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10 décembre 2012 1 10 /12 /décembre /2012 09:43

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Lire sur la place Tian an Men

Dégringolant les marches du gigantesque escalier qui descend du toit du monde, nous arrivons dans l’immense « Empire du milieu », comme le pensent les Chinois, pour partir à la rencontre d’une littérature vivante et foisonnante qui reprend vie après une longue hibernation sous le joug de Mao et de ses sbires. Pour cette première étape en terre chinoise, nous prendrons la bicyclette pour suivre Xu Xing dans son périple qui devrait nous conduire auprès de trois grands piliers de la littérature moderne chinoise : Gao Xinjiang, le Prix Nobel de littérature du pays (avant la nomination de Mo Yan en octobre dernier), Mao Dun, longtemps ministre de la culture de Mao, qui a laissé son nom à un célèbre prix littéraire chinois et, enfin, Lao She qui peut-être considéré comme le père de cette littérature moderne plongeant ses racines dans une culture ancestrale particulièrement riche  imprégnant encore de nombreuses oeuvres contemporaines.

Le crabe à lunettes

Xu Xing (1956 - ….)

Le « Kerouac chinois », ainsi le présente un peu abusivement son éditeur sur la quatrième de couverture de ce recueil de cinq nouvelles , où Xu Xing déverse son immense désespoir. « Quand, au bout des alcools et des lumières de ce continent, tu te retrouves dans un crépuscule enivrant et que dans ton cœur il n’y a plus que la solitude, tu ne peux plus avancer. Tu croyais qu’il y aurait toujours bien quelque chose, un infini, qui te forcerait à aller plus loin, qui réveillerait un soupçon de soif pour le mystérieux enfoui au fond de ton âme. Mais voilà, à présent tu sais ce qu’on peut savoir, voilà ce qui reste, pas la peine de te fatiguer, voilà tout ce qui reste et tout ce qui reste est pour toi… »

Xu dépeint la Chine des années quatre-vingt à travers la vie d’un serveur de restaurant qui préfère l’être au paraître, le «road movie» à vélo de deux jeunes Chinois qui mesurent l’étendue de la misère du pays, la promiscuité et le manque d’espace dans les logements, l’internement de ceux qui ne pensent pas comme les autres ou ne peuvent pas vivre comme les autres, et le désespoir d’un jeune Chinois condamné à la solitude. Mais, « quelle importance ? Et alors ? »

Si Xu trouve son bonheur sur le chemin comme Kerouac trouvait le sien « Sur la route », ce n’est pas le plaisir du voyage dans l’espace et dans les sensations qu’il éprouve mais le besoin de fuir un quotidien trop sinistre car « en chemin le ciel est toujours bleu, la lumière éclatante du soleil découpe toute chose en contrastes aussi nets que noir et blanc. Quoi qu’il arrive, le soleil se lève toujours. Que la terre soit anéantie, et il se lèvera encore ; que je vienne à mourir, et il se lèvera encore ; je suis tombé malade, et il s’est encore levé. Mon existence est tellement infime et débile, jamais je ne serai capable de me protéger… »

Après la révolution culturelle, après Tian an Men, il n’y a toujours pas de place pour les paumés en Chine et Xu contrairement à Kerouac qui s’évadait vers les grands horizons, à l’aventure, au son de la trompette de ces vieux bluesmen qui enchantaient l’Amérique de nos rêves et de nos espoirs, lui ne trouve pas d’issue à sa vie -  « comment voudrais-tu qu’un homme tombé là par hasard, un homme aux joues haves chaussé d’une vieille paire de godasses défoncées puisse continuer à vivre ? » - dans un monde où la seule musique présente et celle qu’une vieille folle fait sortir de sa platine.

 

La montagne de l’âme – Gao Xinjian (1940 - ….)

