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17 décembre 2012 1 17 /12 /décembre /2012 09:14

nanjing.jpg  Nankin

 

 

La naissance d’une nouvelle littérature chinoise

Lors de notre précédent périple en compagnie de Xu Xing, nous avons rencontré trois pères fondateurs, trois icônes de la littérature chinoise et, pour ce deuxième séjour que nous effectuerons, cette fois, avec Ye Zhaoyan pour guide, nous partirons à la rencontre de ces jeunes Chinois qui ont osé braver la tradition et le pouvoir afin d’imposer un nouveau ton, une nouvelle forme d’expression, des thèmes encore tabous il n’y a pas si longtemps dans leur quête irrépressible de la liberté. Notre première rencontre sera pour Hong Ying qui évoque les émeutes de la place Tienanmen et ce qui en a découlé au regard d'une jeune femme éprise de liberté. Nous prendrons ensuite plaisir à passer un moment avec la sulfureuse Weihui qui, à même pas vingt ans, a défrayé la chronique au-delà de la littérature, dans le monde entier, avec son premier roman. Et nous terminerons notre séjour avec Qiu Xiaolong qui, à travers un polar à la mode chinoise, cherche à solder l’époque Mao en réglant quelques vieux comptes personnels.

 

Nankin 1937, une histoire d’amour

Ye Zhaoyan (1957 - ….)

Le premier janvier 1937, Ding Wenyu assiste au mariage de la belle Yuyuan dont, au premier regard, il tombe follement amoureux, comme il est tombé éperdument amoureux de la sœur de cette dernière, dix-sept ans plus tôt. Wenyu est un quadragénaire original et fortuné qui a acquis une grande expérience des femmes  lors d’un long séjour en Europe et grâce à la fréquentation assidue de prostituées qu’il préfère à la femme froide et hautaine qu’il a épousée et qu’il n’aime pas. Il va alors courtiser sans vergogne et avec ténacité la jeune épouse au risque de se rendre ridicule et de la compromettre aux yeux de son mari qui, étonnamment, n’est pas inquiété par cette situation insolite et grotesque. Yuyuan rejette fermement le bouffon qui ose l’importuner de son amour compromettant, elle la femme mariée et tellement plus jeune que lui, mais son mari s’éloigne d’elle progressivement et tombe dans les filets d’une belle étudiante. La jeune épouse repoussée et isolée devient ainsi une proie de plus en plus facile à capturer pour le prédateur qui guette le meilleur moment de s'en saisir, d'autant que lui-même a répudié sa femme.

L’amour fou et inconditionnel de ce dandy chinois se heurte alors violemment à l’indifférence, puis au refus et enfin à la fierté de la jeune femme. Mais l’histoire de cet amour impossible va rapidement se confondre avec les événements se déroulant à Nankin au cours de cette année 1937 qui s’achève par la tragédie du 13 décembre que nous ne pourrons jamais oublier. Ainsi l’histoire de la Chine va-t-elle  conduire ces deux êtres sur un chemin qu’ils ne pensaient pas emprunter. Mais si les hommes proposent, l’Histoire dispose.

A travers ce récit, Ye nous propose avant tout un roman d’amour comme les Occidentaux en ont produit des quantités au cours des siècles précédents. Mais si son héros s'apparente à  un Julien Sorel veule et sans ambition, son roman, même s’il a la longueur des romans occidentaux, conserve la lenteur du récit chinois et devient vite un peu ennuyeux à lire. L’auteur s’efforce bien d’activer les tensions que comporte la tragédie qu’il a mise en scène, mais il jongle difficilement avec les sentiments et les émotions et il ne se meut pas avec suffisamment d'aisance dans le monde de la psychologie. Il a omis d'explorer le champ du romantisme, du lyrisme, de la sensibilité, de la tendresse et même de la haine pour donner vie à ses héros. Les protagonistes ressemblent davantage à des archétypes qu’à des êtres de chair et de sang confrontés à des émotions et des sentiments violents. Il semble que l’auteur n’ait pas su exprimer la dimension qu’il semblait avoir dans un autre roman, « La jeune maîtresse » et en tout cas il n’a pas la finesse, la puissance, la violence et la maîtrise dont fait preuve Weihui dans « Shanghai Baby » notamment.

