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11 février 2013 1 11 /02 /février /2013 09:43

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Lire entre Perth et Sydney

Après avoir visité de nombreuses îles du Pacifique, nous faisons étape aujourd’hui sur la plus grande, l’île continent, l’Australie, où une riche littérature s’est développée sous l’influence des colons européens. Pour apprécier l’ampleur de cette production littéraire, nous prendrons pour attache  Markus Zusak qui nous raconte, de l’Australie où il est né, une histoire qui s’est passée au pays que ses parents ont dû fuir pour ne pas en vivre d’autres comme celle-ci. Il nous conduira à la rencontre du Prix Nobel de littérature local, Patrick White, qui écrivait des romans d’aventure comme Jules Verne savait si bien le faire, des œuvres de Kenneth Cook qui s’est enlisé au plus profond du bush  et d’Elliot Perlman qui, hélas, confond un peu trop politique et littérature dans l’ouvrage que je vous propose.

 

La voleuse de livres

Markus Zusak (1975 - ....)

 « On était en janvier 1939. Elle avait neuf ans, presque dix. Son frère était mort. » Liesel arrive dans une famille d’accueil en Bavière, près de Munich, sous les fumées de Dachau, où elle est hébergée chez un couple à la tendresse un peu rude, même si le nouveau papa éprouve une réelle tendresse pour cette pauvre gamine égarée loin des siens dont l'erreur était de ne pas penser comme il le fallait à l'époque. Son voyage avait été sévère dans un train glacial où le petit frère ne résista pas et fut emporté par la mort, cette mort que Liesel retrouvera deux fois encore, afin que soient réunies les trois couleurs du drapeau maudit : le blanc de la neige dans laquelle fut enterré le petit frère, le noir de la carlingue d’un avion écrasé au sol et le rouge du ciel de Munich en feu. Et le dernier jour, la mort trouvera le cahier que la fillette avait écrit pour raconter son étrange histoire.

Cette petite Saumensch, comme l’appelait sa maman de remplacement, mène en Bavière la vie de n’importe quelle gamine de dix ans, vive, dégourdie et même un peu têtue. Elle ne sait pas lire et son nouveau papa, qui vient la consoler la nuit quand le cauchemar récurrent de la mort du petit frère vient mouiller ses draps, déploie des trésors de patience et d’imagination pour lui apprendre les mots qu’elle met sur les choses sans en comprendre forcément le sens ; elle sait bien, par exemple, que « kommunist » est un mot lourd qui peut faire mal et qui a peut-être fait souffrir son père. Les mots deviennent ainsi progressivement images, outils, remèdes, armes, ils prennent une certaine matérialité, une concrétude qui les rend actifs, utiles et même dangereux, mais également indispensables pour dire, raconter, apprendre, et surtout transmettre afin de ne pas oublier. La fillette devient vite amoureuse des mots qu’elle découvre dans les livres, elle qui  a déjà ramassé un livre lors de l’inhumation de son petit frère, en a subtilisé un autre au cours d’un autodafé et d’autres encore qu’elle dérobe en catimini dans une bibliothèque privée.

Liesel traverse ainsi son adolescence en compagnie de son ami Rudy, ce Saukerl avec lequel elle accomplit les aventures initiatiques qui les conduiront vers l’âge adulte, sans jamais révéler qu’un jour un boxeur juif est venu frapper à la porte de sa nouvelle maison. Ce boxeur changera sensiblement la vie de cette Saumensch en lui ouvrant une autre fenêtre sur le monde au son de l’accordéon de papa, que le boxeur connaissait, un accordéon qui avait déjà vécu une autre guerre.

