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23 juillet 2012 1 23 /07 /juillet /2012 09:10

Cathedrale_Sofia.jpg   Cathédrale de Sofia

 

 

Entre Rhodopes et Mer Noire

Quittons l’Albanie et les rives de l’Adriatique, pour la Bulgarie et les plages de la Mer Noire, en passant par le massif des Rhodopes à la rencontre d’une littérature peu fréquentée mais qui m’a cependant procuré de bien belles lectures. Je me souviens particulièrement de ma rencontre avec Anton Dontchev à travers son magnifique roman, « Les cents frères de Manol » qui est certainement, pour partie au moins, responsable de mon engouement pour la littérature étrangère et de ma quête de ces livres qui vous transportent dans l’espace et le temps, mais aussi dans les émotions et les épopées. Nous rencontrerons aussi Angel Wagenstein représentant de la littérature juive dans les Balkans et Victor Paskov qui est venu à la littérature en passant par le cinéma. Et, pour nous conduire à la rencontre de ces grands auteurs, nous prendrons la compagnie d’une jeune femme, Rouja Lazarova, qui a eu le bon goût d’effectuer une résidence d’écrivain à Salins-les-Bains, petite cité de caractère de ma région.

 

Mausolée

Rouja Lazarova (1968 - ….)

Roman …, l’éditeur nous indique qu’il s’agit d’un roman mais, à la lecture, on a bien l’impression de lire la biographie de ces trois femmes, Gaby, la grand’mère, Rada la mère et Milena, la fille. Ou, peut-être, s’agit-il de la saga balkanique de cette famille sofiote à travers trois générations à l’ombre du mausolée érigé en l’honneur du père fondateur de la République socialiste, Gueorgui Dimitrov, de la construction de celui-ci à sa démolition, de l’instauration du régime communiste à sa chute en deux épisodes, de la fin de la deuxième guerre mondiale à l’avènement du deuxième millénaire de notre ère.

A travers toute une série de petites scènes de la vie courante ou de la narration d’événements moins ordinaires, Rouja nous promène au sein du régime communiste et de toutes les aberrations et inepties qu’il a inventées pour réduire les Bulgares à une vie de misère et de trouille ponctuée d’événements tragiques comme la disparition de Peter, le père que Rada ne connaitra jamais, en 1944, ou celle de Sacho le violoniste en 1964. « Par son activité de jazzman, Peter Zakhariev a contribué au divertissement des nantis capitalistes, au pourrissement de l’esprit prolétarien, à l’aveuglement des masses ouvrières. » Et certains croient que la connerie aurait des limites !

Rouja ne nous apprend pas grand chose de nouveau sur le régime communiste. « De la bêtise ou de la méchanceté ? La question que nous nous sommes posés quarante-cinq ans durant, jusqu’à perdre toute notion de ce qu’était la bêtise ; la méchanceté en revanche, on la connaissait de mieux en mieux. » Et, de nombreux écrivains de l’Est nous l’ont déjà raconté dans d’excellents ouvrages, même si Jivkov et ses sbires ont été particulièrement dociles aux ordres de l’ours voisin et particulièrement zélés dans l’application des théories les plus absconses. L’omerta bolchévique, la honte, l’impuissance, la colère contenue qui se déverse au sein de la famille, l’humiliation, cette paranoïa qui s’instaure jusqu’au creux de l’âme, tout cela nous l’avons déjà lu … mais il faut le dire encore pour ne pas l’oublier.

Plus intéressante est l’analyse de la transition qui s’opère au sommet de l’état au moment du changement de pouvoir, quand les apparatchiks deviennent de vrais voyous et font régner la terreur pour s’enrichir sans vergogne aucune. Plus intéressante encore est la dissection de la paranoïa dont « … nous ne pourrons jamais nous (en) débarrasser. Nous la portons comme une modification définitive de l’ADN. » Cette plaie béante, ces stigmates portés de la fleur de la peau jusqu’au fond du cœur ne supportent plus l’évocation des bourreaux et  n’acceptent pas que des gens, prétendus amis, aient pu croire en ce régime de détraqués. Décidément la révolution exprime toujours un sentiment de trop, d’insupportable, une volonté de changement, de bouleversement, mais ce ne sont pas toujours les mêmes qui oppressent et sont oppressés … Montaigne, l’avait bien dit, autre temps, autre lieu, … « Je ne pouvais supporter le mot « communiste » employé aussi souvent … A Paris, les attributs et les emblèmes de nos bourreaux étaient devenus des gadgets à la mode. »