C'est le genre de livre qu'on est content d'avoir lu mais qui ne passionne pas forcément quand on le lit. Le livre est long et il est difficile de rentrer dans le système narratif de l'auteur. Gao s'y entend à merveille pour nous égarer sur les chemins qu'il arpente pour nous faire découvrir cette Chine si diverse et profonde. Certains passages m'ont complètement aspiré alors que d'autres m'ont moins intéressé.

Une véritable quête humaine, une recherche des racines de la Chine actuelle à travers les légendes, traditions, chants populaires, mais aussi des peuples et des paysages. Une méditation sur le moi à travers un jeu sur les pronoms qui déconcerte un peu : je, toi, moi, il, selon les circonstances. Une odyssée à travers la Chine éternelle pour retrouver la paix intérieure, la liberté et donner un sens à la vie.

Un livre qui valut le Prix Nobel de littérature à son auteur.

Les vers à soie du printemps – Mao Dun (1896 – 1981)

Mao Dun a été pendant près de quinze ans ministre de la culture de Mao, mais il avait été auparavant un compagnon de lutte de Tchang Kaï-Chek avant de fuir au Japon puis de revenir en Chine pour lutter contre le…Japon. Il est un des grands auteurs de la littérature chinoise du XXe siècle et un prix littéraire très important en Chine a été créé à sa mémoire.

Dans ce roman, une famille se lance dans l’agriculture spéculative en misant des fonds importants sur l’élevage des vers à soie mais rien ne va comme prévu, la guerre vient perturber le projet et le père doit vendre sa production à perte pour avoir de nouveaux moyens à investir dans l’aventure pour « se refaire » comme au casino.

Une illustration des déboires qui pourraient bien attendre ceux qui s’aventurent sur la piste de la spéculation. Une morale qui doit bien faire sourire en Chine aujourd’hui.

Le pousse-pousse – Lao She (1899 – 1966)

Lao She que certains présentent comme le père de la littérature moderne en Chine, dresse le portrait d’un pousseur de pousse-pousse qui a quitté sa campagne pour réaliser son rêve en ville : travailler dur pour gagner assez d’argent et acheter son propre véhicule et pourquoi pas plusieurs afin de monter une petite entreprise. Mais la réalité rattrape bien vite le rêve et le transforme tout aussi vite en un véritable cauchemar.

Un roman morose, sombre, pessimiste, qui laisse croire que les petites gens, qui gagnent difficilement leurs quelques grains de riz quotidien, sont condamnés à ce sort jusqu’à la fin de leurs jours. Et c’était avant le communisme, dans les années vingt et trente, à Pékin….

Denis BILLAMBOZ  -  à lundi prochain pour le second volet de notre étape chinoise  -

Et pour consulter mes précédents articles, cliquer sur le lien ci-dessous :

Liste des articles : LES VOYAGES LITTERAIRES DE DENIS

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES VOYAGES LITTERAIRES de DENIS
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commentaires

"Denis.Billamboz 12/12/2012 18:17

Je crois qu'il est déjà trop tard, les positions stratégiques sont conquises, nous ne sommes plus qu'un pays à la traîne, à la merci de ceux qui écriront désormais l'histoire dans laquelle nous ne
serons plus que de pâles figurants. A l'intelligence et à la vaillance, ils peuvent ajouter le nombre et l'absence des scrupules qui nous paralysent. Nous entrons dans une nouvelle ère, celle qui
s'est ouverte en 1945, s'achève, il est donc important de bien connaître la culture de ce pays qui va dominer le monde pendant quelques décennies au moins.

Pascal 11/12/2012 12:40

Ouf ! je respire mieux, encore que...sur la place Tian an Men, beaucoup aient perdu le souffle dans des conditions affreuses, si bien que souffle retrouvé ou pas, je me sens peu à l'aise. C'est un
pays passionnant et déroutant avec lequel l'Europe aura à se positionner si elle ne veut pas perdre la face sur le plan du commerce extérieur et de l'industrie. Car ce peuple est très intelligent
et travailleur et il ne fera de cadeau à personne. Bonne journée Denis.

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