Cette histoire pourrait ressembler à de multiples histoires racontées par ceux qui ont vécu la montée du nazisme dans les petites villes, comme Martin Walser sur le Bodensee, mais Zusak a mis en œuvre un processus littéraire très adroit en faisant raconter cette histoire par la mort, pas celle qui se promène comme un squelette recouvert d’un manteau noir et armée d’une faux, non, celle qui vient délicatement ramasser les âmes lorsque les hommes les font sortir des corps. « J’ai parcouru la planète comme d’habitude et déposé des âmes sur le tapis roulant de l’éternité. » La mort raconte la vie de ces deux adolescents en dix parties, portant chacune le titre d’un des livres que Liesel a trouvés, volés ou reçus. C’est un moyen de mettre en scène la montée du nazisme dans ces contrées éloignées du pouvoir avec tous les poncifs que nous connaissons désormais. Mais, c’est surtout un moyen de confronter l’humanité à ses tares, sa vanité, sa veulerie, son ambition mesquine, son immense bêtise, sa cruauté bestiale, … « Parfois ça me tue la façon dont les gens meurent. » - proclame la mort. Soixante ans après Fallada, Zusak nous injecte une piqûre de rappel pour que nous n’oubliions pas que tous les Allemands n’étaient pas des nazis, qu’il y avait parmi eux des justes et que les peintres en bâtiment ne sont pas forcément des monstres sanguinaires.

Ce livre, bourré de tendresse, d’amour et d’humanité, a manifestement été écrit à l’intention des adolescents, mais il faut absolument le mettre dans les mains des adultes pour qu’ils puissent, comme les jeunes lecteurs, mettre des images sur les mots qui ont été colportés depuis plus d’un demi-siècle maintenant. Ainsi mesureront-ils l’immense désespoir qui s’est emparé de ceux ayant vécu ces événements dramatiques, même s’ils n’ont pas tous pénétré au cœur même de l’horreur. « Désormais, je ne peux plus espérer. Je ne peux plus prier pour que Max soit sain et sauf. Ni Alex Steiner. Parce que le monde ne les mérite pas. » Cet ouvrage a pour autre mérite d’ouvrir une lucarne sur un avenir tangible et de nous faire passer au-delà de la douleur qui semble être la seule récompense acceptable pour expier la faute de tout un peuple ou presque. Enfin cette histoire, racontée par la mort, « fait partie de celles, aussi extraordinaires qu’innombrables que je transporte. Chacune est une tentative, un effort gigantesque, pour me prouver que vous et votre existence humaine valez encore le coup. » - précise-t-elle, souhaitant que certains de ceux qui habitaient la rue Himmel puissent accéder au Ciel ! Celui dont on peut dire qu’il était  « tout juste un homme » … un homme juste !

« Même la mort a du cœur ! »

 

Cinq matins de trop – Kenneth Cook (1929 – 1987)

J'ai beaucoup apprécié ce livre, l'histoire de cet antihéros qui ne peut plus supporter l'isolement dans le bush australien et cherche à rentrer le plus rapidement possible dans sa métropole d'origine. Mais, tout ce ligue pour que son voyage vers Sydney devienne un voyage infernal. Grain de sable après grain de sable, les ennuis s'accumulent et grippent la machine qui devait le conduire vers le bonheur.

Ce livre est celui de la fatalité, peut-être même de la culpabilité. Si tu mets le doigt dans le péché... Ou peut-être simplement le livre d'une certaine forme du désespoir : toujours la vie te ramènera au point de départ quels que soient les efforts consentis.

Une excellente description du bush et de ses habitants, à demi sauvages, et une plongée dans la violence à l'état brut.

Une ceinture de feuilles – Patrick White (1912 – 1990)

En 1936, entre l’Australie et la Tasmanie, un navire fait naufrage et, après de longues journées sur des chaloupes, les voyageurs  accostent enfin sur une côte où des indigènes les accueillent pacifiquement. Malheureusement la rencontre tournera vite au drame et seule la femme d’un riche anglais échappera au massacre pour être soumise aussitôt à l’esclavage. Elle va alors, à l’aide de sa seule ceinture de feuilles, tenter de résister à ses ravisseurs et s’évader.

Un bon gros roman d’aventure concocté par le Prix Nobel de littérature (1973) local, l'un de ces romans qui ont enchanté notre jeunesse et qui, désormais, se font de plus en plus rares sur les rayons de nos librairies.