Ce roman propose aussi une lecture de la Chine de 1937 qui ressemble quelque peu à la Chine d’aujourd’hui, où la réussite personnelle passe par l’argent mais aussi par l’honneur ancestral qu’il ne faut jamais bafouer. Et le héros apparaît en contrepoint de cette image avec toute sa faiblesse, ses défauts et ses vices, comme l’incarnation de l’humanité soumise à la chair et à ses plaisirs, prête à tout pour atteindre « l’inaccessible étoile » comme chantait Brel. Si bien que la clé de ce livre pourrait résider dans ces deux phrases : « Il comprit alors que les hommes ne sont jamais satisfaits. Un homme comblé n’est certainement plus un homme. »

 

L’été des trahisons - Ying Hong (1962 - ….)

Ying Hong appartient à cette génération d’auteurs qui a fait entrer la littérature chinoise dans l'ère moderne. Grâce à elle, le récit rompt avec les références aux traditions de la Chine éternelle. Cette nouvelle vague d’écrivains élude la traditionnelle nostalgie de l'Empire du milieu pour décrire une Chine moderne secouée par les spasmes de l'ouverture de son économie sur le monde extérieur.

Dans ce livre, Ying Hong campe un très beau personnage de femme qui affronte la répression policière sur la place Tienanmen en 1989 et s'efforce avec courage et volonté d'affirmer sa personnalité et sa féminité dans un monde qui est encore réservé aux hommes. On ressent très fort la violence que supporte cette jeune femme mais on éprouve aussi de la tendresse pour sa fragilité face à ces épreuves.

Shanghai baby - Weihui (1973 - ….)

En écrivant ce livre alors qu’elle n’avait même pas vingt ans, Weihui a jeté un véritable pavé dans la mare de la littérature chinoise qui avait encore certaines difficultés à sortir de son carcan ancestral malgré les efforts de nombreux jeunes auteurs. Elle ose la transgression avec le personnage d'une jeune fille qui a à peu près son âge et ne craint pas d’aimer deux hommes en même temps, le pauvre jeune paumé qui ne peut la satisfaire et le bel aryen puissant qui l’emmène au septième ciel. Un raccourci pour exprimer la Chine qui explose à la vitesse des lumières qui illuminent Shanghai, la ville de toutes les fortunes et infortunes, où la chandelle se brûle par les deux bouts, où tout va trop vite.

Le cri du cœur, l’appel de la chair d’une jeune chinoise née avec le boom économique de son pays, mais aussi de grandes pages de tendresse sur fond de triomphe économique, qui ne peuvent qu’émouvoir les lecteurs, j’en suis convaincu.

La danseuse de Mao – Qiu Xiaolong (1953 - ….)

A travers cette enquête de l’inspecteur principal Chen, Qiu habille Mao pour un bon bout de postérité. En effet, si le roman raconte comment ce brave inspecteur est chargé d’une enquête ultra secrète sur les agissements d’une belle mystérieusement enrichie, la vraie histoire semble bien se dérouler dans la vraie vie. La belle n’est autre que la petite-fille d’une star du cinéma des années cinquante qui eut le privilège de danser avec Mao avant de connaître les affres de la Révolution Culturelle et d’en mourir, comme le fera sa fille, la mère de la belle d’aujourd’hui qui laissait son enfant totalement démuni.