Il ne manque qu’une bonne intrigue à ce roman pour en faire un bon livre et qu’on ne confonde pas sans cesse l’auteur et l’héroïne qui ne sont après tout, peut-être, qu’une seule et même personne ? L’auteur est trop impliqué dans ces scènes de la vie communiste pour ne pas les avoir vécues … au moins partiellement.

 

Les cent frères de Manol – Anton Dontchev (1930 - ….)

Ce livre raconte l’islamisation forcée du massif du Rhodopes dans l’actuelle Bulgarie par les troupes du Sultan. C’est une histoire à deux voix rapportée par l’un des personnages de chacun des deux camps en présence : un pope bulgare et un prisonnier français converti à l’islam pour sauver sa peau. C’est un grand roman épique, un monument de la littérature bulgare hélas ! trop peu connu en France, un livre qui m’a enthousiasmé et  incité à explorer la littérature mondiale en quête de telles pépites. Mais, ce livre n’est pas seulement un formidable moment de lecture, c’est aussi une page essentielle de l’histoire des Balkans qui peut nous aider aujourd’hui à mieux comprendre les problèmes que cette région connait depuis cette époque. Lire Dontchev et Andric c’est déjà pénétrer au cœur du problème des Balkans et commencer à analyser cette inextricable question.

Abraham le Poivrot – Angel Wagenstein (1922 – ….)

Berto Cohen, juif bulgare qui s’est expatrié en Israël, regagne son pays d’origine pour assister à un colloque dans la belle ville de Plovdiv où il retrouve les traces de son enfance et notamment la mémoire de son grand-père Abraham, personnage hors normes, poivrot grandiose, affabulateur génial et maître ferblantier de son état qui a assisté à la fin d’une époque quand les exterminateurs se sont abattus sur le peuple juif d’Europe. Berto va alors mêler son passé au présent pour s’opposer à une spéculation immobilière conduite par un pouvoir corrompu qui profite de la chute du communisme pour faire main passe sur les richesses potentielles du pays.

Ballade pour Georg Henig Victor Paskov (1949 - ….)

En fouillant dans des vieux papiers, l’auteur retrouve le document que sa famille avait reçu quand Georg Henig est décédé dans une maison de retraite. Alors les souvenirs affluent et l’auteur essaie de se remémorer ce jour où le vieux luthier est décédé alors qu’il n’avait que onze ans. Des souvenirs  bien difficiles à  revivre tant la Bulgarie a connu des jours sombres depuis cette journée lointaine qui devait être ensoleillée. Ce livre touchant raconte l’histoire de l’amitié entre un vieux luthier désintéressé et un gamin qui ne vivent que pour la musique, celle-ci constituant la toile de fond de l’histoire et du roman.

Denis BILLAMBOZ  -  à lundi prochain pour la suite de notre périple littéraire autour du monde   -

 

Et pour consulter mes articles précédents, cliquez sur le lien ci-dessous :

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES VOYAGES LITTERAIRES de DENIS
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commentaires

"Denis.Billamboz 03/08/2012 20:33

Armelle, n'hésite pas, pour moi c'est un très grand livre qui n'a pas eu le sort qu'il méritait. Je crois que ceux qui s'intéressent à l'histoire et plus particulièrement à tout ce qui agite les
Balkans depuis des lustres, y prendront un immense plaisir.

Armelle 31/07/2012 11:04

J'ai très envie de lire l'ouvrage d'Anton Dontchev " Les cent frères de Manol" dont j'ai beaucoup entendu parler. Un livre éclairant sur le noeud gordien qui subsiste au coeur des Balkans. Ton
article est vraiment très intéressant sur une littérature qui reste trop peu connue en France.

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