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13 mai 2013 1 13 /05 /mai /2013 07:46

paysage benin 16

 

Lire entre Lomé et Conakry


Pour cette étape littéraire, nous resterons en Afrique occidentale, nous changerons simplement de langue car après avoir visité les nations anglophones, nous voyagerons cette fois dans les pays francophones avec le Togolais Sylvain Ananissoh qui nous conduira auprès de ses collègues écrivains : Florent Couao-Zotti au Bénin, Ahmadou Kourouna en Côte-d’Ivoire et Tierno Monémembo en Guinée. Et partout nous entendrons la même complainte, sous des formes diverses certes, mais toujours nous rencontrerons des écrivains qui nous dirons la misère de l’Afrique noire gouvernée trop souvent par des dictateurs sans aucun scrupule qui exploitent leur pays sans vergogne, laissant les populations dans le plus grand dénuement et la plus cruelle souffrance.

 

Un reptile par habitant

Sylvain Ananissoh (1962 - ….)


Narcisse aime les femmes et c’est dans les bras de Joséphine qu’Edith le trouve pour lui demander ce qu’elle doit faire, car elle vient de découvrir l’un de ses amants, militaire de haut rang, assassiné dans son salon. Avec la complicité d’un autre amant, Narcisse fait disparaître le cadavre. Le régime profite de la disparition du militaire assassiné pour entreprendre une vaste campagne d’épuration qui laisse les protagonistes de l’histoire dans un grand embarras. Mais un collègue de travail de Narcisse lui transmet des révélations surprenantes sur l’assassinat du militaire et fomente d’autres projets téméraires « parce que L… a déjà bu le sang de l’enfant que tu auras demain. Il lui a sucé la moelle des os. Quel avenir veux-tu qu’ait un enfant dans un pays comme celui-ci ? »

Ce tout petit livre réussit en une centaine de pages à montrer comment fonctionnent encore nombre de pays africains qui ne connaissent que des régimes autoritaires, en mesure de manipuler des foules très crédules, afin de conserver le pouvoir et bénéficier des richesses locales et largesses internationales. Ananissoh en profite pour dénoncer la corruption, la trahison et, de façon plus surprenante dans ce livre, le manque d’hygiène généralisé en Afrique, la sexualité sans sentiment et la condition réservée aux femmes ce qui d’évidence pose le problème du SIDA sur l’ensemble du continent.

C’est une vision pessimiste de l’Afrique que nous livre ce Togolais qui a choisi l’exil en Allemagne.

 

Le cantique des cannibales – Florent Couao-Zotti (1964 - ….)


Un livre de plus sur la dictature, la corruption, la fraude électorale et tout le cortège des malversations qui suivent généralement ce type de régime. Cette fois l’histoire se passe au Bénin, en 2006, mais l’auteur anticipe car son livre a été publié en 2004 et le fameux dictateur, mis en scène, ne s’est finalement pas présenté à l’élection présidentielle. Mais tout cela a peu d’importance, ce qui compte c’est la manière dont l’auteur dénonce les mauvaises pratiques du régime à travers l’histoire des trois personnages principaux du roman intimement liés par les faits : une rebelle à la mode Robin des Bois qui termine de purger sa peine dans d’horribles conditions, un inspecteur de police, fin limier, qui est prêt à renier sa fonction par amour pour cette héroïne, et un militaire des forces spéciales fermement décidé à pourchasser les deux tourtereaux jusqu’à leur capture. Un récit tonitruant, une belle histoire d’amour et une peinture sans concession des mœurs politiques au Bénin au début de notre millénaire.



En attendant le vote des bêtes sauvages – Ahmadou Kourouna (1927 – 2003)


Ahmadou Kourouna nous parle aussi de pouvoir totalitaire, mais en Côte-d’Ivoire, bien que cela pourrait être n’importe où ailleurs en Afrique et met en scène un dictateur qui écoute avec délectation son griot qui le flatte bassement, en apparence seulement, car celui-ci, à mots voilés, dénonce tous les abus, les travers, les perversions de son maître sans que celui-ci s’en rende compte. Un livre déjà classique sur l’analyse du fonctionnement des gouvernements dictatoriaux en Afrique noire, sur la mécanique de la conquête du pouvoir et la totale contradiction qui existe entre les discours démagogiques, pseudo technocratiques, et la tradition africaine que ces dictateurs aiment tellement évoquer pour justifier leurs actes et leur manière de gouverner.



Les crapauds-brousse – Tierno Monémembo (1947 - ….)


C’est en Guinée que Tierno Monémembo nous emmène pour nous raconter une fable, en forme d’allégorie, qui nous assure que le crapaud est l’animal préféré de Dieu, même si ce dernier lui a laissé son apparence répugnante. Cette fable sert de point de départ au texte de l’auteur, l’histoire d’un jeune garçon qui, après des études techniques en Hongrie, revient au pays pour vivre paisiblement des connaissances qu’il a acquises mais qui se rend vite compte qu’il ne peut pas rester indifférent à ce qui se passe autour de lui, il doit avoir un certain train de vie, il doit favoriser sa famille et ses amis… le système est ainsi fait que la corruption, la concussion, le trafic d’influences, …  font partie du mode de gestion du pays.

 

Denis BILLAMBOZ  -  à lundi prochain pour la suite de notre périple littéraire en Afrique  -
 

Et pour consulter la liste de mes précédents articles, cliquer sur le lien ci-dessous :



Liste des articles : LES VOYAGES LITTERAIRES DE DENIS

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES VOYAGES LITTERAIRES de DENIS
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commentaires

Pascal 17/05/2013 12:24

Juste un coucou, cher Denis,après des semaines bien chargées et les vacances de printemps des enfants.Tes articles sont toujours une plongée dans l'exotique et une littérature pleine de couleurs.
Merci.

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