la beauté de son pays, la douleur de ne pouvoir y vivre et la stupidité et la cruauté d’un régime qui impose une séparation absolue des ethnies et divise ainsi la nation.

Le pleureur – Zakes Mda (1948 - ….)

Encore enfant, un jeune noir a émigré vers la ville où il réside désormais, transportant son patrimoine dans un chariot de supermarché, de la menue monnaie qu’il récupère lors des enterrements où il pleure les morts dans un cimetière. Un jour de Noël, une jeune mère particulièrement éplorée inhume son enfant et le jeune homme reconnaît, dans cette mère affligée, la jeune fille de son village qui charmait son père le forgeron de la douceur de son chant. Ces deux êtres que rien ne semblait pouvoir rapprocher se retrouvent dans la misère et la douleur, initiant une  parodie de la vie des noirs en Afrique du Sud sous l’apartheid.

La malédiction de Kafka – Achmat Dangor (1948 - ….)

Après l’apartheid, Achmat Dangor, un métis descendant des esclaves malais importés en Afrique du Sud, évoque cette communauté méconnue qui a souffert elle aussi de la politique séparatiste que l’abolition de l’apartheid n’a pas totalement résolue. Omar, indien musulman, se « métamorphose » en Oscar, juif et blanc, attirant sur lui et son lignage la malédiction de Kafka, la malédiction de celui qui a cherché à se transformer pour échapper à ses origines. Un livre polyphonique où le récit mêle des mots musulmans, des mots afrikaans, comme pour construire un texte métis à l’image des protagonistes. Après l’ascension sociale d’Oscar, la malédiction s’acharne sur la famille à travers des femmes toutes puissantes, aux pouvoirs mystérieux, qui ensorcellent les hommes. Une façon d’écrire la difficulté de cette communauté à trouver une identité dans des origines complexes et mêlées.

Denis BILLAMBOZ  -  à lundi prochain pour une prochaine étape littéraire  -

Et pour consulter la liste de mes précédents articles, cliquer sur le lien ci-dessous :

Liste des articles : LES VOYAGES LITTERAIRES DE DENIS

 

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES VOYAGES LITTERAIRES de DENIS
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commentaires

"Denis.Billamboz 05/03/2013 12:00

Bonjour Dominique,

Je parlerai plus tard de Schoeman, je n'en dis donc rien aujourd'hui sauf que le petit livre que j'ai exprime, peut-être, le plus grand désespoir que j'ai trouvé dans la littérature.

Dominique 04/03/2013 10:28

La lecture d'Afrique du sud qui m'a le plus marqué ces dernières années c'est la découverte de Karel Schoeman et surtout " Cette vie" un roman d'une grande beauté

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