Trois dollars - Elliot Perlman (1964 - ….)

A l’aube de la quarantaine Eddie, qui a épousé Tanya avec qui il a eu une petite fille, traverse une nouvelle épreuve. Il a vu ses amis et autres connaissances se frotter, eux aussi, aux aspérités de la vie, surtout quand celle-ci est régie par un pouvoir libéral qui a confié l’avenir du pays à des managers. Ces derniers ont la désastreuse habitude de ne penser qu’à court terme avec, pour seul souci, d’atteindre la meilleure rentabilité possible sans aucun respect de l’environnement et de l’avenir de la planète. Ces personnes sans culture n’ont aucune considération  pour des femmes et des hommes qui, comme Eddie et Tanya, ont bien des difficultés à assurer leur existence matérielle et vivent en permanence dans un état de stress  qui les mène inexorablement au divorce, à l’affrontement entre amis et à la remise en cause d’idéaux qui ne sont plus compatibles avec leur plan de carrière. Dans cette lente glissade, Eddie retrouve les vieux démons qui l’accompagnent depuis l'enfance.

Denis BILLAMBOZ  -  à lundi prochain pour la suite de notre voyage littéraire autour du monde  -

Et pour consulter la liste de mes précédents articles, cliquer sur le lien ci-dessous :

Liste des articles : LES VOYAGES LITTERAIRES DE DENIS

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES VOYAGES LITTERAIRES de DENIS
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commentaires

denis billamboz 17/02/2013 00:54

Merci Sabrina pour ces informations, j'ajouterai que chaque année, en octobre quand ce prix est décerné, il y a un forum sur CritiquesLibres.com animé par des experts en la matière dont
Septularisen qui s'intéresse de façon très approfondie à la manière dont ce prix est décerné et à la vie de ceux qui l'ont reçu où voudraient le recevoir. Rendez-vous en octobre prochain.

sabrina2 17/02/2013 00:33

Le Prix Nobel

Mondialement connu, le prix Nobel n’est certainement plus un nouveau mot. Ayant récompensé de nombreuses personnalités, le prix Nobel reste une source d’inspiration pour des chercheurs et de
grandes personnalités soucieux d’aider l’humanité. Pour une meilleure compréhension des conditions d’attribution de ce grand prix, il est important de le définir.
Qu’est ce que le prix Nobel ?

Décerné chaque année à Stockholm, en Suède, le prix Nobel revient à des scientifiques, à des politiciens et à toute personne ayant grandement participé à l’amélioration de l’humanité. Ce prix donne
droit à...voici la suite http://stockholm.fr/le-prix-nobel/

denis billamboz 15/02/2013 18:12

Merci Pascal ! Toujours aussi aimable et assidu !

Mon âge déjà avancé m'a permis, faute de mieux, d'explorer les couloirs et les rayons des bibliothèques locales et d'en extraire quelques petits trésors qui m'ont fait vivre de beaux moments que je
voudrais partager avec vous.

Bon weekend à toi et à tous les tiens !

Pascal 15/02/2013 13:37

Je ne sais si la mort est une bonne narratrice mais pourquoi ne le serait-elle pas ? Salut Denis, tu nous réserves toujours de bonnes surprises et ce dernier article ne déroge pas à cette habitude
qui nous surprend agréablement à chaque visite. Comme le prestidigitateur, tu sors toujours quelque chose d'inattendu de ton chapeau. Bravo l'artiste !

"Denis.Billamboz 14/02/2013 14:33

Merci Maxime, je suis très heureux de te faire partager des lectures que j'ai aimées. Le Zusak n'est pas morbide du tout, la mort n'est pas un fléau mais un brave être surnaturel qui est chargé de
récolter les âmes que les hommes ont bêtement séparées des corps. C'est un être sage et doux. Ce livre comporte aussi une version pour adolescents et je crois que c'est celle que j'ai lue sans le
savoir.Ce livre est loin d'être un monument de littérature mais c'est une façon tellement douce de dire l'incroyable horreur. C'est une belle lecture.

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Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

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