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11 mars 2013 1 11 /03 /mars /2013 09:03

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Lectures de Bonne Espérance

Des îles de l’Océan Indien en passant par Maurice, il n’y a qu’un petit vol avant d’atterrir sur le continent africain en l’abordant par sa pointe sud où nous rencontrerons Karel Schoeman qui nous conduira sur les traces d’écrivains sud-africains de sa génération qui, même s’ils incarnent leur pays, n’ont pas toujours été très fidèles à leur drapeau. John Maxwell Coetzee, un des deux prix Nobel de littérature du pays, a choisi la nationalité australienne en 2006, Bessie Head a fui dès sa jeunesse la ségrégation au Botswana qui n’était encore que le Bechuanaland, un bout de brousse particulièrement pauvre, et André Brink a passé beaucoup de temps en dehors du continent africain, notamment en Europe. Mais tout cela donne néanmoins un excellent aperçu de la vaste et très diverse littérature sud-africaine.

 

Retour au pays bien-aimé

Karel Schoeman (1939 - ….)

« Retour au pays bien-aimé » pourrait paraître comme le pendant de « Pleure ô pays bien-aimé », la misère des Blancs comme contrepartie de la malédiction des Noirs. On dirait que Karel Schoeman, fervent défenseur de la cause des Noirs, a écrit ce petit roman pour attirer l’attention sur les paysans blancs de plus en plus isolés, de moins en moins riches, dans un monde qui leur appartient de moins en moins, où ils deviennent de plus en plus étrangers, où leur sécurité est de moins en moins assurée.

Georges, jeune homme blanc, vient de perdre sa mère, il a quitté l’Afrique du Sud avec ses parents, son père était diplomate, quand il n’avait que cinq ans. Après le décès de sa mère, il veut retourner au « pays bien-aimé » pour régler des affaires concernant la succession de ses parents et retrouver la ferme de ses grands-parents où il a passé de belles journées dans sa prime enfance. Arrivé sur place, il est accueilli par des voisins qui le mettent en rapport avec les autres fermiers du secteur. Une population qui vit chichement, dans la crainte, loin de la vie qu’ils menaient au temps de ses grands-parents.

Le jeune homme ne comprend pas, on ne veut pas lui montrer la ferme familiale, la tension est de plus en plus forte, les esprits sont échauffés, mais les bouches restent closes, on élude ses questions, on refuse de lui confier les raisons du malaise ambiant. Un soir, cependant, quand les fermiers se rendront à la fête qu’ils ont organisée à des fins bien précises, il comprendra ce qui s’est passé avant, ce qui se fomente et ce qui arrivera bientôt.

Un roman court, simple, poignant, émouvant qui dessine le triste destin des oubliés de l’abolition de l’apartheid, les petits paysans blancs ruinés et menacés jusque dans leur chair comme l’étaient les Noirs à une certaine époque. Peut-être le désespoir littéraire le plus profond que j’aie eu l’occasion de lire.

 

Michael K, sa vie, son temps - John Maxwell Coetzee (1940 - ….)

Ce roman est l’une des œuvres majeures de Coetzee, une de celles qui lui valurent le Prix Nobel de littérature. Il raconte l’histoire d’un pauvre bougre un peu frustre, dont on suppose qu’il est noir, ce que l’auteur n’éprouve pas le besoin de préciser, la couleur n’est pas importante, c’est seulement les malheurs qu’on inflige à ce pauvre hère qui sont relatés comme pour relativiser l’origine du personnage. Michael remonte vers le nord pour retrouver le lieu, la ferme, dont il est originaire. Malgré bien des difficultés, il y parviendra après avoir perdu sa mère morte au cours du voyage. Sur place, il réussit à produire quelques plantes à partir de graines grappillées mais doit affronter de nouvelles épreuves qui ne parviendront cependant pas à anéantir son courage et sa volonté et surtout pas sa dignité. Une parabole de la condition humaine dans l’Afrique du Sud de l’apartheid.

Une saison blanche et sèche – André Brink (1935 - ….)

Interdit en Afrique du Sud dès sa publication, ce livre est un témoignage accablant sur les méthodes employées par la police pour éliminer les Noirs qui s’opposent au pouvoir des Blancs. Dans la région de Pretoria, un jeune homme blanc, candide et naïf n’arrive pas à croire que la police peut purement et simplement éliminer des opposants noirs. Il refuse que sa communauté puisse se rendre coupable de tels agissements et s’oppose vivement à ces actes insupportables malgré les conséquences inévitables. Un livre engagé, un livre militant, un livre combattant, un livre qui honore la dignité humaine.

La saison des pluies – Bessie Head (1937 – 1986)

Enfant du péché, fille métisse née dans un asile psychiatrique où  était internée sa mère, Bessie Head s’est réfugiée au Bechuanaland, qui n’était pas encore le Botswana, pour devenir institutrice et écrire des livres émouvants, tendres et encourageants comme celui-ci qui raconte l’acharnement d’un homme échoué dans ce pays très pauvre, encore à l’état d’ébauche. Il y rencontre un Anglais qui essaie de monter une coopérative agricole de production et à force de travail, de courage, d’acharnement, il parviendra à entretenir l’espoir d’une vie meilleure dans un pays possible.

Denis BILLAMBOZ  -  à lundi prochain pour la suite de nos lectures autour du monde  -

Et pour consulter la liste de mes articles précédents, cliquer sur le lien ci-dessous :

Liste des articles : LES VOYAGES LITTERAIRES DE DENIS

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES VOYAGES LITTERAIRES de DENIS
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commentaires

denis billamboz 17/03/2013 15:58

Il faudra donc que je lise les autres !

Mais pour le moment ma pile touche le plafond, il faut que je commence par débroussailler mon stock avant de penser à autres choses.Je viens faire un programme de lecture avec 14 livres.

Eeguab 17/03/2013 10:20

J'ai lu les quatre livres traduits,à ma connaissance,de Karel Schoeman et les ai chroniqués avec enthousiasme.

"Denis.Billamboz 12/03/2013 15:14

Tu as raison Maxime, la traduction est souvent un obstacle entre le lecteur et l'auteur mais il y a tout de même de très beaux textes dans la littérature étrangère et la francophonie déborde
largement de la France et de ses ex colonies et territoires. Nous le constaterons prochainement en Afrique francophone.
Je t'encourage à lire le livre de Schoeman qui m'a vraiment beaucoup plu et qui est très court, donc si tu le trouves en bibliothèque n'hésite pas.

Maxime 11/03/2013 21:13

Le livre de Karel Shoeman me tente beaucoup, ne serait-ce que par son titre accrocheur. Cette découverte avec toi de la littérature exotique, si l'on peut dire, est un vrai enrichissement, même si
parfois le style n'y est pas et c'est souvent dommage. La traduction y fait sans doute pour beaucoup. Il faut dire que nous avons un tel passé littéraire que nous sommes sans doute plus exigeants.
Mais merci pour ces découvertes souvent émouvantes et toujours sympathiques.

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