Tout au long de sa recherche, Chen, l’inspecteur poète, va tenter de faire revivre la Chine ancestrale avec sa littérature, sa poésie, sa peinture et sa gastronomie et essayer d’expliciter son enquête qui trempe ses racines dans la Révolution Culturelle, mais n’en dénonce pas moins la Chine nouvelle et moderne toute aussi perverse et superficielle, où les Gros-Sous ont remplacé les cadres du parti mais où les privilèges et les inégalités sociales sont encore plus criants.

Denis Billamnboz  -  à lundi prochain pour une prochaine étape de notre tour du monde littéraire  -

Et pour consulter la liste de mes précédents articles, cliquer sur le lien ci-dessous :

Liste des articles : LES VOYAGES LITTERAIRES DE DENIS

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES VOYAGES LITTERAIRES de DENIS
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commentaires

denis billamboz 20/12/2012 19:41

Comme toi Armelle, Pearl Buck a bercé mon adolescence, j'ai dû lire au moins cinq ou six livres d'elles. Elle est peut-être même à l'origine de mon goût pour la littérature étrangère, celle qui me
fait voyager dans des contrées inconnues, dans des idées différentes, dans des cultures autres... Il y a aujourd'hui, en Chine, beaucoup de jeunes auteurs très talentueux, j'en ai déjà lu une bonne
pile.

Joyeux Noël à toi aussi Armelle

armelle 20/12/2012 13:52

à Pascal et Denis :

Merci à tous deux de votre fidélité : l'un comme lecteur, l'autre comme auteur d'articles qui nous font voyager comme je l'aime en ouvrant des horizons à notre pensée et à notre coeur. J'ai lu très
tôt Pearl Buck qui m'avait donné le goût de ce pays plein de mystère et d'étrangeté. Avec elle, nous plongions dans l'Empire du Milieu et ses traditions millénaires. Aujourd'hui les jeunes auteurs
ont d'autres soucis et jettent un regard différent sur cet immense pays qui a vécu tellement de turpitudes et traversé tant de turbulences et de séismes.Cette modernité est illustrée par les
ouvrages que tu cites, Denis, et également par Chi Li et son " Soleil levant" qui décrit la Chine post-maoiste.
Joyeux Noël à tous deux et à ceux que vous aimez.

"Denis.Billamboz 20/12/2012 09:40

Merci Pascal pour ces bons voeux, j'espère que toi aussi tu passeras un excellent Noël et de belles vacances de neige avec toute ta petite famille autour de toi.Je suis très heureux de voir que
"tes" femmes aiment aussi beaucoup les belles lectures,peut-être, qu'un jour,elles communiqueront, elles aussi leurs impressions pour qu'on puissent les partager.
Il reste un bon tiers de ce tour du monde à effectuer à travers le Pacifique, l'Afrique et l'Amérique du Sud et de bien belles lectures à évoquer.Et après, si Armelle le souhaite, si les lecteurs
sont intéressés, si la santé reste la même, on pourrait envisager un second tour du monde,il y en a déjà une bonne partie qui est prête et j'y travaille régulièrement.
Joyeuses fêtes encore et à l'année prochaine !

PS : je suis passé récemment à la Défense, j'ai dormi en face du théâtre des Amandiers.

Pascal 19/12/2012 13:10

Salut Denis,

Comme je vais m'absenter quelques jours, je te souhaite un très joyeux Noël, sans doute entouré de ta famille et de tes petits-enfants. Pour Noël, nous serons en famille aussi, puis un petit tour à
la montagne pour changer de l'air de la Défense avec deux des enfants.J'espère que tu vas continuer longtemps à nous promener à travers le monde littéraire et nous proposer de passionnantes
lesctures en 2013 comme en 2012. J'imprime souvent tes articles ainsi que ceux d'Armelle et je vois avec plaisir que femme et belle-mère connaissent beaucoup des auteurs que tu cites. Une immense
bibliothèque m'attend pour ma retraite mais ce n'est pas demain.
Bonnes fêtes Denis et beaucoup de joie pour toi et les tiens.

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